LA PHILOSOPHIE DE VOLTAIRE. X\X
ignore, et, sans l'éducation, Tadulte ne les concevrait qu'après un long travail mental. Les idées ne sont pas des êtres : « les idées sont l'animal pensant. » (ir, loo).
Bien que Voltaire aime à répéter qu'il n'existe aucun rapport entre les objets et la sensation, entre l'organisme et la pensée', il reconnaît cependant que la production de la pensée est liée, non seulement aux objets par la sensation, mais encore aux divers états de l'organisme; il lui arrive de dire que la pensée se forme dans la cervelle, que la santé du cerveau et du cervelet est la condition même de la pensée; que les idées semblent s'écouler avec le sang. Il déclare que l'homme ne pense ni à volonté, ni toujours; que la léthargie, l'évanouissement, le sommeil profond, arrêtent la formation des idées. Il tient qu'il est plus sage de chercher la cause de la pensée dans un sujet connu et certain, le corps, que d'imaginer une « petite personne » mystérieuse,' cachée dans la glande pinéale ou ailleurs, un être métaphysique nommé Ame ou Intelligence.
Rien n'est plus formel, plus explicite que son sentiment sur la question de l'àme. Il faut, pour l'obscurcir, abuser singulièrement de quelques doutes peu sérieux, 'ii, 21 y, m, 106, 157), de quelques réticences visiblement jetées en pâture aux haines orthodoxes {Catéchisme chinois, tome i, IJ9- 141). Un article entier du Dictionnaire philoso^ phique {Centenaire^ p. 657) et, dans nos Dialogues,
* « Tous ces êtres ont du sentiment, qui n'a aucun rapport avec leur organisation « (II, i83). — « On sait assez qu'il n'y a aucun rapport entre l'air battu et des paroles qu'on me cliante, et l'impression que ces paroles font dans mon cerveau » [Centenaire p. 635). — « Si nous regardons un o'ojet, si nous entendons un corps sonore, il n'y a rien dans ces corps ni dans nous qui puisse produire immédiatement ces sensations » (III. 129). — On dissèque mille cerveaux saas pouvoir jamais soupçonner par quels ressorts il s'y formera une pensée » (II, 201').