‹ Diane de Poitiers et son goût dans les artsChapitre 4 sur 14 · MÉDAILLE DE DIANE DE POITIERS · texte numérisé non relu

MÉDAILLE DE DIANE DE POITIERS

de perles sur les coutures du corsage; mais l’intérêt porte surtout sur la couleur des cheveux, qui sont ardents. Bien que les yeux ne soient pas bleus, Diane serait alors à ajouter à la pléiade des rousses, et cela irait bien avec ce qu’on dit de la beauté de son teint et de l’éclat de sa peau. Mais il est probable que ses cheveux étaient noirs et qu’elle les avait blondes , selon la mode, car un couplet contre elle commence par : « Toute brunette suis, — Jamais ne serai blanche. »

\TI. Du reste, le portrait, comme la médaille, ne la rend pas plus sympathique. Ce qui domine, avec l’intelligence évidente, c’est la décision froide et la volonté calculatrice; des deux côtés les lèvres sont singulièrement minces; c’est bien la femme de ses lettres, où elle s’entend aux affaires avec l’adresse et l’âpreté d’un vieux procureur. Jamais elle n’a été brûlée du feu ni touchée des faiblesses des grandes amoureuses; c’est au contraire une forte tête, absolument maîtresse d’elle-même,

surtout ambitieuse, et à qui les honneurs ne faisaient pas oublier l’argent.

Le maintien de la Seigneurie d’Anet, donnée par Charles VII à Pierre de Brézé en 1 444 et réclamée à tort par le Domaine, puisque la condition originaire de l’existence de descendants légitimes continuait à être remplie, n’était qu’un acte de justice. Le don de Chenonceaux, que Catherine la força plus tard de céder contre Chaumont, était plus contestable puisque Diane, — on le voit par les curieuses pièces publiées par l’abbé Chevalier, — trouva le moyen de s’arranger pour avoir l’air de l’acheter. Quant au don de toute la finance du droit de confirmation des charges qui devait être payée au roi à chaque avènement, c’était une libéralité si énorme quelle prouve à la fois et la toute-puissance de celle qui l’obtenait, et le sens dans lequel elle se servait de son empire.

Jamais peut-être aucun n’a été plus long, plus complet et plus constant. De jalousie, il n’en était pas question de son côté. Henri II a eu trois enfants naturels, mais Diane de France, qui, plus tard, se conduisit d’une façon si française dans l'affaire de l’abjuration de Henri IV, porte le nom de la maîtresse sans être sa fille, et ces trois enfants sont de trois mères; pas une d’elles n’a joué un rôle. Il a eu quatre fils et six filles légitimes, que Diane de Poitiers a pour ainsi dire plus soignés et élevés que la reine, qui a subi sa protection jusqu’à la fin. Diane était au-dessus d’elle ; elle lui envoyait son mari, et c’est peut-être à elle, ce qui est à sa louange, que Catherine, qui n’a eu son premier enfant que dix ans après son mariage, a dû de ne pas être renvoyée à Florence. Mais, malgré tout le soin des apparences, il n’est pas possible d’admettre une si longue influence en croyant en même temps, comme on l’a fait quelquefois, à une simple amitié qui serait d’un côté une affection presque maternelle et de l’autre une tendresse absolument platonique. 11 n’y aurait jamais eu de sigisbéisme aussi maîtrisé, aussi constamment obéissant et aussi publiquement proclamé.

Quand Louis de Brézé mourut en 1531, à soixante-quinze ans, le futur dauphin, qui venait seulement en 1530 de revenir de sa captivité d’Espagne, n’était pas encore un homme ; il avait quinze ans quand on le maria en 1533, et sa femme, qui n’a eu son premier enfant qu’en 1543, n’en avait pas encore treize; pendant quelques années, il fut marié sans l’être, et l’influence de Diane date de ce moment. N’est-ce rien que d’adopter pour les couleurs de ses vêtements le blanc et le noir, c’est-àdire celles de veuve, que Diane n’a jamais quittées et qu’on retrouve partout à Anet? Il n’est dauphin qu’à dix-huit ans en 1533, et le croissant de sa devise, qu’on trouve pour la première fois avec une date certaine sur un jeton de 1542, se rapporte à ce changement inattendu qui lui promettait

le trône; mais en même temps, dès le premier jour, le choix même de l’emblème se rapportait trop visiblement au nom de la femme pour ne pas être intentionnel et, en confondant les emblèmes des deux personnes, pour ne pas en accuser la connexion indissoluble. Quant aux vers de Henri II, d’autant plus authentiques qu’ils sont plus faibles et plus pénibles, ils sont tout à fait passionnés. Sans parler des protestants, pour qui Diane n’a pas été tendre et qui le lui ont rendu avec usure, les contemporains n’ont pas cru à ce platonisme, ni Brantôme, ni l’ambassadeur vénitien Soranzo, qui écrit, en 1551, avec peu de galanterie, que le roi, après avoir aimé Diane quand il n’était que dauphin, « l’aime et la possède encore, toute vieille qu’elle soit ». Qui sait si l’ambition prévoyante de la belle veuve, au moment de toutes les plénitudes de sa beauté, ne lui a pas fait être pour le jeune homme ce que Mme de Beauvais a été pour Louis XIV? On s’expliquerait alors un peu plus facilement par la force des premières impressions sur un caractère certainement faible l’étrange puissance et la magique durée de cet empire incontesté.

VIII. Avant d’aller plus loin, revenons sur les tapisseries faites pour Diane. Quand M. Maurice Kann nous a aimablement appris qu’il en possédait une, nous pouvions penser, avant de l’avoir vue, qu’elle s’ajouterait à celles de M. Moreau. En réalité, celle de M. Kann, également de dessin français, également faite pour la duchesse de Valentinois, appartient à une autre suite.

C’est un triomphe de Diane, avec de plus grandes figures, aux jambes longues et minces. La déesse, tenant un arc et des Bêches d’or, est assise sur un grand char blanc et bleu avec des roues dorées. Comme M. Kann, à son grand regret, n’a trouvé de cette belle tapisserie que la moitié gauche, il manque l’attelage du char qui devait être tiré par deux cerfs. Derrière le piédestal, sur lequel triomphe la déesse de la chasteté, est enchaînée, comme une esclave, Vénus assise et accompagnée de l’Amour avec son bandeau. Le char est suivi d’un groupe de nymphes élégantes avec des couronnes et des branches de laurier; deux d’entre elles portent de longues lances; à l’une est attaché un carquois, à l’autre un paquet de flèches.

11 suffisait déjà, pour attribuer cette tapisserie à la dame d’Anet, de remarquer les manches des piques décorant le côté du char et semés de croissants, la bande rouge du collier d’or du grand lévrier blanc tenu en laisse par une nymphe, qui est également semée de croissants, et les étroites bordures latérales de la tapisserie offrant un ornement montant composé d’une suite de deux pcltœ, opposées l’une à l’autre, qui sont sur-

montées d’un grand croissant d’argent. Mais, ce qui ne laisse aucun doute, les bordures supérieure et inférieure ont les mêmes devises que les tapisseries d’Anet, et ces devises, séparées au centre par un cartouche ovale de marbre de couleur, et terminées aux extrémités par une tête de bélier d’or, y ont plus d’importance et tenaient à elles deux toute la largeur de la bordure.

Les deux palmes ne donnent lieu à aucune observation nouvelle, mais ici, avec la dimension plus grande, on peut expliquer complètement le Sic immola manet , dont mes souvenirs d’Anet ne me donnaient pas assez le détail. C’est un îlot avec des palmiers, attaché par une chaîne double

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