‹ Dialogues sur le catéchisme de Québec [microforme]Chapitre 20 sur 25 · L'AVARICE · texte numérisé non relu

L'AVARICE

MariA.—Passons à l’avarice ; j’espère que ce vice nous prendra moins de temps ; car tout le monde n’est pas avare.

Eva.—Pardon ; moi, je crois que tout le monde est plus ou moins avare ; c’est dans notre nature de nous attacher aux choses de ce monde.

Mais disons ce qu'est l’avarice ?

Rose.—L’avarice est un attachement déréglé aux biens de la terre et principalement à l’argent.

CLAIRE.—Est-ce un péché d’aimer l'argent ?

ANNA.—Ce n’est pas un péché quand cet amour est modéré, et que cet attachement n’est pas déréglé ; mais c’en est un d’y attacher son cœur, de:rechercher les richesses avec empressement, de mettre son bonheur à les posséder, d'employer des moyens injustes pour'se les procurer.

AGATHE.—Faisons encore le portrait de l’avare.

JUSTINE.—Oui, j'aime cela. J’ai remarqué que l’avarice, surtout portée jusqu’à un certain degré, devient la source de beaucoup d’autres péchés.

ALMA.—C’est très vrai : l’avarice produit l’oubli de Dieu, en portant à faire de son trésor l’objet de son culte ;: c’est pour cela que saint Paul appelle lavarice une idolâtrie.

BERTHE.—L’avare se préoccupe fort peu de son salut ; il est surtout préoccupé du soin de ses affaires temporelles ; il a la passion de s'enrichir ; et, pour y réussir, il use souvent de moyens injustes, comme le mensonge, la fraude, le vol...

Eva.—C’est ce que l’Apôtre nous fait entendre quand il dit : “ Ceux qui désirent être riches tombent en tentation, sont pris dans le piège du diable,

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et se portent à plusieurs désirs inutiles et nuisibles qui les poussent à la mort et à la perdition.”

ManiA.—L’avare est dur pour les autres ; il ne connaît pas le sentiment de la pitié ; les pauvres lui sont importuns ; il ne donne jamais l’aumône, et ne fait aucune bonne œuvre, de peur de diminuer son trésor. |

ANNA.—L'avare est dur pour lui-même ; il devient insensible à ses propres besoins, préfère son argent à sa santé, et se refuse jusqu’au nécessaire ; il est indigent au milieu de ses biens et de l’abondance ;: il est comme un vil crapaud accroupi sur sa bourse.

CLAIRE.—Et ce qu’il y a da plus déplorable, c’est que ce vice se fortifie avec l’âge. La réflexion, les années affaiblissent les autres passions ; mais l’avarice semble se ranimer et prendre de nouvelles forces dans la vieillesse.

Rose.—En effet, plus un avare avance vers le moment fatal où il faut tout abandonner, plus il s’attache à son misérable trésor ; plus la mort approche, plus il tient à son argent ou à ses propriétés. :

AGATHE.—Et pour qui seront les richesses de cet avare insensé ? Pour des héritiers, souvent sans reconnaissance, joyeux de sa mort, et qui dépensernnt follement ses sordides épargnes.

A l’avare il sera donné peut-être un linceul usé et une misérable fosse | |

JusTINE.—Gardons-nous bien de ce vice si déraisonnable, qui peut mener aux plus noirs forfaits. C’est par avarice que Judas trahit Notre-Seigneur et le vendit 30 pièces d'argent.

- T1 ne tarca pas à aller se pendre !

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ALMA.—Pratiquons au contraire la vertu opposée à l’avarice, le détachement.

Cette vertu fait qu’on n’a pas d’affection ou d’attache trop grande aux biens de ce monde.

Si on a de la fortune, c’est pour en user sagement et faire largement l’aumône aux indigents.

Dans la pauvreté, on ne convoite pas les richesses des autres ; on est satisfait du nécessaire.

BERTHE.—Notre-Seigneur disait : “ Ne vous amassez pas des trésors:sur la terre, où la rouille et les vers rongent, et où les voleurs fouillent et dérobent. Amassez-vous au contraire des trésors dans le ciel, où ni'la rouille ni les vers ne rongent, et où les voleurs ne fouillent et ne dérobent point.”

Eva.—Le saint homme Tobie disait aussi à son fils : “Ne craignez point ; il est vrai que nous sommes pauvres, mais nous aurons beaucoup de biens, si nous craignons Dieu, si nous éloignons de tout péché, et si:nous faisons de bonnes actions.”

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