‹ Diane et SabineChapitre 2 sur 12 · II · texte numérisé non relu

II

-^ Cela suffit, monsignor; ainsi, il ne s'agit que de dévaliser adroitement le porteur du rapport.

• — Ouï , Spadari , rien que cela. Que tu lui enlèves seulement son portefeuille, et une bonne récompense...

— Où est le jeune homme, inlerrompit vivement le zélé Piémontais.

— Je vais te l'indiquer.

Pendant cette conversation, Diane avait paru sur la terrasse ; elle jeta un regard autour d'elle , puis plongea un coup-d'œil dans la profondeur du jardin , el laissa tomber un papier que Gilbert s'empressa de ramasser.

Spadari n'avait rien vu. Le personnaj^e déguisé en marquis frappa sur l'épaule du Piéinontais , et dit , en lui désignant Gilbert X

— Tu vois ce jeune homme qui se dirige vers la porte du jardin ?

— Je le vois, monsignor.

— Eh bien, c'est lui, l'homme au portefeuille .

— L'a-t-il in pochetto maintenant ? demanda l'émissaire prêt à s'élancer.

— Oui, il l'a dans sa poche va!

cours !

— Subito , dit Spadari j et il se mit à la poureuite de Gilbert.

âO LA JUSTICE DE DiEU.

Il s'arrêta pourtant à distance , et quand il fut bien certain de tenir sous la surveillance de son œil l'homme qu'on lui avait désigné, S|iadari,qui ne voulait pas tenterson coup dans le jardin du prince, se fit l'ombre de Gilbert, et , sans se montrer, il ré|Tla sa marrhp|sur celle de sa proie.

Le jeune secrétaire clieminait d'un pas pressé. On devine qu'il était poussé par l'impatience de lire la réponse de Diane.

— Dès qu'il fut un peu loin du palais , il s'arrêta sous un réverbère, tira le billet de sa poche , et reconnut sa propre missive. Il la tourna vivement , n'osant se faire le chagrin de croire que Diane|ne lui avait pas répondu. Sur le feuillet laissé en blanc par lui , il vit des lignes tracées à la hâte au crayon. Elles étaient presque illisibles , el ce ne fut pas

«ans une j extrême difficulté qu'il parvint à déchiffrer ces mots :

« Qu'a vez-vous osé m'écrire, monsieur? et m'estimez-vous donc assez peu pour vous oublier ainsi ! La douleur où vous jette votre départ explique mais n'excuse pas cette folie. Brûlez cette lettre, et moi je m'efforcerai de l'effacer de ma mémoire. Si vous aviez tenté une pareille insulte , Gilbert , tout eût été fini entre nous ; j'aurais trouvé assez de courage pour vous haïr , moi qui vous aime pourtant , et qui fais des vœux pour votre prompt^retour. »

Spadari se tenant en arrêt, examinait Gilbert durant cette lecture. Le jeune homme parcourut deux fois le billet, après quoi il laissa écha[)[)er un geste de dépit , un soupir

de douleur, baissa la tête de l'air d'un homme qui perd courage ou qui médite une action audacieuse , puis il mit vivement le billet dans la poche de son habit.

Il cheminait pensif, irrésolu, vers sa lointaine demeure, quand un grand diable d'ivrogne , qui semblait venir d'une direction contraire?, tomba sur Gilbert sous prétexte d'embrasser en lui un ami qu'il croyait reconnaître. Il faisait obscur ; l'amoureux de Diane, pestant contre le grossier personnage, s'ingéniait pour se débarrasser de ses importunes étreintes , sans trop le brusquer, cependant. L'ivrogne, de son côté, lui barrant toujours le passage, grommelait des mots d'amitié; mais durant ses évolutions bachiques , le pendard trouvait encore assez de présence d'esprit et de dextérité dans la main pour fouiller jusqu'au fond de* poches de Gilbert.

Fatigué de l'obstacle que lui faisait cet homme, le jeune secrétaire, qui ne s'apercevait pas du manège , perdit patience et lança une bourrade dans Testomac de l'ivrogne , et passa outre, ravi d'en être quitte à si bon marché.

Pas à si bon marché qu'il s'en fla|tait, cependant; le contenu de sa poche avait passé dans la main du faux ivrogne , lequel se désola bientôt d'avoir fait si maigre recette.

— Corpo de bacco ! s'écriait-il en retournant dans ses doigtsj une simple feuille de papier contournée en mille plis , tioi siamo volésl niente portofogha.

Malgré cet échec , le digne spadassin , car on a deviné que c'était lui, retourna, l'oreille basse, vers le personnage qui l'avait chargé de cette expédition.

24 LA JUSTICE Di: DIEU.

— Eh bien ? demanda curieusement le marquis à son émissaire qu'il attendait sous le vestibule du palais.

— Niente ! répondit mélancoliquement Spadari, niente portofoglia.

— Comment , rien, reprit le marquis d'un ton dépité.

— Niente î dit encore cet homme ; puis, se ravisant : Ah! questo papière , ajouta-t il en présentant avec une sorte de contrition ce mince butin : le billet de Gilbert et la réponse de Diane.

Le personnage masqué se saisit avidement de ce chiffon de papier , et aussitôt qu'il en eut lu les premières lignes , il dit à Spadari :

— Tu te trompes, c'est quelque chose.

L'accent que prit la voix du marquis en prononçant ces mots voulait dire : c'est tout.

Spadari ne comprit rien à l'accent , mais il comprit la bourse que le marquis lui donna. Comme elle paraissait assez bien garnie, Spadari salua profondément le personnage masqué , et s'en alla convaincu qu'il n'avait pas fait une aussi mauvaise chasse que d'abord il se l'était imaginé.

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