XIV PREFACE
physique cartésienne, contre la matière subtile, striée, cannelée, rameuse, globuleuse. Il n'a pas su voir, dans ces «: tourbillons »
Se mouvant sans espace et sans règle entassés,
rébauche des systèmes solaires, le pressentiment de la gravitation.
Son attachement aux vérités démontrées le met en garde contre les théories aventureuses, mais aussi en défiance contre les progrès possibles de la science. Lui qui a tant fait pour la diffusion d'idées nouvelles, il recule devant les hardiesses d'un Maupertuis, d'un Telliamed, de Buffon lui-même. Il en saisit et il en exagère les côtés baroques, il n'en démêle pas le fonds sérieux. Toute bizarrerie éveille et surexcite sa verve narquoise; toute obscurité répugne à son esprit vaste et clair. Voltaire est avant tout un critique et un logicien, non un chercheur. Dans une intéressante période de sa vie, il a manié le compas et la cornue; il a été physicien et chimiste pratiquant, fervent. Ses expériences font honneur à sa bonne volonté; mais on ne peut dire qu'elles aient abouti. C'est qu'on ne lutte pas contre son tempérament. C'est aussi que, tôt ou tard, pour le génie même, vient l'heure où l'on cesse d'apprendre, où l'on a son siège fait, où l'on exploite son trésor sans l'accroître. Aussi, tandis qu'un Diderot, combinant les certitudes et les probabilités, s'évertue et s'ingénie, s'élève aux intuitions merveilleuses du Rêve de d'Alembert, annonce la corrélation des forces, devine la chimie organique et la physiologie, devance Lamarck,GeoffroySaint-Hilaire et Darwin, Voltaire se retranche à tout propos dans un aveu d'ignorance, assurément sincère, mais excessif : c'est, d'ailleurs, le défaut du sensualisme, de resserrer outre mesure les limites de la connaissance. Voltaire a coutume de répéter à qui veut l'entendre que les premiers principes sont