XXXIV PREFACE
de la vie individuelle et sociale. Ni serfs d'esprit, ni serfs de corps; égalité devant l'impôt, devant la justice civile ou criminelle; modération des peines; une loi et une mesure; enseignement laïque et intelligent. N'est-ce pas là tout le plan de la Révolution française? Ici nous renonçons à citer; c'est à toutes les pages qu'on trouve répandues les idées fécondes qui sont la substance même du génie, de la philosophie de Voltaire, et qui font de lui l'un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité.
Le premier devoir de l'État est de concilier l'intérêt général avec l'intérêt et le droit des particuliers. « L'homme est né libre : le meilleur gouvernement est celui qui conserve le plus qu'il est possible à chaque mortel ce don de la nature » (il, 179); où Ton peut <i. tout imprimer » sur la politique et sur la religion ^11, 148) ; celui < où il y a le moins d'hommes inutiles » (r, 16). La richesse d'une nation consiste dans la population et dans le travail, agricole, industriel, artiste et intellectuel : l'Etat le plus sage est donc celui qui honore et encourage le mieux la famille, la culture, l'industrie, le commerce, l'art et la science.
Quelle est la forme de gouvernement qui garantit la paix intérieure et extérieure, l'égalité, la liberté^ le développement de la richesse publique ? Ce n'est certes pas la royauté absolue, qui a deux noms encore : despotisme et tyrannie; moins encore peutêtre une hiérarchie de privilèges, aristocratie ou oligarchie. Voltaire se prononce pour la constitution anglaise, <; gouvernement unique, dans lequel on a conservé tout ce que la monarchie a d'utile et tout ce qu'une république a de nécessaire. » (m, 8}.) Et ce qui le décide, ce n'est pas seulement une admiration, bien justifiée par l'abaissement de la puissance française sous Louis XV et par la grandeur croissante de l'Angleterre, c'est encore une vue claire des possibilités présentes : plus claire que profonde, il est vrai. La