‹ Diane de Poitiers et son goût dans les artsChapitre 9 sur 14 · PETIT MORTIER EN MARBRE AUX EMBLÈMES DE DIANE · texte numérisé non relu

PETIT MORTIER EN MARBRE AUX EMBLÈMES DE DIANE

(Musée du Louvre.)

produite par la convenance de son prénom et de la devise royale était trop naturelle et trop facile pour que bien des choses, faites pour l’un ou pour l’autre, ne présentassent pas leurs emblèmes communs. L’objet dont je vais parler, et qui le prouvera, est aussi curieux qu’inattendu. C’est le parasol de Diane, et il est exceptionnellement authentique. Il appartient aujourd’hui à M. le comte de Reiset, chez lequel je l’avais vu, il y a quelques années, parmi les curiosités réunies dans son château de Breuil-Benoît, près de Dreux, et qui a bien voulu mettre la Gazette à même de donner le dessin de cette presque incroyable rareté ; mais ce n’est pas entre ses mains un objet de collection rencontré par hasard .et attribué par induction. C’est par héritage qu’il lui vient de Mmo de Parabère, et par celle-ci de Diane elle-même. C’est un parasol à long

manche; l’épaisse moire antique verte qui le recouvre est, comme sa frange cl’or, de la fin du xvne siècle ou du commencement du xvinp, et il doit avoir perdu, dès cette époque, quelques-uns de ses agréments anciens ; la tête du manche est moderne et il n’a plus son bout, qui devait être aussi en or et être soit un ornement, soit un croissant, soit simplement un anneau ; mais l’étoffe est certainement moins large qu’à l’origine. Ce n’est plus qu’une ombrelle à haute tige, comme celles que les bains de mer ont mises à la mode ; c’était autrefois un de ces larges parasols plats, à l’orientale et à la vénitienne, portés à la promenade, derrière la personne, par un jeune page ou par un négrillon, comme ceux que l’on voit derrière les balustrades de Véronèse ou dans les promenades fantaisistes de Tiepolo.

L’ornementation, comme on le voit dans le dessin de M. Goutzwiller, est tout entière à l’intérieur, sur la charpente des baleines. Le cylindre, avec ses croissants, et de minces branchages feuillus et fleuris, qui étaient émaillés de blanc et de vert, est au bas du manche; il y en a un second, moins important, à peu près au milieu ; l’attache des baleines, comme on le voit par le détail ci-joint, n’est pas à charnières, et leur ouverture est maintenue par une goupille d’or, naïvement passée dans un trou. Quant aux deux nœuds sur lesquels elles jouent, ils sont en bois des îles rouge et très dur, probablement en b rés il, comme les dards des nymphes de Diane dans l’entrée à Lyon, si bien racontée par Brantôme. Quant aux trois croissants d’or qui décorent ces nœuds, ils sont fixés par trois clous d’or et émaillés de trois couleurs ; le blanc y est opaque, mais le vert et surtout le rouge sont translucides. Le travail d’orfèvrerie est des plus délicats. Ce parasol est bien curieux; mais que ne donnerait-on pour la statuette équestre de Diane, en argent, qui décorait encore en 1759 l’appartement du roi àAnet? Dans une description antérieure, de 1640, il est question de nombreux portraits de Diane de Poitiers, « tantost peints en chasseresse, en la forme et nue comme la Diane des anciens, tantost richement vestue et en grande pompe à la mode du temps, tantost comme elle étoit en ses plus jeunes ans, et tantost plus âgée, bref en diverses postures et équipages ». Comme Artémis n’est nullement une déesse équestre, la statuette d’argent ne devait pas être à l’antique, mais costumée à la moderne. Elle n’en serait que plus curieuse, et l’on y verrait si Diane continuait à monter à la planchette, ou si elle avait adopté la mode de Catherine de mettre le genou droit sur l’arçon.

XVIII. Enfin, parmi les merveilles d’Anet, il fallait compter la bibliothèque, car, à l’imitation du Roi, Diane de Poitiers en avait une fort

belle, aussi riche en manuscrits quen beaux livres. On est trop habitué à considérer comme venant d’elle la plupart des manuscrits de notre grande Bibliothèque nationale qui ont des croissants, des carquois et des

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