‹ Dialogues et entretiens philosophiquesChapitre 14 sur 117 · XVI PREFACE · texte numérisé non relu

XVI PREFACE

affirmations gagnaient en crédit et en autorité. De là son empire sur ses contemporains; nul ne doutait d'un fait attesté par Voltaire. Au reste, il comprenait très bien l'utilité des spéculations qui dépassent la science pour lui frayer une route. « Ce n'est pas, dit-il, que ces créateurs de systèmes n'aient rendu de grands services à la physique » (ii, 234).

Si de la conception générale de Tunivers nous passons à celle du monde vivant, nous retrouvons Voltaire toujours aussi ignorant des premiers principes, mais aussi hostile aux êtres métaphysiques, aussi attaché aux résultats constants de l'expérience, aussi défiant à l'égard des idées nouvelles*. Il ne sait ni d'oia viennent, ni ce que sont l'organisation, la végétation, la vie, la sensation, la mémoire, l'âme et la raison, mais il sait ce qu'elles ne sont pas : ce ne sont point des êtres, de petites personnes cachées dans les corps. « La vie signifie les êtres vivants. » Il constate que les plantes vivent et croissent ; que les animaux vivent, sentent et se souviennent, qu'ils sont « alliés et parents » de l'homme : celui-ci les dépasse seulement par un usage moins imparfait des mêmes facultés. Bien qu'il croie volontiers à la fixité des espèces, parce que « dès qu'une espèce a l'existence, il est impossible de prouver qu'elle ne l'ait pas toujours eue », il n'en soupçonne pas moins, avec bien de l'apparence, « qu'Archimède et une taupe sont de la même espèce, quoique d'un genre différent; de même qu'un chêne et un grain de moutarde sont formés par les mêmes principes, quoique l'un soit un grand arbre, et l'autre une petite plante. » (Édition du Centenaire, p. 661.)

Voltaire sait de la structure du corps tout ce qu'on en savait de son temps, et il la décrit à plusieurs reprises (11, 45, 185; m, 20, 21, 115, 116).

* « Qu'on ne me donne pas de petits joncs aquatiques pour des animaux voraces. et le corail pour des insectes.» (IIF, 118).

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