‹ dickens et la franceChapitre 10 sur 41 · ITI · texte numérisé non relu

ITI

LE ROMAN DE DICKENS ET LE NATURALISME FRANÇAIS

Si considérable qu'ait été, depuis près d’un siècle, le succès de Dickens en France, si large qu’ait pu être l'accueil de notre grand public, et si haute l’estime où l’a tenu la presque unanimité de nos critiques littéraires, cette notoriété de Dickens parmi nous s’est-elle transformée en influence effective sur les écrivains de notre pays ? Son action s’est-elle réellement insérée dans l’évolution de notre roman ? L’ascendant qu’il avait su conquérir, et dont je n’ai pu vous rapporter que quelques exemples choisis, s'est-il manifesté par une direction nouvelle imprimée à notre littérature nationale ? La question, vous le concevez, est d’un ordre tout différent. Et c’est elle qui va retenir ce soir notre attention.

Sans doute rien ne semble impossible, pas plus en France qu'en Angleterre, à ce nouveau venu de la littérature qu'est le roman du xix® siècle. S'adressant à un public chaque année plus nombreux, il lui présente des intrigues ou des inventions merveilleuses d’abord, qui le captivent toujours, mais aussi, sous le couvert transparent de ces fables, les plus graves problèmes de l’heure présente, qui le passionnent tout autant. La fiction romanesque a ainsi envahi les enceintes réservées jusqu'alors à la poésie et au drame, et, nouvelle Cendrillon (1), s’est: installée, quoique avec moins de patiente modestie, dans les chambres parquetées de mesdemoiselles ses sœurs.

Page 1