IV PREFACE
Voltaire admet communément la réalité et Téternité de la matière. Cependant il renvoie dos à dos la matière et l'esprit, comme des entités équivalentes. « Vous ne connaissez, dit-il (art. cité), ni Tesprit ni la matière. Par l'esprit, vous ne pouvez imaginer que la faculté de penser; par la matière, vous ne pouvez entendre qu'un certain assemblage de qualités, de couleurs, d'étendues, de solidités. »
Quelles conséquences tirer de ce passage ? Deux : que Voltaire ne veut être ni spiritualiste ni matérialiste; qu'il est plus spiritualiste qu'il ne le pense, et que, le voulût-il, il ne pourrait être matérialiste.
Nous venons de voir ce que n'est pas la philosophie de Voltaire; continuons à chercher ce qu'elle est.
Sensualiste, à coup sûr : Voltaire est le disciple et le vulgarisateur de Locke. Mais le sensualisme n'est qu'une moitié de philosophie; il n'élucide qu'une question tout à fait préliminaire : l'origine de la connaissance. Ce point vidé, et selon qu'il considère la connaissance au point de vue expérimental ou au point de vue rationnel, il conduit, en passant par le doute, soit au matérialisme, soit à l'illusion idéaliste.
Que Voltaire ait passé par le doute, qu'il s'y soit miéme complu outre mesure, c'est ce qu'établissent assez ses propres déclarations : « Je ne vous donnerai jamais, dit-il sans cesse, mes opinions que comme des doutes (m, 153)... Je ne suis sûr de rien... J'affirme une idée aujourd'hui, j'en doute demain; après-demain je la nie, et je puis me tromper tous les jours. :» On voit quelle part il fait au scepticisme; elle est grande; mais on a fort abusé de ces aveux sincères : Philosophie négative! s'est-on écrié; la négation n'a jamais rien fondé; Voltaire est un démolisseur qui n'a pas su construire, etc. Sans insister ici sur la puérilité de ces lieux communs, sans rappeler que qui détruit l'erreur fonde la vérité, disons que le doute voltairien