DÉTAILS DU PARASOL DE DIANE DE POITIERS
(Collection de M. le comte de Reiset.)
HD. Sauf de très rares exceptions, c’est une erreur. Ce sont les manuscrits de la collection de Henri II ; ils sont royaux dès l’origine, et ceux de Diane ne sont à aucune époque rentrés en masse dans les collections du Roi. Après être restés à Anet plus d’un siècle et demi après la mort de Diane, ils finirent par être vendus aux enchères <; après le décès de Madame la Princesse, en son château royal d’Anet ». Le catalogue som-
maire, qui est une rareté, a été imprimé par les soins du libraire parisien Pierre Gandouin, chargé de la vente 1.
Le nom de Diane n’est pas même prononcé une seule fois ; à coup sûr, personne, ni la Duchesse d’Aumale ni aucun des Vendôme, n’a ajouté un seul manuscrit. En fait de livres, il y en a quelques-uns de la fin du xvie siècle et du xvue ; mais en réalité ce n’est pas autre chose que toute la bibliothèque de Diane de Poitiers.
Ce qui caractérise les collections de manuscrits de François Ier, de Henri II et même de Catherine, — chose très naturelle à la fois par l’admiration de la renaissance antique et par le sentiment, fut-il vaniteux, que ceux qui sont en haut doivent faire ce que les autres ne font pas, — c’est la réunion de chefs-d’œuvre de l’antiquité. A coup sûr, François Ier, Henri II et plus tard Louis XIV ne savaient pas le grec et ne se servaient pas de leurs manuscrits latins ; ils en avaient même, et avec raison, d’hébreux et d’arabes, qu’on achetait pour eux. Au contraire, et elle avait aussi raison de son côté, Diane n’a eu que des manuscrits français.
Sur vélin, elle a eu plus de cent cinquante manuscrits; sur papier, plus de cent, et, si la collection existait aujourd’hui, elle serait admirable. Sans traiter d’aucune façon le sujet, qui est en dehors des matières de ce recueil, il est vraiment impossible, à propos du château d’Anet, de ne pas lui faire honneur de cette richesse de bon alou
Les manuscrits latins n’y comptaient pas; à peine y pourrait-on citer le Matteo Palmieri, De temporibus ad annum 1448 } parce qu’il est dédié à Pierre deMédicis, fils de Gôme, et un traité sur Jeanne d’Arc, De puellâ Aurelianensi, par Jacques, d’abord prêtre de Tours et ensuite d’Yverdon,
« minister ecclesiæ Turonensis, nunc Ebredunensis ». Quand on y aura ajouté une Bible en provençal et le Breviario d’Amor, en vers, par Frère Ermengaut de Béziers, grand in-folio « orné de très belles miniatures en grand nombre », ce qui n’est pas commun pour les manuscrits provençaux, on aura cité ce que Diane avait de plus curieux en fait de manuscrits non français.
Pour ceux-là, on serait plutôt embarrassé de leur nombre et de leur valeur. Un certain nombre consiste en traductions, dont quelques-unes de l’italien : le Courtisan , de Balthazar de Castiglione, le code de la
1. Indiquée d’abord pour le commencement de novembre 1724, elle fut reportée au 15 du même mois, et le libraire prévenait, en tête d’une addition au détail des livres, qu’il s’était déterminé à faire imprimer le catalogue parce que « quelques particuliers des pays étrangers lui avoient fait savoir qu’ils souhaiteraient avoir une connaissance du contenu en la bibliothèque de Madame la Princesse ».
ET SON GOUT DANS LES AHTS
bonne compagnie au seizième siècle; — les Faits des nobles hommes , de Pétrarque, datés de 1609 et décorés de plus de 600 miniatures; — les Triomphes, traduits du même en prose, par Georges de La Forge, Bourbonnais. Gomme il convient, sauf les Ethiques et les Politiques d’Aristote traduites par Nicolas Oresme, les traductions viennent surtout du latin, et l’on remarquera que beaucoup datent du temps de Charles V, pour lequel on en a tant fait. Qui sait même si le plus grand nombre des manuscrits de Diane n’étaient pas des doubles de la collection royale et ne lui venaient pas de la libéralité de Henri II? En tout cas, elle avait des traductions de Salluste; des traités de Cicéron, par Jean de Fremur; des Métamorphoses d’Ovide ; des Décades de Tite-Live (dont l’une faite par Jean Berceure pour le roi Jean); de Lucien ; de Quinte-Curce ; plusieurs de Valère-Maxime, l’une du temps de Charles Y, une seconde de Jean de Hesdin, maître en théologie des Hospitaliers de Jérusalem, terminée en 1601 par Jean de Gonesse, maître ès arts , et une troisième, transcrite en 1620 ; — le Végèce , de Jean de Meun; — la Consolation de la philosophie , de Boèce, en vers ; — la Cité de Dieu , de saint Augustin, traduite par Raoul de Presles; — et trois manuscrits de l’Histoire grecque et romaine, par Jean de Courcy, normand, dont deux étaient datés, l’un de 1616 et l’autre de 1631.
Les Bibles françaises et les Heures ne pouvaient manquer. Il est plus intéressant d’y trouver : le Miroir de Vincent de Beauvais ; le Trésor de Brunetto Latini ; le Bestiaire , en vers, de Richard de Furnival, écrit en 1285; le poème de Y Image du monde ; le Pèlerinage , en vers, de Guillaume de Guilleville, écrit en 1358 ; les Propriétés des choses , de Jean Corbichon, écrites en 1372; Y Arbre des batailles , d’Honoré Bonnet; Y Arbre de sapience , daté de 1669 ; le Jeu des échecs moralisé , le Songe du vieil pèlerin, le Roi Modus , le Livre du philosophe Sidrac, et le Rustican « des profits champêtres » .
Les ouvrages plus célèbres y sont aussi : l’inévitable Roman de la Rose • les poésies de Guillaume de Lorris; un Renart le nouvel de 1390; les Voyages d’ Hayton en Orient • Prudence et Mélibée, ainsi que la Cité des Dames, de Christine de Pisan ; le Jouvencel, du sire de Bueil ; les Complaintes et le Traité de Y Espérance, d’Alain Chartier.
L’histoire de France y est aussi curieusement représentée : par le Roman de Duguesclin ; par Froissart ; par un poème sur la mort de Philippe de Commines, transcrit en 1501 1 ; par des Regrets sur la mort de
t. Après avoir passé dans la collection du cardinal Dubois, il est, depuis le
Gaston de Foix; par la Chronique française , en vers, de Guillaume Crétin, et par le curieux Dialogue entre les hérauts de France et d’Angleterre, dont M. Paul Meyer est précisément occupé à terminer la réimpression pour la Société des anciens textes français.
Parmi les romans on y trouve : l’un des plus importants de la poésie épique du moyen âge, le roman en vers de Guillaume au cornet ou au court nez, et, avec lui, le poëme de Benoît de Sainte-More sur la Destruction de Troie ; les romans de Thèbes et d’Énèas-, celui d’ Alexandre, par Alexandre de Paris et Lambert li cort, avec le Testament d’ Alexandre, par Pierre de Saint-Cloud, et sa Vengeance, par Jean le Névelois ; le Saint-Graal, traduit par Luce, chevalier, sieur du château de Salesbières ; les Sept sages de Rome, en vers ; le Prince Érastus, fils de Dioclétien, et un grand Tristan de la dernière heure, daté de 1509.
Tous ceux-là, et j’en saute plus que je n’en cite, sont sur vélin, beaucoup très grands, c’est-à-dire relativement assez récents, mais très beaux et criblés de miniatures ; mais il y en a aussi sur papier, par là même très probablement du xv° siècle. Les plus curieux, en dehors de la Vie de sainte Radegondc, sont surtout des romans, presque certainement à l’état de rédactions en prose : Theseus, Troylus, Merlin, Ogier le Danois, Garin le Lorrain, Renaud de Montauban , Reuve d’Antonne, Méliadus de Leonois, Florimont, Florent et Octavien, et deux manuscrits du Roman de Paris et de la belle Vienne, ceux-là datés, l’un de 1Û32 et l’autre de lûû3. On le voit, les manuscrits français de Diane de Poitiers suffiraient à l’honneur de n’importe quelle grande bibliothèque.
Un dernier manuscrit, « tout rempli d’excellentes miniatures », est aussi bien curieux : c’est le Dialogue des créatures « translaté par Colart Mansion à Abbeville ». Comme le premier imprimeur anglais, William Caxton qui, par ses traductions, appartient à l’histoire de notre littérature, ou sait ce que Colart Mansion a imprimé à Bruges de textes français. La seule mention du catalogue d’Anet ajoute même à sa biographie; s’il n’était pas Picard, il était au moins établi en France avant de se fixer en Flandres, et ce n’est pas sans intérêt.
Je ne parlerai pas des livres, plus nombreux encore, dans lesquels se perd le peu qui en a été ajouté de 1566 à i700. S’il y a plus de livres latins que de manuscrits, la plupart ont dû être offerts; il n’y en
xvme siècle, dans la bibliothèque de la Haye, et il a été récemment publié par M. Kervyn de Lettenhove dans la collection de l’Académie royale de Belgique ( Lettres et négociations de Commines. Bruxelles, in-8°, t. I.).
a presque pas d’italiens, encore moins d’espagnols, quoique les deux langues fussent familières à la Cour de France, et cela ferait presque supposer que la Duchesse de Valentinois les ignorait ou ne les savait pas assez pour s’intéresser à les lire. Ce sont à peu près uniquement des livres français , beaucoup d’éditions du xve siècle, de Lyon et d’Abbeville comme de Paris, beaucoup de traductions en prose, beaucoup de