VOLTAIRE ET LES RELIGIONS. III
ouvertement les hommes. Celle-ci, il ne s'agit pas uniquement d'en conter l'histoire; il s'agit de l'éliminer; ensuite il sera loisible de la classera son rang dans le muséum où prendront place toute faune et toute flore métaphysiques. En restituant, avec amour, et des racines au faîte, le mancenillier dont les fruits et l'ombrage ont endormi, ont étouffé cinquante générations, il ne faut pas oublier, même aujourd'hui, que l'arbre végète encore et répand ses miasmes délétères.
— Mais Voltaire a été homme de parti, — Je crois bien, at du bon.
Ici, l'on ajoutera quelque bel aphorisme sur le désintéressement de la science : La science n'a point de but, elle n'a d'autre objet qu'elle-même. Lieux communs qui, à leur place, ne manquent pas de majesté; mais ils manquent de vérité. Toute science a pour but la destruction de Terreur, toute sci^ce a pour objet l'utilité de l'homme. Ainsi pensait Voltaire.
— Mais que devient cette tolérance dont il s'est fait l'apôtre r — La tolérance est le respect, non de l'opinion, m.ais du droit d'autrui. Elle n'a rien de commun avec l'indifférence; c'est une garantie mutuelle de liberté. Voltaire l'offre à tous et la réclame pour lui. Si les autres gardent le droit d'obéir et de croire, à plus forte raison entend-il se réserver le droit de nier; et il en use.
— Mais il a rl —
Voilà le grand, le terrible grief. Les religions sont choses graves; et la négation la plus convaincue doit les aborder chapeau bas, avec une révérence atténuée, tout au plus, d'un demi-sourire. C'est ce que Voltaire ne pensait pas. Où nous ont menés ces politesses, qui ne devaient tromper personne? A une recrudescence, sinon de l'orthodoxie, au moins de ce qu'on nomme le sentiment religieux. En prenant au sérieux des fictions, en s'attaquant à des moulins à vent, nos éminents, érudits, sagaces