VOLTAIRE ET LES RELIGIONS. XXI
de Jésus sur un ton assez convenable » ; et il cite à l'appui une vision coupée d'entretiens (Voir toine III, Les Sages) où Jésus converse avec Numa, Pythagore, Zoroastre, Zaleucus. « J'oserais, » dit Voltaire,» l'apt peler un Socrate rustique. Tous deux prêchèrent t la morale sans aucune mission apparente, tous c deux eurent des disciples et des ennemis, tous t deux dirent des injures aux prêtres, et tous deux « furent suppliciés*, o
Parmi les paroles et les opinions de Jésus qui semblent avoir été conservées par la tradition, il faut distinguer entre les maximes de combat, trop tidélement appliquées par 1 Eglise : —Je suis venu pour apporter le glaive et non la paix; il faut haïr son père et sa mère à cause de moi; — et l'enseignement moral proprement dit.
La morale de Jésus est à la fois universelle et bornée : elle ne connaît rien en dehors des relations les plus élémentaires des hommes entre eux et de l'homme avec l'univers ; deux aphorismes la résument : « Aimez-vous les uns les autres; Jîat voluntas tua. » Q.uant à la famille, à l'Etat, aux intérêts sur lesquels toute société repose, Jésus les écarte, il les ignore. C'est la seule conclusion raisonnable à tirer de la trop fameuse échappatoire : « Rendez à César ce qui est à César. » Il na aucune idée de la science, il dédaigne le travail : sur ce point fanecdote de Marthe et Marie, la comparaison du lys, qui ne travaille ni ne file, ne peuven laisser aucun doute.
L'amour, en tout et pour tout, c'est trop et trop peu : trop, quand il va jusqu'à l'oubli de toute dignité, jusqu'à l'acceptation du plus vil outrage; trop peu, quand on en fait le critère de toutes les actions humaines. L'amour est arbitraire, comme le prouve la maxime : « Beaucoup d'appelés et peu d'élus. »
' Voltaire, six conférences. Traduction Xarval-Lesigne, in-S, Reinwald,