XXVI PREFACE
Nous avons montré ailleurs [Préface du tome ii) que, à part certains détails aujourd'hui mieux élucidés, la critique moderne n'a rien ajouté à la Bible enfin expliquée; et surtout combien la polémique ardente de Voltaire est en avant de l'art pour Fart où se confinent nos érudits. S'il est utile, en effet, et intéressant, d'expliquer la naissance, la diffusion et les dogmes du christianisme, il est urgent et nécessaire d'arracher jusqu'aux racines des superstitions où la théocratie fonde son empire. Voltaire fait comparaître devant la raison, qui est ici le synonyme d'expérience, les miracles, les mystères, les sacrements, les préceptes, les institutions théologiques ; le tonneau des Danaïdes était toujours vide, le sien est toujours rempli jusqu'au bord, et il y puise à pleines mains les argum.ents victorieux, les foudres du rire et de la vérité. De rédemption en trinité, d'incarnation en transsubstantiation, de consubstantialité en eucharistie, il poursuit pied à pied ses adversaires, les convainc de mensonge et d'ineptie, de charlatanisme et de puérilité ; il les réduit à prononcer leur propre condamnation : Credo quia absurdum. « Quand le célèbre Locke, voulant mé- ■nager à la fois les impostures de cette religion et les droits de l'humanité, a écrit son livre du Christianisme raisonnable, il n'a pas eu quatre disciples : preuve assez forte que le christianisme et la raison ne peuvent subsister ensemble » fii, 29}. C'est le dilemme de Boutteville : « Homme ou chrétien. »
Incompatible avec la raison, le christianisme l'est avec le progrès, avec Tordre terrestre, avec l'organisation et la paix sociales. Le miracle n'est-il pas la négation de la constance des lois naturelles et, partant, de la science; la vérité révélée, l'ennemie implacable de la vérité cherchée : L'application aux vivants de lois imaginées pour un « royaume qui n'est pas de ce monde » n'est-elle pas le pire des non-sens? Le péché originel et la grâce tuent la justice; l'absolution est une prim.e à la récidive, la