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gravée dans tous les cœurs, sur toute la surface de la terre, connue de tous les hommes, enseignée par tous les législateurs, pour une justice qui procède d'une raison supérieure. « Les lois, dit-il, ;?//e5 du ciel, sont fondées sur la raison universelle... Ce qui est juste, clair, évident, est éternellement respecté de tout le monde. » Singulier langage chez un ennemi des idées innées ! Mais pressez-le : les définitions seront aussi nettes et aussi solides que la théorie est creuse et vague ; et elles la condamnent.
— La loi naturelle? « Cest V intérêt et la raison. » (il, ri?.) « Plus l'homme progresse, plus la loi naturelle est observée. »
— Le juste? « Ce qui nous fait plaisir sans faire tort à personne. » (i, 91.) * Comment saurons-nous ce qui est juste? — Nous connaissons très bien notre intérêt. » (11, 1 1 1.) « Qu'appelez-vous juste et injuste? — Ce qui paraît tel à l'univers entier. » (11, 122.)
— La justice? « L'utilité est ia mère de la justice. 1) (11, 91.)
La loi naturelle et la justice universelle se réduisent donc aux conventions les plus générales nées de l'intérêt le plus immédiat. Ce sont celles-là seulement qu'on peut dire, et encore! gravées dans tous les cœurs. Mais, « il y a tant de nuances du juste et de l'injuste ! » (i, 134-) *^ Ce qui est juste à Gaiette est injuste à Otrante (m, 10); ce qui est juste vers la Seine est injuste vers le Rhône. » fi, 8j.) Les lois « changent selon les temps et selon les lieux. » (i, 201.) La plupart ont été faites après la victoire, « pour soutenir la tyrannie. » (11, 158.) Le droit de la guerre n'a qu'un nom, la force ; il est fils de la cruauté, de la fraude et de l'injustice. Les lois politiques et civiles, les prétendues lois fondamentales, sont de convention; les vraies, la liberté les contient toutes; quant à celles « qui empêchent les hommes d'écrire, de parler, et même
LA PHILOSOPHIE DE VOLTAIRE. X:vXIII
de penser..., je ferais une belle révolution pour les abolir! > (ii, 146.)
Perfectionner, réformer les lois (11, 29, 41), c'est la première condition de toute saine politique. On y parviendra en supprimant la théologie, comme on sait, et en abolissant la guerre, ce « crime, qui consiste à commettre un grand nombre de crimes en front de bandière » (11, m6), cette maladie affreuse, sorte de rage qui saisit à la fois une moitié de la terre. Point de guerre juste : il n'y a de guerre qu'offensive ; « la défensive n'est autre chose que la résistance à des voleurs armés. » (C'est le nom que Voltaire donne aux conquérants.) Mais qu'opposer à ce fléau de la guerre? Quel remède? « Aucun, sinon de se mettre en état d'être aussi injuste que ses voisins... C'est pourquoi douze cent mille mercenaires en Europe font aujourd'hui la parade tous les jours en temps de paix. » (11, 158, 159.) Q.ue dirait-il donc aujourd'hui?
Parmi les abus que Voltaire a attaqués avec le plus d'énergie et de succès, il faut citer : le servage, qui dépare la Russie de Catherine II, qui tue la Pologne de Stanislas, et qui, en France, subsiste encore sur quelques domaines ecclésiastiques; les privilèges accordés à la naissance et aux fonctions; la fiscalité excessive qui ruine le pauvre et l'artisan; la multiplicité des coutumes contradictoires ; la vénalité des charges, les pénalités atroces et arbitraires; et cette abominable torture, « secret infaillible pour sauver un coupable qui a les muscles vigoureux. » (i, 2^1.) Il condamne les procédures secrètes, et réclame pour tout accusé un conseil, pour tout criminel un jury. Il signale enfin les vices d'une éducation ridicule, inutile et incomplète, qui consiste à apprendre aux hommes « du latin et des sottises », qui livre les filles à des béguines ignorantes de tous les devoirs féminins ; l'éducation doit développer la raison, plus que la mémoire, et préparer les deux sexes aux nécessités