‹ Diane de Lys; comédie en cinq actes, en proseChapitre 7 sur 40 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

DIAiNE, MARCELINE.

DIANE. Est-ce que tu n'as pas entendu parler?

MARCELINE. Oui

DIANE Chut! baisse ton voile.

MARCELINE. Pourquoi ?

DIANE. Étes-vous là?

MARCELINE. Qui douc appelUs-tu ?

DIANE. Tais-toi doncmarceli.ve Dcvicns-tu folle?

DIANE. Regarde s'il y a quelqu'un.

MARCELINE- Ah! ça, où sommes-nous?

DIANE. Je n'en sais rien... Ce doit être un atelier... Ah! oui, voilà des toiles... on ne voit pas très-clair.

MARCELINE. M'expliqueras- tu?

DIANE Attends un peu que je respire. .J'ai le cœur qui me bat.

MARCELINE. Et moi doiic !

DIANE. Pousse le verrou.

MARCELINE. Commeut, que je pousse le verrou!

DIANE. Pour qu'il n'entre personne-

MARCELINE. Il pourrait donc entrer quelqu'un-

DIANE. On ne sait pas-

MARCELINE. Tu m'ëpouvautes.

DIANE. Qu'est-ce que ça sent donc ici?

MARCELINE. Ça scut Ic tabac, Dieu me pardonne... Pour la seconde fois, veux-tu me dire ce que nous faisons ici?

DIANE. Nous faisons une imprudence.

MARCELINE. Une imprudcuce?

DIANE. Oui.

MARCELINE. As-tu pcrdu l'csprit?

DIANE. J'en ai peur... Si nous nous en allions?

MARCELINE. Je uc demande pas mieux

DIANE. Tant pis pour lui.

MARCELINE. Pour qui ?

DIANE. J'ai fait tout ce que je pouvais faire.

MARCELINE. Mais de qui s*agit-il?

DIANE. Si ma belle-sœur me voyait!

MARCELINE Tvî mo fùis damner-

DIANE. On voit un peu plus clair... Il est capable de s'être caché.

MARCELINE. Qui, il ?

DIANE. Je t'ai fait un petit mensonge... Je t'ai dit que nous allions faire une visite ; mais je n'ai pas voulu te dire à qui, tu ne m'aurais pas accompagnée, et j'avais bien envie de venir, mais je ne pouvais venir seule.

MARCELINE. Enfin.

DIANE. Te rappelles-tu Maximilien?

MARCELINE. Qucl Maximilieu?

DIANE. Maximilien de Ternon.

MARCELINE. Le frère de Nathalie?

DIANE. De Nathalie qui était au couvent avec nous.

MARCELINE. M. dc Tcmou qui a voulu t'épouser-

DIANE. Lui-même.

MARCELINE. Eh bien?

DIANE. Eh bien! il m'a écrit pour me prier de venir ici ce soir.

MARCELINE. Ettuyvieus?

DIANE. Il prétend qu'ils'agit d'une chose très-grave qu'il ne peut me dire chez moi.

MARCELi.NE. Oh ! Diauc.

DIANE. Il lui est peut-être arrivé un malheur... Il y a cinq ans que je ne l'ai vu... Il est peut-être question de sa sœur.

MARCELINE. Et noussommcs chez lui ?

DIANE. Non... je ne serais pas allée chez lui, et je ne t'y aurais pas mcnJe... Nous sommes ..

MARCELINE. Mais parle doue...

DIANE. Nous sommes... chez une de ses parentes. MARCELINE. Qui fait de la peinture ?

DIANE. Oui.

MARCELINE. Et chcz qui cela sent le tabac. DIANE. Il paraît qu'elle fume.

MARCELINE Tu te moqucs de moi, DIANE. Pas le moins du monde.

MARCELINE. Et où cst cetlc parcute ?

DIANE Elle est sortie.

MARCELINE- Et M. dc Temou?

DIANE. Il n'est pas encore arrivé.

MARCELINE. Eh bien ! voilà une jolie situation... Je suis très-mécontente de toi DIANE Écoute...

MARCELINE. Quoi?

DIANE. J'avais cru entendre-

MARCELINE Tu n'as rien entendu. . Tu veux changer la conversation... Diane, je me brouille à tout jamais avec toi si tu restes une minute de plus dans cette maison. Tu es même bien heureuse que je te pardonne de m'y avoir amenée

DIANE. Après tout, nous ne faisons pas grand mal.

MARCELINE. Si.

DIANE J'étais curieuse de voir Maximilien. MARCELINE II fallait lui écrire de venir chez toi. DIANE. Où lui écrire?... Il ne m'a pas mis sou adresse dans sa lettre, et il repart demain, dit-ilmarckli.ne Que lu te perintlleb des exceiitriciti's,

cela te regarde, maisque tu m'en fasses la complice c'est très-mal-

DiA>E. Tu as raison .. Je vais lui écrire, sans signer, un mot qu'il trouvera .. Je lui dirai devenir chez moi ; est-ce cola?

MARCELINE. C'est cncorc trop.

DIANE. Ne te fâche pas... Nous n'avions rien à faire ce soir, j'ai pens*^ que cela nous distrairait un peu... je m'ennuie tant !

MARCELINE. Je HC m'eunuic pas.

DUNE. Oh ! la méchante ! Qui est-ce qui le saura ?

MARCELINE. Nous le saurous, c'est assez.

DIANE. Où y a-t-il du papier?

MARCELINE. Est-cc que je le sais ? moi.

DIANE, ouvrant un tiroir du bahut. Dans ce tiroir, sans doute.

MARCELINE. VoIlà quc tu fouillcs dans les tiroirs maintenant.

DUNE apercevant le tableau que Paul vient de finir. Oh ! le charmant tableau !... Cette femme est jolie !... Vois donc ..

MARCELINE. La parente de Maxirailien s'appelle Paul Aubry, n'est-ce pas?

DIANE. Elle s'appelle Paul Aubry?

MARCELINE. Vois la signature de ce tableau

DUNE. Je t'assure que je croyais ..

MARCELINE. Ne mcHS donc pas. . tu me crois donc bien sotte ?

DIANE. Negronde donc pas .. Tues chez un homme do talent, tous les jours on visite l'atelier d'un

peintre et personne n'y voit rien à dire... Tu exagères tout.

MARCELINE. Une dernière fois, veux-tu venir?

DIANE. Me voilà! {Elle cherche du papier.)

MARCELINE. Qu'est-co quc tu fais ?

DIANE. J'ai trouvé du papier ; mais il est écrit.

MARCELINE. Et tU le lis?

DIANE. J'ai cru que c'était pour moi.

MARCELINE AdicU !

DIANE. C'est une lettre que M- Paul Aubry avait commencée pour sa mère-.. Il a l'air de l'aimer beaucoup... c'estgentil, cela.. -Tu vois, nous sommes chez un homme qui aime sa mère... c'est une excuse... Qu'il est heureux d'avoir encore sa mère! {Mouvement de Marceline.) Me voilà ! me voilà ! {Elle se dispose à écrire.) Je ne peux pas écrire avec mes gants... {Elle oie ses gants et les Jette au hasard) Trouve-moi de la cire... il faut cacheter cette lettre.. • Dans ce tiroir...

MARCELINE. Il n'y OU 3 pas.

DIANE. Dans l'armoire alors, il faut bien qu'il y en ait.

MARCELINE owf rc le bahutj il en tombe un fichu de femme, des bonnets, des gants, une paire de bottines. Ah!

DIANE. Qu'y a-t-il donc?

MARCELINE. Voilà cc qu'il y a ct cc que tu me fais faire.

DIANE. Une collerette! Tu vois bien que nous sommes chez une femme, ..des gants. ..des bonnets..

desbottines ... Elle a un joli pied, M. Paul Aubry Vois donc un peu... c'est marqué d'un A.

MARCELINE. Tu cs insupportable-

DIANE. Des lettres!... encore . Tout un paquet... ce sont des lettres de femme, au hasard ! [Elle en tire une.)

MARCELINE. Donuc donc.

DIANE. La signature seulement... {Elle V ouvre.) Berthe!... un joli nom !.. comme on devine bien que c'est une lettre d'amour . ces lettres-là ont un parfum que les autres n'ont pas

MARCELINE. Ellcs scntcut le musc.

DIANE lisant- « Paul, je suis bien malheureuse ! Si y vous saviez combien je vous aime, vous ne me fey) riez pas souffrir ainsi... « {On frappe.)

MARCELINE, poussant î<n cri. Ah !

DIANE. Peut-on crier ainsi.

MARCELINE. Ou a frappé, j'en suis sûre, nous sommes perdues ! {Elle se cache dans le fond de Vatelier, derrière les grandes toiles.)

DIANE, s"* approchant de la porte. Qui est là ?

MAXiMiLiEN, en dehors. 3Ioi, Maximilien [Diane referme à la hâte le bahut en y jetant les lettres )

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