‹ Dialogues et entretiens philosophiquesChapitre 5 sur 117 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

substantielles, de la matière cannelée, de l'harmonie préétablie et des causes secondes. Comme Cicéron, Voltaire a passé en revue toutes les doctrines et les a confrontées. Comme Cicéron, il s'est étonné que deux augures pussent se regarder sans rire. Comme le grand vulgarisateur romain, il a foulé aux pieds les superstitions, les préjugés et les erreurs, semant sur sa route à pleines mains les vérités les plus fécondes, mais aussi les plus simples, les plus moyennes et les plus acceptables.

« Nous prenons, dit-il, ce qui nous paraît bon, depuis Aristote jusqu'à Locke, et nous nous moquons du reste » (ii, 102). Aussitôt les éclectiques de le réclamer pour un des leurs, alléguant encore un texte formel : « J'ai toujours suivi la méthode de l'éclectisme; j'ai pris dans toutes les sectes ce qui m'a paru le plus vraisemblable» (m, 127). Que répondre à cela ? Que l'éclectisme de Voltaire a peu de chose à voir avec l'hybride misérable qui s'est installé sous ce nom dans toutes les chaires de notre université. Celui-ci amalgame et pétrit des bribes de toute provenance; l'autre procède par voie d'élimination ; si bien que son choix aboutirait à la table rase, si l'instrument critique si vivement manié par le philosophe ne s'arrêtait de lui-même devant une élimination dernière. Cet instrument est la raison, une certaine raison, qui, opérant sur son propre ouvrage, ne peut se résoudre à le sacrifier tout entier.

Voltaire est l'apôtre de la raison : c'est à la raison qu'il doit sa clairvoyance, sa force et sa popularité; c'est à la raison aussi qu'il faut imputer les faiblesses et les lacunes de sa doctrine. Sa philosophie est, en un mot, la plus haute et la plus parfaite expression du Rationalisme.

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