OBSERVATION IT (INÉDITE
M. Maurice N.., aujourd’hui âgé de 35 ans, a présenté depuis l’âge de 15 ans, des crises d’épilepsie à plusieurs reprises. Après une période d’accalmie, entre 28 et 34 ans, les crises ont réapparu depuis un an avec une intensité et une fréauence accrues, cette reprise coïncidant, semble-t-il, avec un nouveau mode de vie: la direction d’une entreprise importante, imposant au malade un surmenage physique et mental certain.
En juillet 1922, après une période de crises très rapprochées et intenses, l’entourage du malade, devant son aspect fatigué, un peu obnubilé même, le décide non sans peine à passer quelques semaines à la campagne, loin de toute fatigue et de tout souci professionnel. Il s’y résout, voyage de jour. s’endort profondément dans son wagon, et se réveille au point
terminus de la ligne, après avoir dépassé de près de cent kiomètres sa destination. Il arrive dans sa famille par le trais suivant; sa famille, devant son fasiès sans expression, son aspect fatigué, appelle le médecin qui l’a déjà traité lors de ses premières crises. Etant donné les, antécédents, la notion, de crises très récentes et répétées, et malgré la constatation. de quelques petites secousses, celui-ci attribue l’état actuel à l’épilepsie. Après trois semaines de repos et de calme com
plet, pendant lesquelles on ne constate que deux accès, l’état général du malade s'améliore considérablement. Il rentre à Paris et reprend ses occupations et une vie très active,
De septembre à décembre, les crises sont très espacées, (une par mois à peine), l’état général reste satisfaisant. En janvier, elles reprennent plus violentes que jamais, à raison d’une tous les deux: ou trois jours. Le, malade est à nouveau fatigué, ses amis comparent l’état actuel à celui de l’été dernier, et, comme alors, le rattachent au mal comitial, Des réactions de Wassermann répétées et plusieurs examens cliniques complets pratiqués à la Salpêtrière semblent écarter lhypothèse de syphilis.
Le 10 février, au restaurant, crise atténuée, le malade ne tombe pas, comme de coutume, à terre, mais, dans la soirée, il est pris d’une irrésistible envie de sommeil, avec courbature, et se couche très fatigué. 6
Du 10 au 14, on ne sait ce qui s’est passé. Mais le 14, la concierge frappant en vain à la porte. de son locataire qu’elle n’a pas vu depuis quatre jours, s’inquiète et appelle le médecin et la famille. Nous arrivons peu après celle-ci, que nous trouvons frappant sans succès à la porte du malade. Un serrurier l’enfonce et l’on constate que l’occupant n’est pas mort ni même comateux, mais profondément endormi. Sa respiration est calme, il a l’aspect cependant d’un infecté. Mais l'attention est de suite attirée par des secousses myocloniques très accentuées aux muscles des deux épaules et aux: deux poignets, plus discrètes aux membres inférieurs. Le malade se réveille une heure après, tenant une conversation tantôt normale, tantôt confuse, cette dernière est dominée par des idées délirantes d’ordre professionnel; le malade, sans se préoccuper de la présence inattendue de sa famille, qu’il n’a pas vue depuis six mois, réclame sans cesse des livres de mathématiques et ne parle que de combinaisons professionnelles sans aucune apparence de vraisemblance. I] est constipé depuis trois jours, et pendant cette période n’a pas uriné.
LD o
Ori n'obtient, en le sollicitant, que quelques grammes d’urine, où l’on constate une légère glycosurie. On pense de suite. en présence des caractères du sommeil, en cette période d’épidémie, à une encéphalite. En effet, à notre seconde visite, quelques heures après, on constate de la diplopie, des troubles de l’accomodation, du ptosis bilatéral, des troubles de la parole. Les jours suivants, le diagnostic se précise, une purgation, le régime et l’administration d’Uroformine par voie intraveineuse améliorent l’état infectieux et provoquent la diurèse. L’hypersomnie persiste, par poussées très variables, pendant une semaine. Actuellement, notre malade est sensiblement amélioré.
Il est très vraisemblable que l’état signalé au mois de juillet relevait de l’encéphalite et non de l’épilepsie, et qu’il s’agit ici d’une rechute. Les antécédents du malade avaient orienté tout d’abord vers un faux diagnostic..peut-être ont-ils constitué, d’autre part, un terrain favorable à l’éclosion de l’encéphalite.
2°. —- FORME THALAMIQUE 3°. — FORME CEREBELLEUSE
Ce sont là des formes rarement pures, leur diagnostic est alors délicat et se discute avec les tumeurs de même localisation. Mais, en général, ces symptômes sont accompagnés des autres symptômes essentiels de la maladie, qui font faire le diagnostic.
4°. — FORMES MESOCEPHALIQUES
Dans ces formes dont les symptômes décèlent une localisation de linfection aux corps striés ou à la région pedonculo-protubérantielle, on peut rencontrer les types suivants (SAINTON) :
a) Type choréique ou choréo-athétosique, généralisé ou partiel, donnant lieu parfois à des cas légers, frustes, qui passeraient inapeius s'ils ne s’accompa-
gnaient souvent de symptômes oculaires.
b) Type myoclonique, généralisé ou partiel, caractérisé par les secousses musculaires. On a signalé des cas où ces secousses musculaires constituaient tout le tableau clinique de formes frustes. On en a signalé surtout, et c’est là un élément de diagnostic précoce, où, en présence d’un état infectieux dont on ne pouvait affirmer la nature, l’äpparition précoce des secousses musculaires, précédant l’hypersomnie ou méme sans que celle-ci n’apparaisse par la suite, fit poser le diagnostic. Ces cas ont été surtout signalés par les accoucheurs, car chez les femmes en état de gestation l’état subinfectieux peut être rapporté à une intoxication gravidique, qu’on est toujours tenté, à priori, d’incriminer dans cette situation. Tel fut le cas d’une malade présentée récemment par le professeur Cou- VELAIRE dans une de ses leçons, où l’observation plus attentive fit remarquer la présence de secousses musculaires qui précédèrent la nature d’un état subinfectieux qu’on n’avait pu rapporter jusqu'alors à l’une
des causes habituelles de l’intoxication gravidique.
c) Type bradycinétique, caractérisé par des mou-
vements rythmés de grande amplitude.
d) Type insomnien, localisé ou partiel : type figé. type trémulant, qu’on rencontre plus souvent, semblet-il, comme séquelle tardive que dans la période ini-
tiale de la maladie.
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e) Type tétanique, rare, mais de diagnostic délicat à la phase initiale.
f) Type de mésocéphalite avec somnolence et paralysies oculaires : c’est l’encéphalite léthargique typique, décrite dans les premières observations de l’épidémie de 1919. Nous n’insisterons pas sur les éléments du diagnostic précoce, que retrouverons à tous les chapitres de cette étude. C’est la plus facile à reconnaître parce que la mieux connue, celle à laquelle on pense lorsque vient à l’esprit, en présence d’un malade nouveau, l'hypothèse d” encéphalite épidémique.
g) Type de paralysies mésocéphaliques (oculaires, accomodation) partielles. Nous ne parlerons pas de cette forme, qui n’a guère d'intérêt au point de vue du diagnostic précoce, ces paralysies ne survenant, en général, qu’à une période assez avancée de la maladie, alors que le diagnostic est posé depuis plusieurs jours ou plusieurs semaines.
h) Type hypersomnique. — Dans toutes ces formes. mesocéphaliques, la fonction hypnique est troublée dans son intensité et dans son rythme. ACHARD a signalé un « état d’étonnement » voisin du sommeil, sorte d’obnubilation; dans d’autres cas, on décrit une insomnie persistant pendant toute la période d’état de la maladie et restant même comme séquelle, cette insomnie est due sans doute aux douleurs atroces que subit le patient dans ces cas relativement rares.
Mais l’hypersomnie est le trouble de beaucoup le plus fréquent, celui qui domine dans un grand nombre de cas le tableau clinique. Nous le retrouvons dans 17 cas sur les 22 observations qui constituent la thèse
de BLANC sur l’épidémie d'Encéphalite Epidémique en Anjou en 1919-20. Elle est également caractéristique dans nos observations IL et IIL Cette exagération du sommeil normal a, d’ailleurs, comme caractère essentiel la variabilité, dans son intensité d’abord, pouvant aller jusqu’à la narcolepsie complète, qui caractérise le type hypersomnique, avec résolution musculaire. immobilité du visage, sans expression, les bruits familiers et les mouvements de l’entourage ne parvenant pas à réveiller le malade, pas plus que les sollicitations organiques de la faim,’ de la soif, de la miction et de la défécation. La vie végétale semble, elle aussi, endormie. Le sujet pourra rester des heures, des jours, dans cet état, en oubliant le boire et le manger, tandis que la constipation demeure opiniâtre et que parfois même s'établit une rétention d'urine. Un degré de plus et c’est le coma, dont nulle excitation ne peut plus faire sortir le malade. Ce degré est souvent l'apanage des formes mortelles.