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CHAPITRE V

DÉCIDUOME MALIN

On-décrit, sous le nom de déciduome, une variété de sarcome, dont la cellule géante est l'élément caractéristique, tandis que la partie fondamentale est du tissu sarcomateux ; en d’autres termes, le déciduome est un néoplasme dans lequel les cellules géantes qui s’y rencontrent diffèrent sensiblement des cellules caractéristiques des sarcomes à myéloplaxes, tant par leur mode de répartition que par leurs dimensions exagérées.

Dans le déciduome, en effet, les cellules géantes sont plus ou moins rapprochées ou se présentent sous forme de rangées s’insinuant au travers des tissus, ou encore affectent la disposition d'ilots, en voie de prolifération active ; dans les tumeurs les mieux caractérisées, le volume des éléments en question est véritablement colossal ; ils peuvent être facilement visibles à l’œil nu et atteindre une longueur de plusieurs centimètres. La constatation de semblables formations est pathognomonique.

D'une façon générale, on peut distinguer trois parties dans un déciduome :

a. — Une zone centrale.

b. — Une zone périphérique.

c. — Une zone moyenne,

a) ZONE CENTRALE. — La zone centrale est rouge, ramollie, très friable, constituée par de vastes lacunes pleines de sang, transformant les tissus en un magma plus ou moins désagrégé. On peut bien retrouver, au milieu des caillots, quelques éléments néoplasiques, mais ceuxci sont toujours rares et la plupart du temps sensiblement altérés. C’est là un point important à noter, au point de vue du diagnostic histologique, que l'existence de’cette zone nécrotique, d’ailleurs en rapport étroit avec l'abondance des hémorragies incessantes qui constituent le symptôme clinique le plus frappant de la maladie ; en effet, si on limitait les examens microscopiques à cette zone, on courrait les plus grands risques de méconnaitre la nature réelle de l'affection; celle-ci est, au contraire, très facile à établir avec des préparations provenant de la zone périphérique.

b) ZONE PÉRIPHÉRIQUE. — Également désignée sous le nom de zone d’accroissement, cettezone présente, dansses portions distales, des formations caractéristiques, constituées par des masses bourgeonnantes de plasmode. Ces dernières peuvent être étudiées sur des coupes minces, ou plus simplement sur des dissociations.Dans ce dernier cas, les plasmodes affectent (Voyez la figure 31 de la planche IV) l'aspect de volumineux pseudopodes, renflés, en général, à leur extrémité libre et reliés au corps de la tumeur par des pédoncules longs et minces, élargis à leur base, L’expansion tout entière est formée par un protoplasma finement granuleux, renfermant une quantité innombrable de noyaux, z ; ces derniers sont serrés les uns contre les autres et occupent la majeure partie du protoplasma, à l'exclusion toutefois des portions superficielles qui en sont complètement dépourvues ; sur les préparations, on a l’impression d'une bande marginale claire; en outre desnoyaux, on observe assez fréquemment des inelusions cellulaires.

c) ZONE MOYENNE. — Les fragments qui proviennent de régions plus profondes ont une constitution absolument différente. La plupart du temps, on peut encore retrouver quelques vestiges de la structure primitive, représentés notamment par des glandes utérines et des villosités choriales (1), englobées dans le tissu néoplasique. Celui-ci, ainsi qu'il est facile de s’en assurer en jetant un coup d'œil sur la figure 7 de la planche I, est constitué par des éléments sarcomateux variés : cellules rondes, fibres conjonctives, etc.; on y remarque, surtout, un nombre considérable äe cellules géantes, cg, qui se présentent soit isolées, soit groupées en îlots de prolifération.

Toutes ces cellules ont une tendance très accusée à l'accroissement, et se compriment réciproquement: il résulte de ce fait qu'en nombre de points les éléments affectent une forme polyédrique (2) (polygonale sur les coupes histologiques), rappelant ainsi l'aspect d'ilots d'épithélium pavimenteux dont ils se distinguent cependant sans peine par l'absence de pontsintercellulaires ; dans l’épithélioma, ceux-ci sont rapidementtrès développés, et les cellules, sur les pièces fixées tout au moins, sont séparéesles unes des autres par des espaces appréciables.

En résumé, si l'examen de la couche intermédiaire peut susciter dans l'esprit de observateur l’idée d'un sarcome, la nature plasmodiale des expansions périphériques est absolument concluante : seul le déciduome présente une telle constitution.

(1) On admet, en général, que le déciduome ne peut se former en dehors de l'état de grossesse.

(2) Voyez, sur la figure ? de la planche I, la zoné comprise entre les deux cellules géantes marquées cg, et placées à la partie supérieure.

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