DIANE, LE DUC
DIANE, passe la main sur son front, pousse un soupir ■ et vient regarder le tableau.
LE DUC. Vous paraissez triste, comtesse? DUNE. Moi, non.
LE DUC. Le départ du comte, sans doute. DIANE. Une séparation d'un mois n'est pas bien
longue, et d'ailleurs vous avez dû voir à la conversation qui l'a précédée qne l'un n'emporte pas plus de regrets qu'il n'en laisse à l'autre.
LE DUC. Alors, si vous n'êtes triste, vous êtes au moins préoccupée.
DIANE. Pas davantage. Je m'ennuie, voilà tout.
LE DDC. Il y a un moyen infaillible de vous distraire.
DUNE. C'est d'aimer, n'est-ce pas?
LE DUC. Oui.
DIANE. Toujours la même chose.
LEDUC. Oh ! comtesse!
DIANE. Et alors, c'est de vous aimer, vous !
LE DUC Je vous aime tant!
DIANE, prenant son portefeuille. Voyons votre numéro.
LE DUC. Quel numéro ?
DIANE. Oh ! vous êtes inscrit.
LE DUC Comment, inscrit !
DIANE. Vous avez entendu parler de ce riche banquier à qui ceux qui avaient besoin d'argent venaient en demander... il ne leur en donnait pas, mais il inscrivait leur nom, leur adresse, la somme qu'il leur faudrait, et chaque année il faisait faire l'addition.
LE DUC Eh bien?
DIANE, Eh bien! quand il venait un nouveau solliciteur, il lui montrait le total des demandes et lui prouvait que s'il y eût accédé, il serait ruiné complètement... Je fais comme ce banquier, tous ceu.v
- i9 — qui me disent qu'ils m'aiment, je les inscris... vous êtes, je crois, le 138^ depuis que je suis mariée. Si j'avais cru à toutes ces belles paroles, je serais ruinée depuis longtemps. Je ne vous mons pas, voilà votre nom : le duc de Riva, 2o novembre 1843. 11 y a un an que vous m'avez dit pour la première fois que vous m'aimiez. Vous avez la 138^ contredanse, mon cher duc.
LE Dcc. Je ne suis pas aussi méchant pour les autres que vous êtes méchante pour moi, comtesse, et je vous dis que parmi ces noms-là, il y avait des cœurs sincères, quand ce ne serait que le mien.
DFANE. Tous ces gens-là se portent à merveille; ils mangent, ils dorment, ils chassent, ils montent à cheval, ils se marient... Pas un suicide, pas une retraite, pas même un voyage.., ils m'ont oubliée sans efforts... Tenez, le dernier inscrit, c'est Maximilien de Ternon, vous le connaissez?
LR DUC. Je l'ai connu en Hollande.
DIANE. Il est revenu, il m'aimait depuis cinq ans, lui, c'est bien plus fort que vous... Il m'a fait son petit discours, que je savais par cœur avant de l'entendre... Le lendemain je lui ai écrit pour lui demander un service bien facile à rendre... Il ne m'a pas répondu.
LE DDC. Eh bien ! mettez-moi à l'épreuve et vous verrez.
DIANE. Je veux bien.
LB DUC. Dites.
DIANE. Je suis triste, parce que je suis en froid avec une bonne et excellente amie.
LE Dcc. Qui donc?
DIANE. Mme de Launay.
LE DUC. Comment cela se fait-il?... elle vous aime.
DIANE. C'est moi qui ai tort... Vous ne lui direz pas que vous l'aimez à celle-là.
LE DUC. Elle est folle de son mari.
DIANE. Je suis fâchée que le mien ne vous entende pas.
LE DUC. Eh bien ! que faut-il faire?
DIANE- Il faut lui porter cette lettre, dans laquelle je lui demande pardon et me réconcilie avec elle. LE DUC Voilà tout?
DIANE. Oui.
LE DUC. Vous êtes méchante.
DIANE- Pourquoi?
LEDUC Parce que vous demandez trop peu. DIANE. Je demanderai peut-être davantage plus tard.
LE DUC Que ce serait bien à vous!... et je pourrai vous apporter la réponse?
DIANE. Naturellement.
LEDUC Quand cela? DIANE. Quand vous voudrez, i.B DUC. Ce soir?
DIANE. Ce soir, si vous l'avez ce soir. LE DOMESTIQUE, ouvmut la poNc. M«»e la marquise de Nerey.
DUNE. Ma belle-sœur !... Je ne vous retiens plus, vous ne vous amuseriez pas. . .
LB DUC. Votre main. (Il lui baise la main.) Adieu, comtesse !
DUNE. Au revoir !
LB DUC. Que vous êtes bonne !