LA PHILOSOPHIE DE VOLTAIRE
Il est vrai qu'il en rougit et se répond à l'instant même : « Vous vous moquez du monde. » Mais combien de voltairiens de pacotille n'ont pas lu la réponse !
Autres aphorismes à l'usage de nos Prudhommes : « C'est parce qu'il existe, que sa nature doit être incompréhensible... Je sais qu'il est sans savoir ce qu'il est... La raison nous force à l'admettre, la démence entreprend de le définir. »
Tel est le Dieu de Voltaire, le Dieu que la religion naturelle adore sans le prier, et pour cause. Synonyme de fatalité, d'indifférence et d'inutilité, il consiste uniquement dans une intention, une finalité, que l'anthropomorphisme, la raison métaphysique ajoute à la réalité des choses.
« Une fausse science fait les athées. » {ii, MjO Une vraie fait-elle les déistes ?
La critique de Voltaire est un appel à la science. Le déisme de Voltaire est un appel à l'ignorance.
Déistes, votre erreur est de croire que Dieu est le fonds, substantiel et indépendant, des mythes et des entités; il en est l'extrait, le résidu. Si vous commencez par éliminer ses éléments constitutifs, de quoi le tirerez-vous? De la raison? Mais c'est elle qui l'a détruit.
La substance, eût dit Aristote, est inséparable de la forme. Il y a des êtres qui ne valent que par leur enveloppe, qui même y résident tout entiers. Le cercle n'existe que par la circonférence: ôtez-la, il n'y a plus ni centre, ni rayons. Enlevez délicatement la pellicule irisée, que reste-il de la bulle de savon? Qui trop subtilise, volatilise. La raison a dépouillé Dieu du nuage qui était Dieu même; et voici qu'elle se trouve précisément dans l'intérieur delà bulle évanouie. A force d'épurer, elle a supprimé. Elle n'en convient pas : elle ne s'en est pas aperçue; l'épuration a été graduelle.
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