XII PREFACE
du pauvre lévite d'Ephraïm qu'on veut violer, — à quoi donc avait servi l'incendie de Sodome ? — qui livre sa femme pour se soustraire à la politesse et, quand cette malheureuse a péri d'épuisement, la dépèce en douze morceaux destinés aux douze tribus d'Israël ! Comme il aime à citer, parmi les aïeules de David, la courtisane R.aab, qui livre sa ville, réquivoque Thamar qui, sur la berge d'un fossé, se laisse connaître par son beau-père Juda, l'adroite Ruth qui se coule sous le manteau du bonhomme Booz!
Il stigmatise la fureur du dévot théocrate Samuel, celui dont l'ombre fut si docile aux conjurations de la pythonisse d'Endor, ce prêtre qui offre en holocauste à son dieu sanguinaire tout un peuple vaincu et qui dépose un roi pour avoir hésité à scier en deux son prisonnier Agag. Il plaint Saùl, chercheur d'ànesses, tour à tour amusé, trahi, détrôné par le frondeur harpiste David, l'homme selon le cœur de Dieu.
Replacés dans leur milieu, David et Salomon, certes, ont leur mérite. Toute proportion gardée, l'un est une sorte de Clovis, l'autre un Charlemagne au petit pied; ils ont imposé aux clans juifs une cohésion passagère. Le premier passe pour avoir composé quelques élégies et dithyrambes, pauvres d'idées mais riches de formes ; les livres attribués au second, par un certain scepticisme grandiose, ou par un désordre voluptueux, tiennent un rang distingué parmi les essais de morale et les poëmes erotiques; enfin celui-ci, homme de goût, a fait bâtir un somptueux édifice, attirée Jérusalem les trésors de l'Orient, et répandu sa renommée jusqu'au fond de l'Arabie. On comprend que ces deux hommes, pour les Hébreux, pour le monde sémitique tout entier, soient restés les types du guerrier et de l'homme d'Etat. Et c'est fort naturellement que les demi-juifs, rédacteurs des Evangiles, ont été amenés à introduire dans les généalogies