UN PLAIDEUR ET UN AVOCAT
LE PLAIDEUR. — Hé bien! monsieur, le procès de ces pauvres orphelins ?
l'avocat. — Comment! il n'y a que dix-huit ans que leur bien est aux saisies re'elles. On n'a mange' encore en frais de justice que le tiers de leur fortune; et vous vous plaignez!
LE PLAIDEUR. Je ne me plains point de cette bagatelle. Je connais l'usage; je le respecte; mais pourquoi, depuis trois mois que vous demandez audience, n'avez- vous pu l'obtenir qu'aujourd'hui ?
l'avocat. — C'est que vous ne l'avez pas demande'e vous-même pour vos pupilles. Il fallait aller plusieurs fois chez votre juge pour le supplier de vous juger.
LE PLAIDEUR. — Son devoir est de rendre justice, sans qu'on l'en prie, il est bien grand de décider des fortunes des hommes sur son tribunal ; il est bien petit de vouloir avoir des malheureux dans son antichambre. Je ne vais point à l'audience de mon curé le prier de chanter sa grand'messe ; pourquoi faut-il que j'aille supplier mon juge de remplir les fonctions de sa