VOLTAIRE ET LES RELIGIONS. XV
montraient dans leurs patriarches, dans leurs juges et leurs rois des mandataires ou des familiers de lahvé, peut-être le rôle de médiateur attribué à Mithra, les habituèrent à réclamer, à prédire l'intervention d'un envoyé de Dieu, d'un messie rédempteur qui les rétablirait dans leur gloire et leur indépendance. Un tel homme, que les Juifs attendent encore, devait nécessairement appartenir à la descendance de Salomon et de David.
Ces doctrines, qui sont bien le fonds de la théodicée chrétienne, le point d'attache entre Tancienne et la nouvelle foi, et à ce titre le christianisme est bien la suite du judaïsme, ces doctrines que d'inhabiles interpolations avaient glissées dans le récit de la Genèse, que le livre, étranger et annexe, de Job avait déjà popularisées dans la littérature juive et pour ainsi dire incorporées à la Bible, elles inspirent, elles échauffent en leurs divagations lyriques les voyants dont Jésus, le Jésus réel, fut le prosaïque successeur. Car Jésus était un voyant juif; il venait « non pas détruire la loi, mais l'accomplir ». C'est le génie aventureux de Paul qui, retournant la proposition, a déchaîné le christianisme sur l'univers. Rudement combattu par les esprits bornés, par les disciples immédiats du Nazaréen, il triom.pha, pour notre malheur, et détourna en religion acceptable à tous les crédules et à tous les déclassés une mince hétérodoxie juive. Mais, juif lui-même et nourri dans le messianisme juif, Paul était aussi trop habile pour retirer à Tidée nouvelle l'appui d'une antique tradition. En modelant sur quelque événement ou passage biblique chacune des actions et des paroles du messie prétendu, on reportait l'origine du christianisme aux premiers âges du monde, par-delà même la création et le chaos; on assurait à toutes les fables de la mythologie chrétienne une série d'assises inébranlables. Et tel fut assurément, Strauss l'a montré par le menu, le calcul instinctif ou raisonné des trente ou quarante