MARIE, CLAIRE, ALMA, ROSA, LUCIE, AGATHE
MaARIE.—Je viens de lire le premier chapitre de la Bible, ce livre, le plus ancien et le plus authentique des livres, où est rapportée la création du monde.
AGATHE.—Raconte-nous donc ce que tu as lu.
MaARIE.—Il serait trop long de le faire en détail ; en voici l’abrégé. La première phrase de la Bible est celle-ci : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre.”
Cela signifie que rien n’existait avant que le ciel et la terre fussent créés, et que c’est Dieu qui les a créés.
AGATHE.—Comiment Dieu a-t-il fait pour les créer ?
MarRte.—Le Catéchisme le dit : Dieu a créé de rien le ciel et la terre, par sa seule parole, c’est-à-dire par un seul acte de sa volonté toute-puissante.
“ Dieu a parlé, dit l'Ecriture, et tout a élé fait, il a commandé, et tout a été créé.”
AGATHE.—Le bon Dieu a-t-il mis beaucoup de temps, pour faire un si grand ouvrage ?
ManRiE.—Point du tout : en un seul instant, par un seul acte de sa volonté, afin de manifester sa puissance, il créa toute la matière : puis, il employa six jours, ou plutôt six longues périodes de temps, pour arrangement de l'univers, afin de manifester sa SAiqesse.
AGATHE.—Que fit Dieu durant ces six jours ?
MaRiEz.—Dieu dit d’abord : “Que la lumière soit,” et la lumière fut ; il appela la lumière Jour, et les ténèbres Nuit. Ce fut l’œuvre du premier jour.
Le second jour, Dieu dit : Que le firmament soil fait, et le firmament fut fait. Ce fut la voûte du ciel, formée par la couche d’air qui environne la terre, et les vastes espaces où se meuvent les astres.
Le troisième jour, Dieu ordonna aux eaux répandues de se rassembler en un seul lieu, qu'il appela Mers. Alors, la T'erre parut ; et, sur l’ordre divin, elle se couvrit d'herbe verdoyante, de plantes et d’arbres fruitiers de toute sorte.
Le quatrième jour, Dieu fit paraître le soleil, pour présider au jour, la lune, pour présider à la nuit, et les étoiles pour luire sur la terre.
Le cinquième jour, Dieu fit les poissons qui nagent dans les eaux, et les oiseaux qui volent dans les airs.
Le sixième jour, Dieu fit les diverses espèces d’animaux qui habitent la terre.
Enfin, pour couronner son ouvrage par une créature plus belle que les précédentes, Dieu fit l’homme à son image et à sa ressemblance.
AGATHE.—[L'homme est-il la plus belle des créatures ?
MaRtE.—Oui, si l'on considère seulement les êtres visibles de ce monde ; car, Dieu a aussi créé les Anges, êtres invisibles, qui sont avec l'homme les principaux êtres que Dieu à créés.
Seuls en effet, les Anges et les hommes sont doués d'intelligence ; ils sont capables de connaître et d'aimer leur Créateur, et enfin d'entrer en participation du bonheur éternel de Dieu dans le ciel.
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ALMA.— Nous avons eu déjà plusieurs fois l’occasion de parler de la puissance, de la sagesse et de la bonté de Dieu dans la création.
L'homme surtout, étant de la part de Dieu l’objet d'une bonté singulière, doit à Dieu un tribut particulier de reconnaissance et d’amour.
Tout dans le monde a été fait pour l’homme, mais l’homme est fait pour Dieu, qui veut que l’usage de toutes les choses qu’il a créées tourne à sa gloire, qui est leur fin dernière.
LucoIE.— Puisque les principaux êlres que Dieu a créés sont les Anges et les hommes, parlons d’abord des Anges ?
AGATHE.—Est-il certain qu'il y ait des Anges ?
Lucie.—En doutes-tu ? N’as-tu pas lu la Bible, dans laquelle il est question des Anges, presque à chaque page ?
Des Chérubins gardent l’entrée du Paradis terrestre, deux anges avertissent Loth de sortir de Sodome, un ange retient le bras d’Ahaham, un ange extermine l’armée de Sennachérib, le prophète Daniel, ravi au ciel, en vit des millions et des millions devant le trône de Dieu ; une multitude d’anges chantèrent sur le berceau de Jésus, d’autres apparurent à sa Résurrection et à son Ascension, ete., etc.
AGATHE.—('est vrai ; il faut reconnaître qu'il existe des anges ; mais qu'est-ce que les Anges ?
CLAIRE.—Les Anges sont de purs esprits, créés à Pimage et à la ressemblance de Dieu, pour l’adorer et le servir.
AGATHE.—De purs esprits ? Ils n'ont donc pas de corps ? Ils sont done comme le bon Dieu ?
CLAIRE.—-Oui, comme Dieu, et comme notre Ame :
cependant, avec la différence qu’ils ne sont pas infiniment parfaits comme Dieu ; de plus, notre âme est faite pour être unie à un corps, tandis qu’il n’en est pas de même pour les anges, qui sont da purs esprits.
AGATHE.—Pourquoi donc représente-t-on toujours les anges avec un corps, avec des ailes ?
OCLAIRE.—Comment ferais-tu pour les représenter sans corps ? D'ailleurs, lorsque des anges ont été envoyés par Dieu sur la terre, ils ont pris une forme humaine ; c’est ainsi que l’ange Raphaël se présenta à Tobie, sous la figure d’un jeune homme.
AGATHE.—Avait-il aussi des ailes ?
CLAIRE.—Non ; car, il aurait été reconnu tout de | suite. Cependant, les anges ont été vus quelquefois fi ‘La avec des ailes ; ainsi le prophète Daniel déclare avoir 4 contemplé autour du trône de Dieu des anges avec des ailes : les uns s’en servaient comme de voile et
Lo de vêtement devant la Majesté divine, les autres s’en EPS servaient pour accomplir avec promptitude les ordres FE de Dieu.
[Lo AGATHE.—Les Anges descendent-ils quelquefois [in sur la terre ?
HU OLAIRE.—-Oui, les anges ont souvent été envoyés pee \ par Dieu à l’homme comme messagers ; c’est ainsi que Mk l'ange Gabriel fut envoyé porter à la Sainte Vierge le MR grand message de l’Incarnation.
{4 ALMA.—Tls nous sont aussi donnés comme gardiens
et protecteurs ; c’est par exemple ce qui arriva au jeune Tobie, si merveilleusement protégé par l’ange Raphaël.
Rosa.—Ne sommes-nous pas nous-mêmes plus fa- 1L vorisés que Tobie, s’il est vrai que nous ayons chacun, pour tout le temps de notre vie, un Ange gardien,
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afin de nous préserver du mal et nous aider à étre de bons chrétiens ?
ALMA.—I1 n’y a pas à en douter ; il est certain que chacun de nous a un Ange gardien. C’est la foi de l'Eglise catholique ; c'est la doctrine de Jésus-Christ, qui, ayant un jour auprès de lui un petit enfant, dit ces belles paroles à ceux qui l’écoutaient : ‘ Gardezvous de mépriser un seul de ces petits ; car je vous déclare que leurs anges dans les cieux voient toujours la face de mon Père, qui est dans les cieux.”
“ Voilà, dit encore le Seigneur, que j’enverrai mon ange devant vous, afin qu'il vous précède, vous garde dans le chemin, et vous introduise au lieu que je vous ai préparé. kRespectez-le, écoutez sa voix et gardezvous de le mépriser.”
AGATHE.—A-t-on jamais vu des anges gardiens ?
ALMA.—Oui, certaines personnes ont été quelquefois favorisées de la vue de leur ange gardien ; ainsi sainte Cécile, sainte Françoise romaine, qui conversait familièrement avec son ange, et bien d'autres...
AGATHE.—Parle-nous un peu de sainte Cécile ?
ALMA.—S$Sainte Cécile était encore jeune, lorsqu'elle dut se marier à un jeune homme païen, qui s’appelait Valérien ; le soir de leur mariage, Cécile déclara à son époux qu'elle avait auprès d'elle wn ange qui la gardait. % Mais, ajouta-t-elle, vous ne pouvez le voir, tant que vous ne serez pas baptisé.”
Valérien touché alla aussitôt abjurer [e paganisme et demander le baptême, qu'il reçut avec de bonnes dispositions. Quand il revint, il trouva Cécile en prière, et vit auprès d'elle un Ange étincelant d’une lumière toute céleste.
Ce prodige confirma Valérien dans sa foi ; plus tard il fut martyr, comme Cécile.
AGATHE.—Que c’est beau ! Tout de même, si l’on pensait à la présence de notre ange gardien, on n'oserait pas faire devant lui, qui est si pur, le mal qu’on ne ferait pas devant un prince ou devant ses parents.
Rosa—Nous serions plus recueillies si, quand nous prions, nous songions que notre Ange gardien prie à côté de nous et pour nous, et qu’il offre nos prières au Seigneur.
Saint Jean dit en effet, dans l’Apocalypse, avoir vu un ange qui brûlait de l’encens dans un encensoir d'or ; cet encens était un symbole des prières des saints, qui montent vers Dieu par le ministère des Anges.
CLAIRE.—Nous devrions encore nous rappeler plus souvent la présence des Anges gardiens de toutes les personnes avec lesquelles nous sommes en compagnie : comme cette pensée nous aiderait à pratiquer la charité et toutes les bienséances.
AGATHE.—En conséquence, ‘respect à notre ange gardien.
CLAIRE.—Et aussi reconnaissance pour les soins charitables qu’il prend de nous. Le ministère des Anges gardiens consiste : À éloigner les périls qui peuvent menacer soit notre corps, soit notre âme ; à suggérer de bonnes pensées et da saintes actions ; à faire triompher des tentations du démon ; à prier pour ceux qu'ils protégent ; à les assister durant la vie, mais surtout au moment de la mort ; enfin, à conduire les âmes au ciel ; et, si elles vont en Purgatoire, à les y consoler jusqu’à ce qu’elles en soient délivrées.
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Rosa.—Nous devons donc l’invoquer avec confiance dans les tentations, en lui adressant la prière : Ange de Dieu...
LuciE.—Et surtout nous devons éviler tout ce qui peut déplaire à Dieu et l’éloigner de nous.
Le péché mortel, dit saint Basile, éloigne de nous l'ange gardien, parce que l’âme du pécheur est l’esclave du démon et sa hideuse image.
Pourtant, l’ange gardien ne délaisse pas le pécheur : il le poursuit par des remords, lui inflige parfois des peines médicinales, et ne cesse de prier pour lui jusqu'à la mort.
Il accompagne l’âme au jugement particulier ; et, si elle est damnée, l’ange gardien l’abandonne définitivement pour s'en retourner au ciel, tandis qu'un démon le remplace en enfer pour le tourment du réprouvé.
AGATHE.—Oui, évitons le péché, surtout le péché d'impureté ; ou plutôt, pratiquons la pureté, qu’on appelle la vertu angélique.
TourEs.—Nous en prenons la ferme résolution.
MaAR1E.—Disons maintenant quelques mots de l’état primitif des Anges, tels qu’ils furent créés.
ALMA.—(Cest bien ; les anges, tels qu'ils ont été créés par Dieu, étaient-ils bons et heureux ?
MARIE.—Oui, ils étaient bons, c'est-à-dire qu’ils étaient doués d’une nature bonne, qui les inclinait à adorer Dieu comme leur Créateur et à l’aimer comme leur souverain Bien.—Cependant, ils avaient la liberté d’user bien ou mal de leurs nobles facultés, et de mériter un plus grand bonheur dans le ciel.
AGATHE.—Les anges n'étaient done pas dans le ciel ?
MaRiE.—-Non, pas de suite ; ils étaient heureux à peu près comme nos premiers parents dans le Paradis terrestre ; ils devaient n’arriver à l’état bienheureux qu'après une épreuve à laquelle Dieu les soumit.
AGATHE.—Quelle fut cette épreuve ?
MARiE.—Le bon Dieu montra à tous les Anges que son Fils devait un jour s'unir à la nature humaine, et non à la nature angélique. Alors Lucifer, jaloux de cette préférence et fier de ses qualités, devint arrogant, ambitieux, désobéissant, blasphémateur. Il leva contre Dieu l’étendard de la révolte et séduisit ur grand nombre d’autres anges, qui entrèrent dans ses vues et partagèrent son péché d’orgueil.
Mais, contre Lucifer ge leva l’archange saint Michel, dont le nom signifie : Qui est semblable à Dieu. Par son exemple il confirma dans l’obéissance la plus grande partie des anges ; et, au signal de Dieu, Michel et les anges fidèles précipitèrent les rebelles dans l’enfer, que la Puissance divine venait de créer.
AGATHE.—YŸY eut-il un grand nombre d’anges rebelles ?
MaRtE.—Oui, beaucoup ; une multitude presque innombrable, à peu près le fiers des Anges que Dieu avait créés.
Rosa.—Pourquoi les appelle-t-on démons ?
ALMA.—Démon est un mot qui signifie génie du mal ; il convient bien à ces mauvais anges, qui avaient été créés bons par Dieu et qui sont devenus mauvais par leur faute ; d’autant plus qu’ils sont très méchants, c’est-à-dire qu’ils cherchent, par haine, à faire à Dieu et aux hommes tout le mal qu’ils peuvent.
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AGATHE.—Et que devinrent les Anges fidèles ?
ALMA.—Les anges fidèles entrèrent aussitôt dans la gloire céleste ; et depuis lors, ils jouissent et jouiront éternellement du bonheur du ciel.
AGATHE.—Sont-ils nombreux dans le ciel ?
ALMA.—Oui, le nombre des bons anges est très grand. On les divise en trois hiérarchies ; chaque hiérarchie comprend trois chœurs ; ce qui fait neuf chœurs d’esprits angéliques, représentant chacun quelqu’une des perfections de Dieu.
AGATHE.—Que le bon Dieu est grand et parfait ! ALMA.—Oui, infiniment parfait ! Les trois premiers chœurs forment l’ordre des esprits, qui ont pour mission spéciale la contemplation et la louange des perfections intimes de Dieu. Ce sont les Séraphins où aimants, les Chérubins ou intelligents, les T'rônes ou élevés ; les Séraphins représentent l’amour du Saint-Esprit, les Chérubins l’intelligence du Fils, les Trônes la majesté du Père.
AGATHE.—Et les trois chœurs suivants ?
ALMA.—Les trois chœurs suivants sont formés par les Dominations, les Principautés et les Puissances, qui représentent les attributs extérieurs de Dieu par rapport au monde, c’est-à-dire son souverain domaine, son autorité législative, et sa puissance illimitée. AGATHE.—Et les trois autres chœurs ?
ALMA.—Le troisième ordra comprend les Vertus, les Archanges et les Anges ; les Vertus manifestent la force de Dieu dans ses œuvres, les Archanges sa Providence par rapport à l'Eglise et aux royaumes, les Anges, sa Providence pour les autres êtres du monde et en particulier pour l’homme.
AGATHE.—Que font au ciel tous ces Anges ?
CLAIRE.—Les Anges sont dans le ciel avec le bon Dieu, dont la vue fait leur bonheur.
Ils sont occupés sans cesse à célébrer les louanges de leur Créateur, en chantant à leur manière, comme nous l’apprend le prophète Isaïe, ce cantique que nous chantons nous-mêmes à la Messe : “ Sunctus, Sanctus, Sanctus..., Saint, Saint, Saint est le Seigneur le Dieu des armées ; tout l'univers est rempli de sa gloire.”
AGATHE.—Comment les anges peuvent-ils chanter ?
CLAIRE.—lLes Anges, pour parler, ne font pas entendre des sons comme nous. Ils nagent au sein de Dieu dans un océan de délices que nous ne pouvons concevoir ; et, ils se disent mutuellement dans un langage ineffable leur bonheur et l'amour qu'ils ont pour leur Créateur. C’est ce que nous voulons exprimer en disant qu’ils chantent les louanges de Dieu.
AGATIHE.—Je voudrais bien être avec eux ! En attendant, appliquons-nous par notre conduite à être comme des anges sur la terre.
MaRtE.—Terminons ici ce beau dialogue sur la création et sur les Anges en particulier, en répétant les paroles des trois enfants israélites, jetés dans la fournaise de Babylone et miraculeusement préservés par un ange : “Œuvres du Seigneur, bénissez toutes le Seigneur.”
Toures.—(Œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur.