LA PHILOSOPHIE DE VOLTAIRE. XVII
Il admire la grande découverte de Harvey, parle correctement du cœur, cette pompe aspirante et foulante, du sang « qu'il envoie à coups de piston dans les artères et qui circule avec une rapidité que n'a point le fleuve du Rhône. » « Madame », dit le médecin à la princesse, « pour que vous vous portiez bien, il faut que votre cerveau et votre cervelet distribuent une moelle allongée bien conditionnée dans l'épine de votre dos jusqu'au bout du croupion de votre altesse, et que cette moelle allongée aille animer également quinze paires de nerfs à droite et quinze paires à gauche. » (m, 20). Sur la génération, « un mystère » qui le préoccupe beaucoup (i, 52 ; II, 46, 202, 256-244 ; III, 100, 113, 171, 186-195), il rapporte les opinions d'Hippocrate, de Harvey, de Leuv/enhoeck, s'amuse quelque peu des spermatozoaires, bafoue Maupertuis , discute la théorie moléculaire de Butfon et, finalement, se range à l'oviparité. Mais l'embryologie était trop peu avancée de son temps pour qu'il se prononçât en connaissance de cause sur un sujet si parfaitement élucidé aujourd'hui. Aussi ne manque-t-il pas cette occasion d'arguer de cette ignorance qui lui est si chère.
La psychologie de Voltaire, en ce qu'elle a de positif, est incomplète comme la physiologie du temps; mais c'est une esquisse excellente. Tout d'abord, elle embrasse le règne animal tout entier; elle n'isole pas l'homme de la nature vivante. Aussi rejette-t-il bien loin ]es animaux-machines de Descartes : non pas tant que la théorie lui semble fausse; elle est seulement exclusive; elle méconnaît l'identité fondamentale du mécanisme intellectuel dans l'homme et dans l'animal. Mais lui-même, en citant de nombreux traits d'intelligence qui révèlent chez les bêtes la mémoire, la réflexion, la prévoyance, le jugement et la volonté, il s'obstine à faire de la raison l'apanage et le signe distinctif de l'homme. Cependant il est bien forcé d'en accorder
VOLTAinE. DIALOGUES. TH. b