‹ Dialogues et entretiens philosophiquesChapitre 18 sur 117 · XX PREFACE · texte numérisé non relu

XX PREFACE

plus de ^ingt passages, démontrent l'impossibilité, rinanité de l'àme matérielle ou spirituelle. L'âme est le nom général de l'ensemble de nos facultés. Elle n'a point d'existence propre ; elle disparaît avec les facultés et, nécessairement, avec le corps qui en est le siège. Telle est la doctrine constante de 'Voltaire ; quelques citations l'établiront mieux que nous ne saurions le faire :

— « L'àme est un mot inventé pour exprimer faiblement et obscurément les ressorts de notre vie. » (i, 13 ^.) « Mes facultés... sont ce qu'on appelle âme. » (m, 148.)

— « Croyez-vous qu'il y ait un petit être inconnu que vous nommez sensibilité, mémoire, appétit^ ou que vous nommez du nom vague et inexplicable âme? — Non. » (11, m.)

— « Pourquoi voulons-nous à toute force en avoir une?— Peut-être bien que c'est par vanité, (m, 106.)

— « Je n'ai jam.ais pu comprendre comment un être immatériel, immortel, logeait pendant neuf mois inutilement caché dans une membrane puante entre de l'urine et des excréments. Il m'a paru difficile de concevoir que cette prétendue âme simple existât avant la formation de son corps ; car à quoi aurait-elle servi pendant des siècles, sans être âme humaine r... Que devient cet être inconnu si le fœtus qu'il doit animer meurt dans le ventre de sa mère: Il m'a paru encore plus ridicule que Dieu créât une âme au moment qu'un homme couche avec une femme..., que Dieu attendît la consommation d'un adultère, d'un inceste, pour récompenser ces turpitudes en créant des âmes en leur faveur. C'est encore pis quand on me dit que Dieu tire du néant des âmes immortelles pour leur faire souffrir éternellement des tourments incroyables. Quoi ! brûler des êtres simples, des êtres qui n'ont rien de brûlable! Comment nous y prendrionsnous pour brûler un son de voix, un vent qui vient de passer? » (m, 105.)

LA PHILOSOx-^HIE DK VOLTAIRE. XXI

— « L'àme immortelle?... Il faut d'abord être bien certain qu'elle existe. » (ii, io8.)

— « Jugez vous-même si l'instrument peut jouer encore quand il n'existe plus. > (m, 129.)

— « Peut-il exister de nous quelque chose de sensible quand tous les organes du sentiment sont détruits." » (m, 1 56.)

— « Jamais abeille n'a eu la folie d'enseigner dans une ruche que son bourdonnement passerait un jour la barque à Caron, et que son ombre irait faire de la cire et du miel dans les Champs- Elysées. » (ni, 160.)

Nous avons suffisamment caractérisé plus haut le déterminisme de Voltaire. La liberté, dit-il, n'est autre chose que le pouvoir de faire ce que je suis nécessité à vouloir; « vous n'êtes pas libre auty^ement que votre chien. » (i, 175.) «■ Je ne sais pas ce que vous entendez par une volonté libre; je n'attache point d'idée à ces paroles. » (i, 56.) « Vous ne pouvez vouloir sans raison. » (i, 176.) « Cette opinion et cette volonté sont les effets immédiats de la manière dont les esprits animaux se filtrent dans le cervelet et de là dans la moelle allongée. » (m, 115.) « Qu'entendez-vous par liberté d'indifférence ?... Il est ridicule de supposer la volonté de cracher à droite. Non seulement cette volonté de vouloir est absurde, mais il est certain que plusieurs petites circonstances vous déterminent à ces actes que vous appelez indifférents. Vous n'êtes pas plus libre dans ces actes que dans les autres. Mais encore une fois, vous êtes libre en tout temps, en tout lieu, dés que vous faites ce que vous voulez faire. » (i, 177.) «Locke a très bien défini la liberté puissance. » (i, ijj.) Tout dans l'univers est « éternellement asservi à un ordre constant, qui unit par des liens invisibles et indissolubles tout ce qui naît, tout ce qui agit, tout ce qui souffre, tout ce qui meurt sur notre globe. » (i, 37.) « Chaque homme, chaque être... obéit à la destinée et ne lui

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