VOLTAIRE ET LES RELIGIONS. XIX
leurs béquilles, les ressuscites parlants, sur les démons envoyés dans le corps des pourceaux innocents, sur la montagne où. un dieu se fait porter par un diable, et d'où l'on contemple tous les royaumes de la terre. Miracles pour miracles, rien ne vaut ceux de Moïse et de Josué; rien ne vaut les métamorphoses d'Ovide; sans parler des prodiges accomplis par les dieux de toute figure et de tout pays, tous aussi vraisemblables et aussi certifiés que peuvent l'être l'incarnation ou la transsubstantiation.
On ne peut guère séparer l'enseignement chrétien des mystères sur lesquels il se fonde. Cependant les dogmes, le culte, les sacrements, peuvent valoir par eux-mêmes. Qu'ils aient ou non été promulgués par le Christ en personne, ou bien laborieusement excogités par lEglise, et là-dessus on peut consulter, si Ton a du temps, les Abdias, les Papias, les Clément, les Cyrille, les Eusèbe, et tout ce qu'il y a de grands et petits pères (Voltaire en joue avec autant de grâce, sinon avec autant de précision, que nos savants), ces préceptes et ces pratiques relèvent surtout de la raison. Or, que dit la raison, du péché originel, de la rédemption, du baptême, de la trinité, de l'eucharistie, ou de la confession, ou encore de l'immaculée conception ? Vous trouverez la réponse dans mille passages de Voltaire. Il est donc inutile de toucher ici des points encore délicats. A quoi bon faire crier le malade ?
Dégagé d'une mythologie en somme fort médiocre, déchargé de cette divinité qu'il ne semble pas s'être attribuée, et de la religion compliquée que peut-être il n'a jamais cherché à construire, Jésus, le fils très-légitime d'humbles artisans, le frère de Jacques et de plusieurs autres, apparaît comme un homme très-justement mécontent de l'état social où il vit, très-irrité contre les hypocrites du Sanhédrin; comme un orateur populaire