VOLTAIRE ET LES RELIGIONS. XIII
de Joseph ces héros nationaux, sans réfléchir que Joseph n'était pour rien dans la naissance de Jésus, et que les vrais dieux n'ont pas d'ancêtres. Mais leur sagacité n'allait qu'à jeter de la poudre aux yeux de leur public ignorant. Ils n'avaient pas songé non plus que mêler ces personnages à leur légende, accorder à leurs psaumes et à leurs chants d'amour une inspiration divine, c'était sanctifier leurs actes et, de ces luxurieux, de ces ineurtriers, faire « des saints rois les plus parfaits modèles », comm.e nous le dit le jeune élève de l'abbé Joad, le petit séminariste orthodoxe, TEliacin de Racine. Cette conséquence a frappé Voltaire; aussi pour en démontrer la dangereuse absurdité, épluche-t-il malignement la vie et les œuvres de David et de Salomon.
Dieu merci, la carrière du fort danseur devant l'arche est émaillée d'assez laides peccadilles. La morale y cherchera peu d'exemples. Duplicité, cruauté, adultère, luxure y fleurissent à Tenvi. Nous ne citons que pour mémoire l'enlèvement de la complaisante Bethsabée, le guet-apens où périt Uriah, les crimes suivis d'illusoires pénitences, et nous laissons le vieux pêcheur aux mains de la jeune Abisag, qui le réchauffe un peu tard. La famille est faite à l'im.age du chef; un des fils viole sa sœur, un autre se révolte contre son roi ; l'héritier adultérin, Salomon, débute par faire assassiner son frère; après quoi, il tue le meurtrier, car Salomon est un roi juste; sa sagesse, dégoût des plaisirs dont il s'est gorgé, se concilie avec un aimable abandon : il a sept cents femm.es et trois cents concubines, ou vice-versa.
Quant aux roitelets d'Israël et de Juda, qui défont l'œuvre des deux grands monarques, l'histoire de leurs luttes intestines, des catastrophes qu'ils attirent sur Samarie et sur Jérusalem, n'est qu'un tissu d'humiliations et d'atrocités. Les faveurs de lahvé n'ont pas été de longue durée. 11 est vrai que
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son peuple chéri lui a donné de fréquents sujets de plainte; mais Juda, au moins, qui avait conservé son culte, méritait plus d'égards; et Juda, précisément, est aussi maltraité qu'Israël infidèle et idolâtre.
Au reste, le monothéisme tardif et intermittent des Juifs n'impliquait aucunement la croyance en un dieu universel. Il y avait chez les Sémites beaucoup d'autres divinités, aussi uniques et aussi jalouses, dont les adorateurs de lahvé ne contestaient pas l'existence : ils se bornaient à proclamer la supériorité de leur dieu national. Voltaire a rappelé très à propos ces paroles de Jephté, disant à je ne sais plus quelle peuplade voisine : « Vous possédez de droit ce que votre dieu Chamos vous a donné; souffrez donc que nous prenions ce que notre dieu Adonai nous a promis >. Les conquêtes de David étendirent le domaine de lahvé, les splendeurs de Salomon ajoutèrent à son prestige; et bien que le schisme des dix tribus eût porté une grave atteinte à son autorité, les prêtres, les prophètes fidèles à la patrie juive, conservèrent, en la développant, l'idée d laquelle l'expansion de leur race avait donné naissance. La possession du seul vrai dieu flattait leur orgueil et les consolait dans leurs malheurs. La connaissance plus ou moins vague de la méthaphysique platonicienne acheva d'élargir er monothéisme absolu leur monothéisme relatif. I. acceptèrent en même temps le dualisme des Perses, non sans inconséquence; mais la fable des anges rebelles et déchus leur présentait deux avantages ; une explication naïve du problème du mal ; un moyen d'écarter les dieux étrangers et rivaux, facilement réduits en démons, en complices de Satan; ils crurent, d'ailleurs, sauvegarder suffisamment l'unité divine en subordonnant l'éternel ennemi à l'éternel vainqueur dont il est la créature et reste l'instrument. Enfin, non moins qu'une vivace espérance, les traditions nationales qui leur