‹ Dialogues et entretiens philosophiques (volume 3)Chapitre 26 sur 87 · VOLTAIRE ET LES RELIGIONS. XXVII · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ET LES RELIGIONS. XXVII

consolider ce qui tombe, rallumer le feu qui s'éteint ? Nous devons à la Réforme deux ou trois siècles de recrudescence catholique ; ce qui est trop; et voilà ce qui ne pouvait échapper à la sagacité de Voltaire. Nous ajouterions, pour nous, que la Réforme est chargée d'une responsabilité plus lourde encore : en épurant le sentiment religieux, elle Ta perpétué; en élaguant maints abus criants, maintes sottises accessoires, elle a préservé et ennobli « l'erreur fondamentale t. Mais cette vue est étrangère au déiste de raison, à l'adepte parfois un peu sceptique de la religion naturelle.

Il ne faut pas forcer la portée de la critique de Voltaire. Elle n'est radicale qu'à Tendroit des religions positives, et encore dans la mesure du mal qu'elles ont fait à l'humanité. Le polythéisme artiste et hospitalier des Grecs et des Romains, lié d'ailleurs à ses souvenirs classiques, mérite son indulgence, et il sait gré aux deux augures de n'avoir pu se regarder sans rire. Au christianisme, surtout au catholicisme, qu'il connaît bien, il préférera volontiers le mazdéisme, le brahmanisme, qu'il connaît mal par une contrefaçon des Védas, ou le prétendu monothéisme pur des Chinois; ceux-ci, après tout, sont bien loin; ils ne s'imposent pas par l'école et le bûcher aux bons Velches de l'Ile de France; mais celui-là, c'est l'ennemi, présent et redoutable; contre lui s'acharne l'érudition vaste et l'ironie accablante du polémiste; de ses forteresses, pas un mur ne restera debout : tradition, légende, dogme, morale, hiérarchie, tout croulera sous le rire, plus fort que les trompettes de Jéricho. Cette ruine suffit à Voltaire. Il est content s'il a établi que toutes les révélations et tous les miracles se valent; que, bonzes, talapoins, faiseurs de pluie, peuvent échanger leurs robes, chapelets et goupillons; qu'il y a autant de raisons, plus, pour se faire païen, mahométan, brame, que catholique ou anabaptiste.

Derrière les mythologies et les théologies, sous

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