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deux littératures n’est qu'une manifestation particulière, me paraît être un des traits les plus caractéristiques, et, laissezmoi ajouter aussi, des plus émouvants de l’histoire générale de nos temps modernes. L'évolution des littératures anglaise et française est, à tant d’égards, si connexe, la correction de l’une par l’autre, la conciliation de l’une avec l’autre sont si constantes, leur interpénétration, en un mot, est si profonde qu'il y a là un champ d’étude immense, relativement peu fréquenté encore, dont l'intérêt, et le charme même, sont sans pareil.
Aussi m'estimerais-je largement payé de ma peine si, à propos de la question Dickens-Daudet, qui n’a peut-être été, je puis bien vous le confesser à présent, qu’un prétexte, j'avais réussi à attirer votre attention sur l’importance des interactions anglo-françaises, si j'avais éveillé chez certains d’entre vous le désir d’y laisser reposer quelquefois leur esprit, ou, mieux encore, d'y diriger leurs curiosités studieuses. A cette heure de l’histoire du monde où tant de choses, et de si graves, sont toujours en suspens, où, huit ans après la cessation de la guerre mondiale, l'humanité est encore « in the boiling pot », l’importance de cette étude sympathique portant sur nos deux pays à la fois, de ces tentatives réciproques « pour se goûter et se comprendre, pour sortir de soi et profiter du voisin » (1), me semble considérable, d’autant que cette besogne urgente, cette sorte d'arbitrage à la fois intelligent et cordial où je vous convie est, par surcroît, une des tâches les plus passionnantes, les plus nobles même que je sache.
Vous vous rappelez la phrase fameuse que Renan écrivait en 1868, dans ses Questions Contemporaines : «La culture intellectuelle de l’Europe est un vaste échange où chacun donne et reçoit à son tour, où l’écolier d’hier devient le maître d'aujourd'hui. C’est un arbre où chaque branche participe à la vie des autres, où les seuls rameaux inféconds sont ceux qui s’isolent et se privent de la communion avec le tronc » (2).