‹ Diane de Lys; comédie en cinq actes, en proseChapitre 20 sur 40 · MARCELINE, DIANE · texte numérisé non relu

MARCELINE, DIANE

DIANE. Ah ! c'est toi, chère Marceline. Déjà en toilette? Tu vas donc aussi chez la princesse de Cadignan?

MARCELINE Oui, ct commc tu as fait dire que tu restais chez toi jusqu'à onze heures, je viens ayant

tout le monde- ^'ous aurons quelques instants pour causer à notre aise-

DIANE. Qu'as-tu à me dire?

MARCELii>E. J'ai à te parler de choses graves-

DIANE. Vraiment!

MARCELINE. Oui-

DIANE. Tantpis-

MAHCEL1NE, Pourquoi?

DIANE- Parce que je suis en belle humeur et que j'ai peur de ta gravité-

MARCELINE- Tu cs douc heurcusc?

DIANE. Très-heureuse !

MARCELINE. Et tu m'aimcs toujours -

DIANE. Le bonheur a cela de bon qu'il fait aimer davantage encore, ceux que l'on aimait avant d'être heureux-

MARCELINE- Et tu ci'ois bicu aussi quo moi je t'aimc ?

DIANE. Je n'en ai jamais douté.

MARCELINE. Et la prcuve, c'est que je t'ai pardonné ce que tu m'as fait faire dernièrement et que je suis revenue chez toi, parce que mon amitié peut t'élre utile, aussi je viens te donner un conseil.

DIANE. Lequel?

MARCELINE, Cclui dc partir pour la campagne et de rejoindre ton mari.

DIANE. Avoue que voilà un drôle de conseil-

MARCELINE. Ne t'a-t-il pas écrit pour t'en prier ?

DIANE. N'as-tu -pas trouve tout naturel que je restasse ?

MARCELINE- Majs alors je ne savais pas-..

DIANE Quoi?

MARCELINE. Ce qu'on m'a dit depuis.

DIANE. Et que t'a-t-on dit?

MARCELINE, (lonnsis-tu M. Paul Aubry ?

DIANE. Nous sommes allées chez lui ensemble

MARCELINE. A cette époque tu ne le connaissais pas plus que moi, pas plus que je ne le connais aujourd'hui... Depuis ce temps là est-il vrai que vous vous soyez rencontrés?

DIANE. Pourquoi cette question?

MARCELINE. Répouds toujours-

DIANE Oui, c'est vrai.

MARCELINE. Il y a longtemps?

DIANE. Il y a trois semaines-

MARCELINE Tu ne me l'avais pas dit.

DIANE. C'était du temps que nous étions brouillées, et je n'y ai pas pensé depuis.

MARCELINE Est-ce bien vrai ?

DIANE. Sais-tu que c'est un véritable interrogatoire que tu me fais subir là. Prends garde, tu vas ressembler à ma belle sœur.

MARCELINE. Est-cc que mon amitié n'a pas le droit de l'interroger un peu ?

DIANE. C'est selon-

MARCELINE. Mais elle a le droit de l'avertir.

DIANE. De quoi?

MARCELINE. D'un danger : tu te compromets.

DIANE. Tu es folle.

MARCELINE Alops il faut l'apprendre toute la vérité, sais-tu ce qu'on dit?

oum. Nou .

MARCiLiwE. De quoi accu*e-t-on une femme jeune, belle, riche comme toi, qui tout à coup s'isole et disparaît

DIANE. On l'accuse d'un chagrin profond.

MARCELINE. Ou d'uu boubeur trop grand. Notre monde pardonne un chagrin, il ne pardonne pas un bonheur.

DIANE. Ecoute, ma chère Marceline, nous sommes l'une et Tautre dans des conditions toutes différentes, le seul point par oîi nous uous touchons, c'est notre amitié. Que cette amitié ne soit pas trop sévère de ta part, qu'elle soit confiante de la mienne, c'est tout ce qu'il nous faut; tu as été mariée à rhomme de ton choix, tu l'aimes, tu es aimée de lui. le bonheur fleurit dans ta maison, ta le cueilles sans efforts, en souriant, entre un baiser de ton époux et une caresse de ton enfant, tant mieux pour toi. Ce bonheur-là je voudrais le connaître, et si je l'ignore, ce n'est pas fauîe de l'avoir cherché-

MARCELiNE. C'est vrai, tu as peut-être le droit de te plaindre, mais de te plaindre à toi seule, et ton droit s'arrête là .. Autour de toi il y a le monde, le monde auquel tu appartiens, le monde qui commence à dire de toi le mot terrible qui, une fois tombé sur la vie des femmes comme nous, fait sa place et creuse sa plaie

DUKE. Et ce mot c'est?

ViRcrt-ixE. C'est : « Elle a un amant ! y

biANE Eh bien! le mondo est bien bon pour i.iji,

de ne m'en donner qu'un, lui qui autrefois m'en donnait, combien? deux, trois, que sais-je? tous les gens dont je m'entourais.

MARCELINE. 3Iais aloFS le monde mentait et le savait bien; en prenant ta place dans la société, tu y as causé ce bouillonnement, que ta beauté, ta jeunesse, ta fortune, ton nom, ton caractère, ton originalité devaient nécessairement produire. Tu as excité les jalousies, éveillé les amours-propres, suscité les médisances; mais toutes ces mauvaises passions se sont écoulées dans des suppositions sans fondement certain, sans bases réelles. Tu ne faisais pas de mal, il n'y avait pas de mal à dire; on s'est tu, mais avec l'espérance secrète d'une revanche. Cette revanche tu l'offres, et aujourd'hui, le monde épèle un nom, c'est celui de 31. Paul Aubry J'en ai entendu parler, je m'en alarme et je te préviens. Tu as une ennemie acharnée, ta belle-sœur, elle te sourit, prends garde.

DUNE. Le monde reconnaîtra encore une fois qu'il se trompe et tout sera dit.

MARCKLiiNE. On t'a rencontrée avec M Paul Aubry.

DIANE. C'est possible, on m'a rencontrée avec bien d'autres gens.

jiARCELiNE. On l'a vu entrer chez toi.

DIANE. Comme tant d'autres.

MARCELINE. Oui ! mais à ces autres, ta porte reste fermée.

DIANE Non, puisque je recois ce soir et que je vais au bal

MARCELINE. Parce que toi-même as compris qu'il fallait faire une concession. Enfin M. Paul Aubry n'est pas du même monde que loi, c'est un artiste, on ne le voit pas et l'on sait que tu le reçois. On se demande comment tu Tas connu ; Dieu me garde de t'accuser, je t'avertis, voilà tout. Tu es heureuse, dis-tu; si jamais tu es malheureuse, tu sais où tu as une amie. {Elle Vemhrasse.) En attendant, je t'en préviens, je veille sur toi.

LE DOMESTIQUE; anuonçani. M. le vicomte de Ternon.

MARCELINE. Défic-toi de cet ami-là.

DIANE. Il n'est pas méchant.

MARCELINE. Xou, iiiais il cst incouséqucut et bavard, c'est pis peut-être.

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