XXXVIII PREFACE
elle répète, elle ressasse, avec l'obstination de l'enfant qui chante pour se rassurer dans les ténèbres: Croire un Dieu ! croire un Dieu ! C'est la formule qui conjure les puissances de l'air, le signe de croix qui chasse les démons. Mais ce déisme incurable se présente lui-même comme une obsession et une manie. C'est la seule prise que l'illusion anthropomorphique ait gardée sur l'esprit le plus lucide et le plus épris de la vérité qui fût jamais.
Le Dieu de Voltaire est précisément ce « fantôme de la raison » si éloquemment maudit par Proudhon, ce mirage d'elle-même à qui la raison humaine demande l'explication dernière. Il est évoqué et, pour ainsi dire, créé de toutes pièces par la question même qu'on lui adresse. Dès qu'on lui demande « pourquoi des poux et des araignées » (u, 2i), « pourquoi le mal » (i, 46), « pourquoi il y a quelque chose x (m, }i)l! on lui donne tout ensemble l'existence, la puissance, l'intelligence et la volonté. Mais vainement lui prodigue-t-on les noms les plus beaux, les plus doux : Être des êtres, Être suprême, souveraine intelligence, raison universelle, grand architecte, grrnd géomètre, créateur, Démiourgos, justice éternelle;
Il garde de Conrart le silence prudent.
Avouons qu'il a pour cela d'excellentes raisons. On le cherche à l'orient, au midi, au couchant; on l'arrose, on le graisse, on l'enfume ; < point de réponse, mot ». Prières, larmoyez! crépite, psaltérion ! orgues, ronflez! tonnez, cymbales! — Vous l'assourdissez; il ne sait auquel entendre. L'homme n'aime pas les dieux muets. Aussi, comme on le fait parler! Et cela rapporte. Le mal est qu'on ne lui prête que des sottises. (Quelqu'un dénonce la fraude; on le hue, on le tue, au nom du gagnepain qui n'en peut mais. Un malavisé plus hardi s'ingère- 1- il de demander au Mama-Jumbo s'il