‹ Diane de Lys; comédie en cinq actes, en proseChapitre 8 sur 40 · LES MÊMES, MAXIMILIEN · texte numérisé non relu

LES MÊMES, MAXIMILIEN

MAXIMILIEN ! Ah ! comtesse.

DIANE. Ce n'est pas malheureux !

MAxiMiLiEN. Il y a longtemps que vous êtes là?

DIANE. 3Iais, oui-

MAxiMiLiEN tirant sa montre. Ce n'est pas ma faute, si je vous ai fait attendre. Mon oncle...

DIANE- Je ne vous fait pas de reproches. Passons tout de suite aux choses importantes... Que vous arrive-t-il donc? (£'//e regarde autour d'' elle) Cetle pauvre Marceline ! {Elle se tnel à rire)

MAXIMILIEN. Pourquoi riez-vous ainsi?

DIANE, Rien ! parlez vite.

MAXIMILIEN- Vous me laisserez bien vous regarder un peu et vous remercier d'être venue, et vous dire combien je suis heureux de vous voir-

DIANE. Au fait! quelle idée de me faire venir ici!

MAXIMILIEN. J'ai tant de choses à vous dire.

DIANE. Dites-les, il faut que je rentre chez moi-

MAXIMILIEN D'abord, vous êtes mille fois plus belle qu'autrefois-

DiANE. Pas de choses inutiles.

MAXIMILIEN. Ai-ie assez pensé à vous depuis cinq ans!

DIANE. Pourquoi n'ètes-vous pas venu tout de suite chez moi? Pourquoi ce rendez-vous ici?... Ce M- Paul Aubry ignore mon nom, u'est-ce pas ?

MAXIMILIEN- Naturellement.

DIANE. C'est que vous comprenez.

MAXIMILIEN. Cela va sans dire... Du reste, c'est l'homme le moins curieux de la terre... Eh bien, comtesse , je ne guis pas allé tout droit chez

vous, parce que je ne savais pas si je serais reçu.

DfANE. Et pourquoi ne vous recevrait on pas ?

MAxiMiLiEN. Qui Sait?... Quand il s'est passé tant de choses dans la vie d'une femme-

DIANE. Quelles choses ?

MAXIMILIEN. Vous étcs mariée.

DIANE. Ah ! oui... oui...

MAXIMILIEN. C'est donc vrai ?

DIANE. Quoi?

MAXIMILIEN. Que votre mari..

DIANE. Que mon mari?

MAXIMILIEN. Je vais peut être commettre une indiscrétion.

DIANE. Dites toujours.

MAXIMILIEN. Quel âge a le comte?

DIANE Trente six ans, je crois.

MAXIMILIEN. Je crois est charmant.

DIANE. Pourquoi me demandez-vous l'âge de mon mcri?

MAXIMILIEN. Savcz-vous comment j'ai appris votre srjour à Paris?

DIANE- ]Non.

MAXIMILIEN. Par une femme.

DIANE. Quelle femme ?

MAXIMILIEN. Ah! heureusement pour vous, ce n'est pas une femme que vous connaissiez, mais elle connaît le comte et elle m'a dit. .

DIANE. Qu'il ('tait plus souvent chez d'autres femmes que chez la sienne, c'est vrai. — Voilà pourquoi vous n'aviez p9s besoin de vous gêner pour

— ôr>

venir chez moi Et voilà même pourquoi j'ai pu venir ici. Je n'ai pas vu mon mari depuis deux jours-

MAXiMiLiEN. Il est en voyage?

DIANE. Oui à Paris... Je suis contente de vous revoir... Vous arrivez bien... Je m'ennuie à périr

MA5IMILIEN. Autant qu'au couvent?

DIANE. Bien davantage... C'était le bon temps.

MAxiMiLiEN. Vous le regrettez?

DIANE. Je le crois bien.

MAXiMJLiEN. Il peut revenir-

DIANE. Vous vous le rappelez?

MAXiMiLiEN. Si je me le rappelle.

DIANE. Avez-vous toujours mes lettres?

MAXIMILIEN. Si je les ai-

DIANE Vous me les apporterez.

MAXIMILIEN Vous voulez que je vous les rende?

DIANE. >'on. maisje voudrais les lire... Elles doivent être amusantes.. Des lettres de pensionnaire J'ai toujours les vôtres.

MAXIMILIEN. Vraiment.

DIANE. Oui je les ai même souvent relues-

MAXIMILIEN. C'est bien cela.

DIANE. Il y en a de charmantes.. Vous aviez dixhuit ans, moi dix-sept, heureux âge ! belles années! Je me les rappellerai toujours... >'ous jouions à l'amour comme des enfants que nous étions. ..Vous m'écriviez que vous mourriez si tous n'étiez mon mari. Je vous écrivais, moi, que je mourrais si je

nVlais pas votre t'emnje. et nous voilà bien vivants en face l'un de Tautre,

MAxiMiLiEN. Et moi, je vous aime toujours-

DIANE. Toujours?

MAXIMILIEN. Comme autrefois.

DIANE. Grand enfant! ... Parlons de vous... voyons... quelles sont ces choses de grande importance que vous avez à me dire?

MAXIMILIEN. 3Iais c'cst cela, c'est ce que je vous dis... Je voulais vous reparler du passé ; Diane soyez franche ••

DIANE. Je le suis toujours

MAXIMILIEN. Pourquoi avez-vous épousé le comte, après tous les serments que vous m'aviez faits?

DIANE. Est-ce qu'ona unevolonté à dix-septans ?,.. mon père et ma mère ont voulu, j'ai obéi,., mais je vous assure que j'ai bien pleuré...

MAXIMILIEN. Ainsi vous n'aimiez pas le comte?

DIANE Je ne dis pas cela- Seulement on a marié ma fortune avec son nom et l'on ne s'est pas trop occupé de deux cœurs.

MAXIMILIEN Et depuis ?

DIANE. Depuis, le comte a continué sa vie de garçon.

MAXIMILIEN. Et vous ?

DIANE. Et moi, ma vie de jeune fille.

MAXIMILIEN. Si bien? ..

DIANE. Si bienque jemesuis quelquefois ennuyée.

MAXIMILIEN. Voilà tout?

DIANE. C'est bien assez.

~ 3t> — MAXiMiLiEN. Ainsi?

DIANE. Quoi?

MAxiMiLiEN. Vous n'étcs pas toujours heureuse?

DIANE. Tant s'en faut.

MAXIMILIEN. 11 vous reste alors à essayer de l'être.

DIANE. Comment?

MAXIMILIEN. Un amour véritable.

DIANE. Ah ! vous me conseillez de combattre un ennui par un danger... Merci!... et pour qui... cet amour véritable ?

MAXIMILIEN. Pour moi qui suis plus amoureux de vous que jamais.

DIANE. Sérieusement?

MAXIMILIEN. Sérieusement... Vous riez...

DIANE, Oui, je ne peux pas m'erapècher de rire en vous entendant dire que vous êtes amoureux.

MAXIMILIEN. Ce n'est pourtant pas bien risible.

DIANE. Vous vous reU'ouvez avec moi, vous vous croyez forcé de me faire la cour, je vous en remercie, mais ce n'est pas sérieux, avouez-le...

MAXIMILIEN. Pourquoi pas?

DIANE. De l'amour entre nous maintenant, est-ce que c'est possible?

MAXIMILIEN. II paraît que oui puisque je vous aime.

DIANE. Quelle folie!... Quand certaines choses et surtout les choses du cœur n'ont pas pu lieu dans leurs conditions premières, il serait maladroit de revenir dessus... Vous deviez mourir si vous ne m'épousiez pas, vous ne m'avez pas épousée, et vous vivez encore Je n'ai plus aucune confiance

en vous j mourez d'abord, nous verrons après.

MAXiMiLiEN. Diane!

DUNE. Notre amour aujourd'hui serait discordant avec lui-même; il n'aurait, ni la naïveté que nous avions jadis, ni lapassion qu'il nous faudrait maintenant, il aurait l'air d'un postscn'ptum ajouté à une vieille lettre, d'un erratum à la fin d'un livre... Gardons notre petit roman tel qu'il est, faisons-le relier, relisons-le de temps en temps, mais n'essayons pas de le continuer, nous le gâterions.

MAxiMîLiEN. La vie a faussé votre cœur.

DIANE. Bien! dites -moi des duretés maintenant. {Ils se lèvent.)

MAxiMiLiEN. Je ne fais que répéter ce qu'on m'a dit.

DIANE. Et que vous a-t-ondit?

MAXiMiLiEN. Que VOUS n'avcz pas toujours été si cruelle.

DIANE. Voyons ces belles histoires...

MAXIMILIEN. A quoi bon ?

DIANE. J'y tiens.

.MAXIMILIEN. C'est inutilc.

DIANE. Et cependant, VOUS les avez crues... Il vous faut des chemins d'amour tout sablés... ah! je comprends, vous vous êtes dit : mais liens, tiens, cette femme qui a besoin de consolation, je l'ai connue, moi. je l'ai aimée, j'ai des droits de priorité, j'ai des arrhes sur son cœur, le plus difficile est fait, retournons-y... et vous y êtes venu... Eh bien! je vous remercie delà préférence et je ne vous en veux

pas... c'est trop fatigant d'en vouloir à quelqu'un... voyons, donnez-moi la main et venez me voir chez moi, sans me faire courir rue des Martyrs. . Vous viendrez ?

MAxiMiLiEN. Je ne sais.

DIANE. Acceptez donc franchement la position puisqu'il n'y a pas autre chose à en tirer.

MAXIMILIEN. Je me trouve souverainementridiculc.

DIANE. Non... mais cinq minutes de plus vous le deviendriez.

MAXIMILIEN. Ah ! Diane!

DIANE. Si vous écrivez à votre sœur, dites-lui de venir me voir quand elle viendra à Paris.

MAXIMILIEN. Ainsi?

DIANE. Ainsi, vous êtes mon ami et vous serez toujours le bienvenu quand vous viendrez.

MAXIMILIEN. Diane, vous aimez quelqu'un?

DIANE. Ah ! le fat î qui croit qu'il faut aimer quelqu'un pour ne pas l'aimer.

jiAXiMiLiEN. Jurez- moi que vous n'aimez personne, ce sera une consolation.

DIANE. Je vous le jure, et je vous quitte, car il se fait tard.

MAXIMILIEN. Allons, donnez-moi le bras... Je vais vous conduire à votre voiture.

DIANE. Non, vous allez sortir le premier.

MAXIMILIEN. Pourquoi cela ?

DIANE. Parce que je ne veux pas qu'on nous voie sortir ensemble, vous êtes trop compromettant, maison vous verra...

MAXiMiLiEx. Puisque vous le voulez.

DUNE. A la bonne heure, demain.

MAxiMiLiEN. Demain ; je vous jure que je suis trèsmalheureux. {Il polisse un soupir.)

DIANE. C'est cela, soupirez, cela fait bien en sortant.

MAXiMinEN. C'était bien la peine de me déranger. (// sort.)

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