HONORIUS ET LES GRECS
DES Grecs forts subtils consultaient autrefois le pape Honorius I" pour savoir si Jésus, lorsqu'il était au monde, avait eu une volonté ou deux volontés lorsqu'il se déterminait à quelque action , par exemple lorsqu'il voulait dormir ou veiller, manger ou aller à la garderobe, marcher ou s'asseoir.
Que nous importe? leur répondait le trèssage évêque de Rome Honorius. Il a certainement aujourd'hui la volonté que vous soyez gens de bien, cela vous doit sufhre; il n'a mille volonté que vous soyez des sophistes babillards, qui vous battez continuellement pour la chape à l'évêque, et pour l'ombre de 1 âne. Je vous conseille de vivre en paix, et de ne point perdre en disputes inutiles un temps que vous pourriez employer en bonnes œuvres.
« Saint-Père, vous avez beau dire, c'est ici « la plus importante affaire du monde. Nous « avons déjà mis l'Europe, l'Asie et l'xA.frique (( en feu, pour savoir si Jésus avait deux per- « sonnes et une nature, ou une nature et deux
« personnes, ou bien deux personnes et deux « natures , ou bien une personne et une na- « ture. »
— Mes chers frères, vous avez très-mal fait : il fallait donner du bouillon aux malades, du pain aux pauvres.
« Il s'agit bien de secourir les pauvres! « voilà-t-il pas le patriarche Sergius qui vient « de faire décider, dans un concile à Constan- « tinople, que Jésus avait deux natures et une « volonté! et l'empereur, qui n'y entend rien, « est de cet avis, a
— Eh bien ! soyez-en aussi ; et surtout défendez-vous mieux contre les mahométans , qui vous donnent tous les jours sur les oreilles, et qui ont une très-mauvaise volonté contre vous.
« C'est bien dit; mais voilà les évoques de « Tunis, de Tripoli, d'Alger, de Maroc, qui a tiennent fermement pour les deux volontés. « Il faut avoir une opinion ; quelle est la vôtre ? >>
— Mon opinion est que vous êtes des fous qui perdrez la religion chrétienne que nous avons établie avec tant de peine. Vous ferez tant par vos sottises, que Tunis, Tripoli, Alger, Maroc, dont vous me parlez, deviendront musulmans, et qu'il n'y aura pas une chapelle chrétienne en Afrique. En attendant je suis pour l'empereur et le concile, jusqu'à ce que vous ayez pour vous un autre concile et un autre empereur.
« Ce n'est pas nous satisfaire. Croyez-vous a deux volontés ou une ? »
— Ecoutez : si ces deux volontés sont semblables, c'est comme s'il n'y en avait qu'une seule; si elles ^sont contraires, celui qui aura deux volontés à la fois fera deux choses contraires à la fois, ce qui est absurde; par conséquent, je suis pour une seule volonté.
« Ah! Saint-Père, vous êtes monothélite. A