‹ Diagnostic et traitement du cancer de l'estomacChapitre 5 sur 47 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Cancer de l'estomac, par ARNozan, Bullet. Soc. anat., 1879, p. 461.

Marie N.., âgée de 64 ans, est morte à l'hôpital de la Charité, service de M, Ledentu, le 17 mai 1879. Elle y était entrée 15 jours auparavant, présentant la teinte jaune paille, la maigreur excessive et la débilité qui caractérisent la cachexie cancéreuse. Au voisinage de l’ombilic, elle porte à ce moment une tumeur dure, indolore, mobile dans tous les sens, tantôt assez superficielle, pour faire une saillie appréciable à la simple inspection, tantôt Cachée, pour ainsi dire, dans l'abdomen, où il faut la chercher par une palpation profonde, et occupant, suivant le moment de l'exploration, le côté droit ou le côté gauche de

(1) Dictionnaire de Dechambre, art. Faim.

etre

l'ombilic. De plus, il y a une dilatation notable de l'estomac : sonorité exagérée dans toute la partie supérieure de l'abdomen, bruit de glouglou. Malgré l'importance des lésions gastriques, la malade présente peu de troubles des fonctions digestives; si elle est fortement constipée, si elle témoigne de l’aversion pour la viande, elle n’a point perdu l'appétit et demande à plusieurs reprises du vin et des aliments légers ; elle ne vomit point et n’a jamais eu d'hématémèse. Anémie progressive : affaiblissement intellectuel, et mort sans souffrances, sans phlegmatia alba dolens.

Autopsie. — Rétrécissement du pylore constitué par un véritable étui cancéreux qui s'arrête nettement, d’une part, à l’origine du duodénum, d'autre part, à 8 cent. de ce point, formant dans la cavité stomacale un bourrelet saillant bien accusé. La capacité de l'estomac dépasse à peine, contrairement à ce qui était prévu, les dimensions normales. Intérieurement, la tumeur ne présente aucune adhérence, elle flotte librement dans l’abdomen, elle présente des bosselures en petit nombre, dont l’incision laisse écouler de la matière colloïde, tandis que la plus grande partie de la Llumeur, notamment les points voisins du pylore qui sont ulcérés du côté de la cavité gastrique, est constituée par du tissu squirrheux. é

Tous les autres organes, moins la colonne vertébrale, ont été examinés ; il n'y avait nulle part de production cancéreuse.

En revanche, Lasègue (1) rapporte ainsi l'observation d'un malade chez lequel l’anorexie fut longtemps le seul signe de la maladie : « Chez cet homme, âgé de 75 ans, vert, robuste, d’un appétit régulier, sobre de la nourriture comme de la boisson, l’anorexie éclata subite, sans transition, et demeura pendant plus de deux mois le seul symptôme de la maladie. Ni nausées, ni vomissements, ni douleurs, ni ballonnement du ventre; la langue nette, la bouche fraiche, mais d'emblée une telle répulsion pour toute substance alimentaire que, sans autres désordres, le malade serait mort d’inanition. Quinze jours seulement avant la fin survinrent les vomissements, et presque aussitôt la cachexie caractéristique. »

1) Introduction au 7railé de Brinton.

DATE Dans les cas de cancer latent, elle est quelquefois le seul signe qui puisse faire songer à une lésion de l'estomac, comme le prouvent plusieurs Ce nos observations, entr'autres l'observation suivante, qui nous montre un homme mort de pleurésie purulente, présentant une anorexie absolue depuis un mois, et chez lequel on trouva, à l'autopsie, un cancer de la petite courbure.

OBSERVATION II. (Résumée.)

Cancer latent de l'estomac ; Pleurésie purulente ; Pyohémie, par BrissauD, Bullet. Soc. anat., 1878, p. 256.

Francois G..., 57 ans, entre à l'hôpital Beaujon le 4 mai 1878, service de M. Millard.

Anorexie absolue depuis 1 mois, pas de vomissements, pas de troubles digestifs, membres inférieurs légèrement œdématiés. Le 93, on constate la présence d’une pleurésie avec épanchement. Le 95, selle sanguinolente. Les articulations du genou et des coudes sont douloureuses ; fièvre, frissons ; mort le 26.

Autopsie. — Cancer de la petite courbure de l'estomac, étendu depuis le cardia jusqu'à la partie moyenne du bord supérieur de l'organe, avec adhérences et péritonite diffuse dans l’épiploon gasiro-hépatique. Plèvre gauche renferme une poche purulente considérable. Les articulations sont remplies de pus.

L'anorexie se rencontre dans des affections de l'estomac autres que le cancer, à des degrés différents. C'est pourquoi il est difficile d'en faire le récit. On en trouvera les indications éparses dans nos observations. Rappelons seulement qu'Andral, dans ses Cliniques, rapporte l'histoire d'un homme qui ne présenta, pendant la vie, pas d'autres symptômes qu'une anorexie absolue et de l'hydropisie, et chez lequel on trouva l'estomac distendu par du liquide noir, avec des tâches noirâtres, par places, sur sa surface interne. C'est cette affection qu'il décrit sous le nom de mélanose de

l'estomac (1). Nous trouvons encore cette anorexie absolue citée chez un dyspeptique qui fut amélioré par les lavages et la régime lacté. (Obs. XXIIL.)

Dans les maladies d'organes autres que l'estomac, et pouvant être confondues avec le cancer de l'estomac, l’anorexie peut exister dans les tumeurs du foie, mais, en somme, cela est chose rare.

En résumé, quoi qu'en ait dit Brinton, la perte d’appétit est un des meilleurs entre les signes probables du cancer de l'estomac, sans toutefois avoir rien d'absolu. Elle ne se présente pas, au début de la maladie, dans des conditions déterminées ; mais, dans les cancers latents, elle est souvent le seul signe qui puisse mettre sur la voie d’un diagnostic. Et lorsqu'elle éclate tout à coup chez un individu ordinairement bien portant, qui, à partir de ce moment-là, s’affaiblit, il y a bien des chances pour qu'il ait un cancer de l’estomac.

IV. — Vomissements. — Toutes les variétés de vomissements se rencontrent ici : muqueux, alimentaires, bilieux, de sang rouge, de sang noir. On y trouve, en effet, toutes les causes de production : l'irritation, l’indigestion, la sténose, l’inertie musculaire. Les vomissements muqueux et alimentaires sont principalement des phénomènes du début; mais ils peuvent manquer, et comme d'autre part, ils se retrouvent dans les autres maladies stomacales, ils n’ont rien de caractérisque. Quand aux vomissements bilieux, ils sont beaucoup plus rares : et ce serait un bon signe de diagnostic différentiel, d'après le professeur Hardy (2), car il ne les a jamais trouvés dans le cancer, tandis qu’ils sont fréquents dans les autres maladies de l'estomac. Dans les observations que nous avons recueillies, nous ne les avons vus signalés qu'une seule fois.

(1) Clinique d'Andral, t, I, obs. IT, (1) Semaine médicale, 1882, p. 45.

= op 2

Les vomissements de sang sont les plus importants, mais ne comptent pas parmi les plus fréquents : la proportion, d'après Brinton, ne serait que de 42 °/,. Nous ne les avons observés que 10 fois sur 35 cas.

Au point de vue de leur origine, les hémorrhagies peuvent être divisées en trois variétés (Brinton). Au premier rang, l'hémorrhagie de la congestion, qui souvent se manifeste dès le début; vient ensuite l'hémorrhagie par wcération, qui n'apparaît que dans les dernières périodes de la maladie; enfin la troisième variété est due à la destruction des gros vaisseaux situés extérieurement à l'estomac. Suivant que le sang sera rendu inmédiatement, ou qu'il aura séjourné plus ou moins longtemps dans le tube digestif, il sera rouge ou noir « marc de café. »

Il est deux autres causes de gastrorrhagies qui ont été données dans ces derniers temps, et sur lesquelles nous tenons à appeler l'attention. La découverte de la première de ces causes appartient à M. Gallard, médecin de l'Hôtel-Dieu, qui a fait à ce propos deux très importantes communications; l'une au Congrès de l'Association française pour l'avancement des Sciences de 1876 à Clermont-Ferrand ; l’autre, à la Société médicale des Hôpitaux, dans la séance du 22 février 1884. — Dans de nombreuses autopsies faites pour rechercher la cause de la mort dans des cas d’hématémèses foudroyantes, M. Gallard n'avait toujours trouvé que des ulcérations profondes ou des anévrysmes d’une des artères importantes avoisinant l'estomac, lorsqu'en 1876, dans deux autopsies successives, il constala des altérations assez peu considérables pour passer inaperçues, et qui n'étaient autres que des anévrysmes miliaires, dont la rupture par ulcération avait donné lieu à l'écoulement sanguin ayant occasionné la mort. Au mois de Janvier 1884, il eut l'occasion de faire l’autopsie d'un malade mort après avoir eu, pendant deux ou trois jours, des hématémèses très abondantes.

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