LA PHILOSOPHIE DE VOLTAIRE. XXVII
mendicité ecclésiastique un encouragement à la paresse; le célibat des prêtres un outrage à la nature, la suprématie théocratique une atteinte à l'autonomie des nations. L'Eglise a précipité la décadence romaine, donné la main aux Barbares, exploité tour à tour la féodalité et la monarchie ; elle a persécuté, tenaillé, brûlé, massacré les dissidents, les philosophes et les savants; non contente d'effarer, d'abêtir et de pressurer les générations, elle a fait périr, dans l'ancien monde et le nouveau, plus de vingt millions d'hommes. 11 n'y a pas dans sa longue carrière une année où elle n'ait fait couler le sang, où elle ne Tait versé de ses mains. Elle a engendré et perpétué le trouble dans les États les mieux policés; et quels modèles a-t-elle eus à leur offrir? Le gouvernement du pape, et le Paraguay: voilà ses chefs-d'œuvre.
UIndex final permettra de trouver incontinent les nombreux passages où Voltaire retrace l'effrayant tableau des bienfaits du christianisme, les horreurs des persécutions, des guerres civiles, des Saint- Barthélémy, les infamies de l'inquisition, les dépositions et les assassinats des rois, les querelles misérables des indulgences , des investitures, des jésuites et des jansénistes, des billets de confession, les rapacités cléricales: denier de Saint- Pierre, annates, main-morte. Politique tirée de V écriture sainte! De tout cela, pas un trait à atténuer, pas un mot à regretter ou à retrancher : tout est vrai. A tant de maux, quels remèdes ? Voltaire en propose trois : supprimer la théologie, fermer les couvents, subordonner l'autorité religieuse à l'autorité laïque*. Le dernier est chanceux; il n'a pas réussi
* « Il ne reste qu'un seul remède dans l'état où sont les choses, encore n'est-il qu'un palliatif, c'est de rendre la religion absolument dépendante du souverain et des magistrats. — Oui, pourvu qu'ils sachent tolérer également toute religion..., laisser les hommes libres dans leur commerce avec Dieu et ne les enchaîner qu'aux lois dans tout ce qu'ils doi' vent aux hommes n (II, 29).