‹ dickens et la franceChapitre 13 sur 41 · EV · texte numérisé non relu

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Mais les années 1870-71, nous l'avons indiqué déjà, marquent un changement notable dans l’histoire du roman, comme

dans celle de l’activité intellectuelle française tout entière. C'en est fini, à présent. [selon l'expression d’un des personnages des frères Goncourt, de « toutes les vieilles blagues du romantisme » (1). Bien plus, au réalisme lui-même succède ce qu’on commence d'appeler le naturalisme, qui n’en est que l’affirmation plus péremptoire, l’analogie que Taine avait établie entre l’œuvre du romancier et celle du savant étant poussée ici à l’extrême (2). Et naturellement l’œuvre de Dickens ne va pas tarder, auprès de nos théoriciens positivistes d’un nouveau genre, de perdre tout son prestige. On continuera bien d'étudier, comme Dickens fut un des premiers à en donner l’exemple, les milieux populaires, et même les bas-fonds les plus hideux de la société (3). Mais au lieu d’y apporter cette sentimentalité humanitaire qui est personnelle à votre romancier, On exagérera plus que jamais la vulgarité des sujets, et la manière brutale dont on les traite. La phrase de Taine : « Le vice et la vertu sont des produits comme le vitriol et le sucre » (4), Zola la met en épigraphe de la deuxième édition de Thérèse Raquin, et il la considère comme la clef de toute sa doctrine. Il transpose dans son roman les théories de Darwin, que la traduction de Clémence Royer a fait connaître en France dès 1862 (5), et surtout les affirmations contenues dans l’Introduction à la médecine expérimentale de Claude Bernard, qui est de 1865, substituant simplement, au mot médecine, le mot roman, le remords, par exemple, «consistant en un simple désordre organique, une rébellion du système nerveux tendu à se rompre » (6). La passion documentaire, pathologique surtout, où se rétrécit le naturalisme ne laisse, en théorie, que peu de place à l'imagination, et même à la sensibilité. Le matérialisme envahirait tout, à la fois brutal, celui de « la lutte pour la vie », et platement mesquin, celui du «train banal de l’existence ». La morale n’existerait plus, mais seulement les besoins physiques, ou des maladies facilement déterminables. De ces études d’amphithéâtre n’émanerait guère que de la désolation, rendue plus âpre

encore par un parti pris’de dénigrement dans l'observation

même, par cette manière si durement dédaigneuse, en outre,

de parler de la souffrance du peuple (1). Si un Baudelaire,

un des anglicisants les plus avertis parmi nos grands poètes,

s’indignait déjà, dans son étude sur l’œuvre et la vie d’Eu-

gène Delacroix, qui est de 1863, contre cette « tourbe d’ar-

tistes et de littérateurs vulgaires dont l'intelligence myope

s’abrite derrière le mot vague et obscur de réalisme » (2), on

ne s’étonnera plus de la vigueur avec laquelle l’austère et

belliqueux Ferdinand Brunetière s’attaquera au roman natu-

raliste lui-même, contre lequel il écrira, en 1882, toute une

série d'articles qui forment un de ses meilleurs recueils (5).

Notons seulement, en ce qui nous concerne, que l’un des principaux arguments que Brunetière oppose ici à la brutalité

agressive des naturalistes, à leur « manque de sympathie pour autre chose qu’eux-mêmes » (4), est la large humanité desréalistes anglais, depuis le réalisme à la fois sentimental et

caricatural de Dickens jusqu’au naturalisme de G. Eliot,

«qui va bien au-delà, celui-ci, de la surface des choses, et f avec lequel s’introduit en même temps, pour un avenir prochain, le moyen de le corriger et de l’idéaliser » (5).

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