‹ Dialogues et entretiens philosophiquesChapitre 8 sur 117 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

même chez les animaux; l'autre constante, universelle, caractère spécial du genre humain, ou que du moins Thomme ne pouvait partager qu'avec des êtres supérieurs à lui. Et c'est au nom de celle-ci, simple moyenne entre des préjugés invétérés, legs de la première enfance de l'humanité, c'est au nom de la prétendue raison désormais irréductible à l'expérience, que les sages se prirent à juger l'humble et tâtonnante raison, la seule qui existe; et c'est à la chimère qu'on subordonna la réalité.

Maintenant, quels étaient ces préjugés consacrés, indurés, pour ainsi dire? et comment en eût-on démêlé le principe? On le plaçait au delà de l'expérience; c'est en deçà qu'il eût fallu en chercher l'origine, tout au début de la raison. Mais on n'y songeait point, tant le germe en était profondément enraciné dans la nature humaine. Q.ue de siècles ont passé avant qu'on en connût la genèse 1 Ces illusions, dont procèdent toutes les religions et les métaphysiques, ont été suggérées par une expérience imparfaite. Filles de l'ignorance, accueillies par une raison rudimentaire, animées et personnifiées par le langage, elles se sont installées et fixées, par l'hérédité, dans les replis les plus secrets du cerveau.

En présence de choses et d'êtres, d'événements et de phénomènes qui exerçaient à chaque instant sur sa destinée une influence propice ou funeste, l'homme primitif n'a pu douter que le monde ne fût peuplé de puissances acharnées à le perdre ou disposées à le servir. Il leur attribua des intentions et des volontés; il les conçut à son image. Cet anthropomorphisme, qu'on a qualifié d'instinctif, et qui est bel et bien le résultat de raisonnements bien ou mal fondés sur l'expérience, amena des confusions inévitables entre l'idée de conséquence et l'idée d'effet volontaire, entre l'idée de cause et l'idée de finalité, entre la raison ou enchaînement fatal des faits et une certaine raison, analogue, mais

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