II PREFACE
le centenaire de l'Antéchrist, sont des manifestations qui ont leur éloquence: n'ont-elles pas fait débiter à quarante mille exemplaires et plus le gros volume oij tient à grand peine un trente-troisième des œuvres de \'oltaire?
Ainsi, d'un côté, la science raffinée, la haute culture; de l'autre, la cléricature de toute robe et de tout poil. Eh bien! nous craignons que, pour une fois, il ne faille donner raison aux « papimanes ». Ils ont bien vu. Décisive et profonde est la critique de Voltaire.
— Mais Voltaire ignorait Thébreu, le phénicien, les cunéiformes et les hiéroglyphes. Son érudition est de seconde main. 11 traite les textes avec un sans-gêne ! A ce point qu'un Chaumeix, un Nonotte, un Patouillet, oui, des cuistres, des « excréments de théologie », ont pu le convaincre de légèreté. — Ces triomphes navrants sont-ils authentiques ? C'est ce que nous n'éprouvons nulle envie de vérifier.
Il est beaucoup moins précieux qu'on le croit de savoir si Marc a précédé Mathieu, si le diable a transporté Jésus sur la montagne un lundi ou un dimanche.
Qu'on nous entende bien. Toute science vaut par elle-même; et nous sommes à cent lieues d'un dédain, fort ridicule, pour les solides travaux d'un Strauss, d'un Renan, d'un Jules Sour)'; l'histoire en profite et l'esprit s'en réjouit. La science des religions, envisagées comme simples accidents de l'évolution intellectuelle, est l'une des gloires de notre temps. Mais à force d'en dévoiler l'artifice, d'en suivre les aventures et les vicissitudes, l'on en vient à un dilettantisme aussi dangereux qu'irritant.
Autre est le cas de religions mortes, comme sont le mazdéisme perse et le polythéisme grec, ou lointaines, comme le brahmanisme, le bouddhisme et l'islam; autre celui d'une religion vivante, présente, puissante, qui tient les femmes et, par elles, les enfants, se cramponne à la jeunesse et ose attaquer