ATLAS
Je
de 1898 et 1899 n'était pas de nature à servir
de fond ement à une école officielle. Il fallait pour
ce dernier but une sorte de catéchisme capable de
contenir les uns, de rassurer les autres; mais de. 30 telles limites, nécessaires pour les esprits timides, ‘à __ devaient sembler trop étroites aux esprits actifs. | £ | Delà des déchirements inévitables, qui ont séparé ' 4 du maître ceux de ses disciples qui, en violant une CE 4 moitié de son programme, en réalisaient la plus sé- # à rieuse moitié.
N Si j'étais né pour être chef d'école, j'aurais eu
‘4 un travers singulier : je n'aurais aimé que ceux
hi de mes disciples qui se seraient détachés de moi. LE ‘4 Parfois on est tenté de croire que, malgré certaines | rudesses obligées, M. Cousin doit aussi avoir un
faible pour les disciples rebelles qui représentent
*: le mieux le côté le plus important de sa grande
: entreprise. Ce qu’il y a de certain, c’est que sa
E: | vraie gloire est bien moins d'avoir créé une ortho-
7 doxie philosophique que d’avoir soulevé un mou-
. vement par suite duquel plusieurs des bases qu’il
avait posées seront peut-être ébranlées. Ceux de ses disciples auxquels il a appris à chercher sont ceux qui lui rendent le meilleur hommage, à une condition, bien entendu, c’est qu'ils n’oublient pas ce qu’ils doivent à leur maître, car il est permis d’être infidèle, jamais d’être ingrat. Une école quelque peu active ne saurait borner sa mission à refaire éternellement le même livre sur la spiritualité de l’âme et l’existence de Dieu. Ce sont là ou des choses si claires qu’elles n’ont pas besoin d’être démontrées, ou, quand on les prend par l’analyse, des choses si obscures qu’elles ne sont pas démontrables. Les dogmes de ce genre (Kant l’a vu avec une sagacité merveilleuse), non susceptibles de preuves spéculatives, mais évidents pour d’autres raisons, n’avancent à rien tandis qu'ils ne sont pas convertis en sentiment. Une école qui s’y renferme ne produira qu’une série décrits monotones, superflus pour les uns, insuffisants pour les autres, et qui ne convertiront
personne. « La philosophie française contempo-
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raine, dit très-bien M. Vacherot, l'école éclectique
surtout, à excellé dans la critique des idées mé-
taphysiques fausses, étroites et grossières, par lesquelles le xvim° siècle avait cru pouvoir remplacer définitivement les belles mais quelque peu chimériques abstractions de la philosophie antérieure. Elle a ainsi préparé le terrain sur lequel
la science nouvelle, la vraie métaphysique du
-xix* siècle, pourra élever ses constructions ; mais
elle serait dans une grande illusion, si elle croyait avoir fait davantage. -Son œuvre dogmatique, sauf de rares et fort incomplètes tentatives, se réduit à la réinstallation de l’ancienne métaphysique sur les ruines de la philosophie de la sensation. C’est Platon, Descartes, Malebranche, Bossuet, Fénelon, Leibnitz, Clarke, qui en font à peu près tous les frais; méthodes, principes, idées, arguments, rien n’est bien nouveau dans la métaphysique de notre temps. Ce sont les mêmes éléments, épurés et combinés avec un art fort ingé-
nieux, et exprimés dans une langue plus simple et
plus scientifique. Cette métaphysique peut bien faire illusion aux esprits novices qui ignorent que la critique de Kant et de son école la ruinée jusque dans ses fondements ; mais tous ceux qui en France ne sont pas restés étrangers au mouvement philosophique de l'Allemagne, depuis Kant jusqu’à Hegel, n’en sauraient être dupes. On la goûte, on l’admire comme histoire ; mais on ne la prend pas au sérieux comme science. À son endroit, on en reste aux conclusions de la philosophie critique. Donc la question métaphysique, en France du moins, est plus neuve qu’elle n’en a l’air. Tout ce qu’on nous donne aujourd’hui sous ce nom date au moins du xvu° siècle ; il n'y a de nouveau que la forme. C’est ce qui fait que la science et la critique n’y attachent qu'un intérêt historique. »
Dieu me garde de déprécier une tentative qui a eu certes son côté honorable, bien quon ne puisse lui attribuer une très-grande place dans
l'histoire de l'esprit humain ! Donner à la philo-
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sophie une forme qui lui permit d'entrer dans les ; écoles publiques, en ménageant les idées étroites __ qu’on se fait en France de la responsabilité de 4 l'État, et par conséquent sans blesser aucune des Vi croyances que l’État est obligé de respecter, était
certes une pensée honnête et libérale. Faire de l'École normale le séminaire de cette philosophie orthodoxe était une pensée féconde, à laquelle il n’a manqué pour produire des fruits que ce qui manque à toutes les créations de l’État dans un pays révolutionnaire; la durée. Mais, comme il arrive toujours dans les choses humaines, en prenant un parti aussi décisif, on engageait grave ment l’avenir; en servant d’un côté la philosophie, on lui portait de l’autre un grand préjudice. F’ose dire en effet qu’à n’envisager que le bien de la science, il eût beaucoup mieux valu que l’École normale n’eût pas d'enseignement philosophique. Un tel enseignement donne aux jeunes esprits une assurance exagérée et les accoutume à cette
erreur, que la philosophie et la théologie natu-
rs Le (5
relles peuvent être réduites à des programmes et dressées en questionnaires d'examen. Il leur fait croire qu’on peut arriver de plain-pied aux généralités sans avoir passé. par l’étude des détails ; il les détourne de la science proprement dite. Voilà comment l’École normale à fait plus et moins qu’elle ne devait. Elle a donné des écrivains, des publicistes, des hommes de cœur et de talent. Sans parler même de son âge héroïque, où, comme tous les établissements nouveaux non encore liés par des règlements et dans la ferveur de la fondation, elle a produit des fruits qu'il serait injuste de demander à son âge de prétendus perfectionnements et de pédagogie artificielle, pouvons-nous oublier que de son sein, grâce, il est vrai, à des ruptures comme on en trouve au début de presque toutes les carrières originales, ont pris leur vol tant de sujets qui, par des mérites divers, ont aîtiré d’abord et au plus haut degré l'attention du public ? D'un autre côté, pouvons-
nous oublier que cette brillante pépinière n’a
rien formé de ce qu’on est en droit d’attendre d’une école, qu’elle n’a pas donné un helléniste, pas un orientaliste, pas un géographe, pas un épigraphiste et, avant l’école d'Athènes, pas un archéologue ? Pédante sans être savante, elle voulut créer ce qui ne se crée pas, des historiens, des philosophes, sans s’apercevoir que la philosophie est un art dont le secret ne s’apprend pas, tandis que les connaissances qui servent à l’alimenter et à l’exciter s’apprennent. Ainsi, malgré tant de sérieux services (et vraiment quand je pense à quelques-uns des maîtres et des élèves qu’elle peut réclamer, je suis tenté d'effacer la page que je viens d'écrire), l’École normale est restée presque stérile pour le progrès de la grande science. Avec son histoire de seconde main et sa philosophie de confiance, elle n’a produit que peu de ces laborieux ouvriers qui se mettent à la tête de la tranchée pour la continuer. Plus portés à prendre la science par le sommet que par la base,
ceux qu'elle a formés ont eu rarement le courage
de préférer aux succès faciles du talent l’abnégation du chercheur qui se condamne à ignorer pour qu'on sache après lui.
Sans déprécier ce que l’enseignement philosophique de nos jours à eu d’honorable, il est donc permis de trouver qu'il à plus nui que servi aux vrais progrès de la pensée. En habituant les esprits à se contenter de ces formules qui n’ont de valeur que quand on sait les détails auxquels elles correspondent, il a diminué la curiosité, refroidi le zèle pour les recherches originales, diminué le goût des faits, qui seuls peuvent servir de fondement aux vues générales, produit cette inacceptable prétention du philosophe, aspirant à régenter toutes les sciences et prétendant tenir dans ses formules la loi universelle des choses. Rien de plus dangereux pour la solide culture de l'esprit que les tours au moyen desquels l’homme se persuade qu'il sait, quand en réalité il ne sait pas. Le dédain du philosophe pour toute autre
étude que la sienne est parfaitement légitime, si