XXIV PREFACE
croisades, guerres des Albigeois, des Hussites, des Vaudois, des protestants, tueries d'Américains et d'Irlandais, « et parvient ainsi à un total de 9,468,800 hommes, qui périrent à cause du christianisme ». Il constate avec indignation que, durant quinze siècles, tout ce qui a pensé, tout ce qui a su, tout ce qui a fait honneur à notre espèce, s"est vu soupçonné, persécuté, emprisonné, tenaillé, brûlé, sans trêve et sans merci. Et quoi de plus irritant, exaspérant, que la pateline douceur des maximes accouplée au déchaînement furieux de la passion théocratique '. Le pire supplice n'est-il pas la cruauté d'un bourreau mielleux, d'un égorgilleur cafard i Et tels furent l'office et le caractère du christianisme, jusqu'au jour où l'adoucissement des mœurs et le relèvement de la raison le réduisirent à une vertu moins active, diminuant son empire sans éteindre ses haines et ses ambitions persécutrices.
Mais « nous ne devons jamais oublier, » dit Strauss, « que ce sont les Erinnyes de la Saint-Bar- « théiemy, des Dragonnades et de la guerre des « Albigeois qui, en Voltaire, agitent leurs torches « contre le christianisme » (navait-il pas vu La « Barre, presqu'un enfant, martyrisé pour une chan- {( son r). « Et quand, dans son Homélie soi-disant « prononcée à Londres, il établit la proposition a que : « Quiconque me dit : Pense comme moi, « ou Dieu te damnera, me dira bientôt : Pense a comme moi, ou je t'assassinerai », cette proposi- « tion a peut-être perdu quelque chose de sa terc rible vérité, parce que cent ans ont passé depuis < que récrivit Voltaire ».