VOLTAIRE ET LES RELIGIONS XXIII
la vraie, celle qui naît des rapports entre les personnes et les groupes sociaux, et qui est en contradiction absolue avec la doctrine chrétienne. Celle-ci, en effet, apprend à souffrir et à mourir ; l'homme veut jouir et vivre. L'Eglise prit soin seulement de se réserver le bénéfice de Tamour, de la charité, de la résignation, les pratiquant, surtout les imposant, au mieux de ses intérêts. De sorte que le Christ, venu pour délivrer les âmes, se trouva les avoir livrées sans défense à la domination d'un clergé ambitieux, le plus souvent coalisé avec tous ceux « qui sont tueurs de gens ».
Jésus, sans doute, a sa part de responsabilité dans les misères sans nombre causées ou exploitées par ses astucieux successeurs. Mais c'est sans le vouloir qu'il leur a fourni un formidable engin d'oppression et d'abrutissement. Qu'aurait-il pensé, lui l'ennemi acharné des pharisiens, des hiérarchies politiques et cléricales, s'il eût pu voir restaurer, et restaurer en son nom, d'après sa propre loi, les abus qu'il voulait anéantir.'' Que sont les consolations illusoires offertes à l'ignorance et au désespoir, au prix de la civilisation antique abolie, de la science traquée par le fer et le feu, auprès de dix siècles perdus pour la raison humaine?
Car il faut juger l'arbre à ses fruits. De l'obéissance passive, il ne peut sortir que la révolte et la répression. Le christianisme sous toutes ses formes a été une entreprise violente contre la nature et contre l'expansion des facultés humaines. La revanche de ses martyrs a duré plus de mille ans. Nulle religion n'a suscité plus de discordes dans l'Etat et dans la famille, nulle n'a fait couler plus de sang, non pas même celles qui sacrifiaient des hommes sur leurs autels, c Celles de l'antiquité ont été tolérantes; l'islamisme lui-même s'est toujours montré plus doux. Voltaire fait le compte détaillé de tous les massacres commis « au nom du dieu de paix , querelles des ariens et des donatistes ,