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Pour ces motifs, le malade sera ausculté dans son lit le moins souvent possible, et seulement lorsqu'il ne pourra pas se lever pour une raison quelconque. S'il s’agit d'un enfant, il conviendra ou de le faire monter sur un tabouret ou au contraire de prendre une chaise haute, afin que l'oreille soit à la hauteur des sommets pulmonaires.

On comprend facilement que les signes fragiles de la première étape de la phtisie puissent être modifiés grandement, suivant la façon dont se produit l'acte respiratoire. Or, nous savons combien sont nombreux les malades qui ne savent pas respirer, qui respirent irrégulièrement, en saccades, trop ou trop peu ! Aussi M. le professeur Grancher recommande-t-il avant d’ausculter, de s'assurer si l’acte respiratoire s'effectue d’une façon convenable, et au besoin de faire l'éducation du malade sur ce point. Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter les lignes suivantes à une de ses cliniques faite à l'hôpital des Enfants-Malades (1):

« Avant d’ausculter, apprenez à votre malade comment il faut respirer. Il y en a qui, quand on leur dit: ayez la bonté de respirer largement, suspendent involontairement leur respiration ; plus souvent les malades se croient obligés de faire des mouvements thoraciques extraordinaires avec des saccades et des efforts. Une auscultalion faite dans ces conditions ne peut donner aucun résultat. D’autres malades inspirent bien, mais ne savent pas, quand on les

ausculte, vider complètement leur poitrine, en sorte qu'aux

(4) Grancher. D. précoce de la tub. pulm. comm. Bull. Médic., 10 juillet 1895.

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ses régions du thorax, en y écoutant dans chaque point, et plusieurs fois de suite, les deux temps de la respiration : puis, après avoir exploré alternativement les deux côtés de la poitrine, à les comparer et à noter les différences qu'ils présentent. M. le professeur Grancher fait remarquer que, pour le seul examen de deux points symétriques du thorax, cette méthode nécessite la comparaison de plusieurs facteurs : d’abord les deux temps de la respiration de chaque côté, puis les bruits pathologiques qui sont souvent complexes. Aussi il préconise une méthode d'examen un, peu différente, qui consiste à simplifier le pro- .blème en séparant les deux temps de la respiration et en les auscultant l’un après l’autre.

Nous avons vu précédemment que cet auteur fait consister le seul signe physique de la première étape, dans une altération du murmure inspiratoire, nous comprenons donc qu'il recommande, au début de la bacillose, l'auscullalion systématiquement limilée à l'inspiration en deux points symétriques de la poitrine : celle-ci révèlera la différence des deux inspiralions droite et gauche, c’est-à-dire la présence de l’état pathologique à l’un des deux sommets. Le médecin doit donc concentrer toute son attention et s exercer à n'entendre que l'inspiration, en faisant abstracon du bruit expiraloire qui n’a qu'une importance moindre à celle époque de la maladie. Pour arriver à ce résullat et pour permettre à l'oreille de bien superposer les deux sensations des inspirations symétriques droite et gauche, M. le professeur Grancher donne le conseil de pratiquer ce qu'il appelle l’'auscultation interrompue (1).

(1) Grancher. Bull. médic., 4 oct. 1905.

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« Celle-ci consiste à ausculter attentivement une région sous-claviculaire pendant l'inspiration seulement : on éloigne légèrement l'oreille du thorax du malade pendant l'expiralion et on recommence ainsi deux où trois fois de façon à recueillir toutes les qualités du murmure inspiratoire d'un côté, puis rapidement on passe à l’autre sommet de la poitrine et on procède de la même manière. » Ainsi, les sensations inspiratoires occupent seules l'oreille et il est rare que les plus petites différences échappent à ce mode d'examen. Quand l’un des sommets est sain, ce qui existe le plus souvent à l'extrême début de la tuberculose, le cas est facile, car la perception du bruit normal de la respiration, tel que nous l'avons décrit précédemment, est si différente de celle du murmure pathologique. que la superposilion immédiate des deux sensations permet de reconnaitre aussitôt quel est le côté malade. Mais il peut arriver quelquefois que le murmure inspiratoire soit altéré aux deux sommets et que la comparaison d'un côté à l’autre de la poitrine ne donne plus des résultats aussi nets : les deux inspirations sont alors, suivant l'expression de M. Grancher, « pathologiques et dissemblables ».

Dans ce cas cet auteur recommande de rechercher le bruit respiratoire physiologique, auquel on doit toujours se reporter, dans un point où on le trouve presque toujours normal au début de la bacillose : à la région moyenne du poumon, en arrière, dans l’espace interscapulaire, au niveau de l’épine de l’omoplate ; à la bas: au contraire, 1l existe souvent dès cette époque une anomalie respiratoire.

Nous en avons fini avec l'exposé de la méthode d'auscultation préconisée par M. le docteur Grancher. Nous

reconnaissons sans peine qu’elle demande plus de temps et de soins que celle qui est employée ordinairement ; mais elle nous parail avoir sur celle-ci l'avantage de rendre plus rigoureuse la comparaison des divers éléments dont se compose le murmure inspiratoire, tant normal que pathologique et nous croyons que, jointe aux règles fixées précédemment, elle est seule capable de permettre au médecin de dépister les signes si délicats de la première étape de la tuberculose pulmonaire chronique.

Par ailleurs nous ferons remarquer que la méthode d’auscultation de M. le docteur Grancher, présente sur les aulres procédés préconisés récemment pour le diagnostic précoce de la phtisie, cette supériorité incontestable qu'elle est à la portée de tous les praticiens, aussi bien de ceux de la campagne que de ceux des villes.

Il n'en est pas de même, par exemple, de l'examen radioscopique el radiographique ou des moyens de laboratoire : séro-diagnostic, injection de tuberculine, elc., qui ne peuvent être employés que dans les grands centres

scientifiques el par des médecins très exercés à toutes ces

recherches, C'est ce que, au Congrès de la Tuberculose de :

1905, M. Achard a bien fait ressortir dans les conclusions de son rapport auquel nous empruntons les lignes qui suivent (1) : «Nous devons reconnaître que les nombreuses méthodes nouvellement imaginées pour le diagnostic de la tuberculose témoignent avec éclat des efforts et de l'ingéniosité des chercheurs. Mais la plupart sont d’une exécu-

(1) Achard. Raäpporis du Congrès de la Tuberculose 1905: — Diagnostic précoce de la Tuberculose par les nouvelles méthodes.

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tion trop délicate el comportent trop de difficultés d’interprétation pour devenir dès aujourd'hui d'un emploi courant dans la pratique Pour la tuberculose pulmonaire en particulier, c'est à l'auscultation que le médecin demandera surtout les éléments du diagnostic précoce. Je ne parle pas seulement des signes depuis longtemps classiques, tels que l'expiration prolongée, la submatité, l'augmentation des vibrations vocales, les craquements qui dénoncent des tubercules déjà agglomérés et une évolution relativement avancée. J'ai encore en vue l’asymétrie de l'inspiration que le professeur Grancher considère comme le signe le plus propre à dévoiler, par son siège aux sommets el sa permanence, la phase dite de germination des lubercules, c'est-à-dire la lésion vraiment jeune. »

Nous voyons, d’après celle citation, que M. Achard reconnait, pour le diagnostic précoce de la Tuberculose pulmonaire chronique, toute la valeur de la méthode d’examen el des signes d’auseullation de M. le professeur Grancher. Nous n avons pas d’autre bul que de montrer leur excellence en publiant les observations inédiles qui vont suivre. L'une de celles-ci aété recueillie par nous sous le contrôle de M. le docteur Auclair, à la Consultation de médecine de la Pitié. Les autres nous ont été données obliseamment par notre maitre el nous tenons ici à l'en remercier bien vivement. Dans boules ces observations, le diagnostic de la première étape de la phtisie a été fait, grâce à la méthode d'examen de M. le professeur Grancher, par la seule constatation, à un sommet de la poitrine, d'un trouble inspiratoire permanent chez des personnes dont la

santé élait légèrement alltérée.

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