XX PREFACE
bien doué, à tendances sensiblement communistes, peu familier avec l'économie de toute société civilisée, considérant la remise des dettes comme le dernier mot de l'idéal terrestre, invoquant sans cesse la justice qu'il confond avec une sorte de sympathie ardente et vague, promettant un avenir meilleur, sans autre garantie que sa propre foi dans une fin prochaine du monde, qu'une résignation absolue à la fatalité providentielle; enfin comme un enthousiaste nerveux, entraîné souvent à des paroles inconsidérées, parfois à des actes irréfléchis et bizarres. Son exaltation est visible. Sans aller jusqu'à trouver dans sa conduite avec les marchands de colombes, de figurines et mêmes objets de piété, naturellement et légalement installés sous les portiques du temple, ou encore dans ses menaces contre ce monument, dans ses prétentions à la royauté, dans les dures paroles qu'il adresse à sa mère, les prodromes ou les sym.ptômes d'un délire caractérisé, il est facile de comprendre les inquiétudes de ses parents, la défiance des pouvoirs publics, enfin les haines qui répondaient aux siennes, — car sa charité ne s'étendait pas aux pharisiens, — et qui finirent par le clouer au gibet. Nul ne s'aperçut qu'un dieu venait de mourir. Tout cela s'était vu et s'est vu cent fois; d'abord, chez les Juifs, puis chez toutes les nations du monde. Partout il s'est rencontré, ne disons pas des philosophes comme Protagoras, Diagoras ou Aristote, mais des utopistes éloquents, généreux qui, profondément affectés des misères humaines, proposent des remèdes pires que le mal, lancent les masses à l'assaut de la civilisation et se brisent, tête baissée, contre la forteresse qu'ils voulaient renverser. Tel fut le Jésus réel ou probable, et Voltaire en a bien saisi la physionomie. L'appréciation qu'il a placée dans la bouche du savant Fréret {Boulainvilliers) ne serait désavouée par aucun exégète laïque. Strauss est le premier à reconnaître « qu'il parle