‹ Dialogues et entretiens philosophiques (volume 2)Chapitre 22 sur 80 · TIMON · texte numérisé non relu

TIMON

Genséric, Odoacre, et leurs pareils,^ avaient étudie' longtemps dans les universite's ? — Je n'en doute nullement, me dit-il, et je suis persuade' qu'ils ont écrit beaucoup en vers et en prose; sans cela auraient-ils détruit une partie du genre humain ? Ils lisaient assidûment les casuistes et la morale relâchée des jésuites, pour calmer les scrupules que la nature sauvage donne toute seule. Ce n'est qu'à force d'esprit et de culture qu'on peut devenir méchant. Vivent les sots pour être honnêtes gens ! Il fortifia cette idée par beaucoup de raisons capables de faire remporter un prix dans une académie. Je le laissai dire. Nous partîmes pour aller souper à la campagne. Il maudissait en chemin la barbarie des arts, et je lisais Horace.

Au coin d'un bois, nous fûmes rencontrés par des voleurs, et dépouillés de tout impitoyablement. Je demandai à ces messieurs dans quelle université ils avaient étudié. Il m'avouèrent qu'aucun d'eux n'avait jamais appris à lire.

Apres avoir été ainsi volés par des ignorants, nous arrivâmes presque nus dans la maison où nous devions souper. Elle appartenait à un des plus savants hommes de l'Europe. Timon, suivant ses principes, devait s'attendre à être égorgé. Cependant il ne le fut point; on nous habilla, on nous prêta de l'argent, on nous fit la plus grande chère; et Timon, au sortir du repas, demanda une plume et de l'encre pour écrire contre ceux qui cultivent leur esprit.

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