LA PHILOSOPHIE DE VOLTAIRE. XXXVII
LE DIEU Dli VOLTAIRE
Il semble que notre tâche soit achevée. La doctrine que nous venons d'exposer ne forme-t-elle pas un tout parfaitement lié où chaque science à son tour, depuis la cosmographie jusqu'à l'histoire des événements et des idées, depuis la psychologie jusqu'à la politique et la morale, vient apporter ses résultats certains, verser sa part d'enseignement et de lumière? L'univers et l'homme, n'est-ce donc pas là tout le domaine de la philosophie? Que peut-il y avoir en dehors de la réalité? — II y a, répondent Platon, Aristote, Leibnitz, Kant, la raison des choses, la sphère des premiers principes. Les uns ont visité cette région vague, les autres l'ont déclarée inaccessible, mais tous en affirment l'existence, tous la considèrent comme le vrai séjour et le vrai but de la philosophie. Voltaire, en ces inania régna, ne s'est pas avancé beaucoup plus loin que le seuil; mais l'expérience a beau le tirer en arriére, il y revient toujours; il ne cesse de se débattre entre les deux raisons que nous avons détinies au début de cette étude. Sa situation est singulière : implacable ennemi des êtres métaphysiques, il adore l'entité qui les enferme tous; destructeur de tous les dogmes, il conserve le dogme fondamental. Le plus incrédule des hommes en devient le plus croyant. Sa foi brave toutes les contradictions, toutes les impossibilités; aux moments le plus critiques, quand elle paraît le plus désorientée, le plus chancelante, elle se dresse et crie à tout venant : Croire un Dieu et être juste ; et