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On avait pensé à un cancer de l’estomac ; mais on découvrit sur la grande courbure un anévrysme miliaire sous-muqueux. Ces trois faits, absolument semblables, sont fort intéressants, Car ils donnent une cause bien déterminée à des hématémèses, prétendues essentielles, et ils permettront ainsi d'ajouter de nouveaux documents destinés « à élucider cette question si obscure du diagnostic du cancer d'avec les faux cancers. » On trouvera plus loin les observations dont nous venons de parler. (Obs. XX, XXI, XXII.)
Nous avons trouvé la seconde cause indiquée dans les Réflexions qui accompagnent une observation de cancer pylorique présentée à la Société anatomique par MM. Albert Josias et Paul Dérignac (1). Chez le malade qui en fait le sujet, l'estomac était rempli d'un liquide noirâtre; la muqueuse, fort peu ulcérée, ne pouvait expliquer une gastrorrhagie aussi abondante; d'autre part, les ganglions répondant au pli gastro-hépatique et à fa veine porte, envahis par la dégénérescence cancéreuse, enlaçaient tous les vaisseaux et nerfs, et pouvaient ainsi expliquer la stase des veines de la muqueuse gastrique. D'après les auteurs de cette observation, « cette stase semble justifier, dans une certaine mesure, la production des gastrorrhagies et expliquer les hématémèses cansidérables » qui ont été consignées dans lhistoire du malade.
Cette interprétation nous paraît très judicieuse et, pour notre part, nous sommes {tout disposé à l'accepter. D'autant plus qu'il nous à été donné de faire tout dernièrement l’autopsie d’un malade dans des conditions analogues. Cet homme (Obs. XXXVI) avait eu sous nos yeux, quelques jours avant sa mort, des hémalémèses extrêmement abondantes : il rendait aussi, par les selles, des matières noires en grande quantité. À l'ouverture du cadavre, l'estomac
(1) Bullet. Soc. anat., 1883, p. 145.
renfermait un litre à un litre et demi de liquide, couleur suie; l'intestin en était également rempli : le pylore était envahi par la dégénérescence cancéreuse, mais on ne trouvait en aucun point d'ulcération. En revanche, en arrière de l'estomac et en haut, vers le passage des veines se rendant à la veine porte, existait une masse formée par la réunion d'énormes ganglions cancéreux, au milieu desquels il nous fut impossible de nous guider, mais qui devait bien certainement emprisonner un ou plusieurs troncs veineux. Cest de cette façon seule que nous pouvons arriver à expliquer cette énorme gastrorrhagie. — Ces deux observations réunies noue semblent jeter un jour intéressant sur cette question des hémorrhagies, et, sans vouloir leur donner une valeur absolue, nous pensons qu'il sera bon, en présence de gastrorrhagies abondantes, de rechercher s'il n'existe pas de ganglions dégénérés enlaçant les vaisseaux. On y trouvera sans doute l’explication de la stase veineuse.
Peut-être pourrait-on placer ce mode pathogénique dans la première variété de causes donnée par Brinton, c'est-à-dire la congestion passive; dans tous les cas, c'est un mode particulier de congestion passive qu'il est bon de signaler.
Voici l'observation de Josias et Dérignac.