‹ Dialogues et entretiens philosophiquesChapitre 34 sur 117 · XL PREFACE · texte numérisé non relu

XL PREFACE

n'existerait pas moins dans le chaos que dans l'état présent du monde; que les mathématiques sont un instrument hamain à l'aide duquel nous mesurons des rapports, appelés lois quand ils se produisent constamment, et qui ne peuvent qu'être constants dans l'état présent de l'univers; enfin, que la finalité est l'essence même de l'illusion a^ithropomorphique.

Mieux vaut montrer Voltaire aux prises avec les difficultés aussi insolubles qu'imaginaires qu'il s'est lui-même créées.

Dieu , dit-il , est la suprême intelligence : il y a des êtres intelligents; donc leur auteur possédait la qualité qu'il leur a transmise. Mais il y a aussi des êtres odorants : Dieu serait donc la suprême odeur? Il le faut bien, s'il est tout, s'il contient tout, s'il est dans tout; et Voltaire est si convaincu de cette infinitude et de cette ubiquité, qu'il incline au panthéisme de Zenon, de Paul, de Malebranche et des Brahmanes. Or, tout n'est pas un être, c'est une juxtaposition; tout ne peut être une personne, une intelligence. L'intelligence, en effet, a pour condition sine qud non un organisme sentant, situé dans un milieu qui le délimite et le détermine.

Dieu est éternel, sa volonté et ses œuvres sont éternelles comme lui. Autrement, on lui demanderait ce qu'il faisait avant la création. Qui dit éternel dit immuable ; soit, et Voltaire est conséquent lorsqu'il établit la parfaite inutilité de la prière; il ne l'est plus quand il retient pour son Dieu l'adoration : car la volonté immuable est adéquate à la fatalité de l'enchaînement universel. Deux mots pour un même fait.

Dieu est nécessaire, pour que les choses soient. Mais les choses sont; et Dieu ne rend pas compte de leur existence. S'il est nécessaire, il est nécessité, sous peine d'être un effet sans cause; et, s'il est éternel, il n'a pas de raison d'être.

Infini, éternel, souverainement intelligent, Dieu

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