‹ Dictionaire abrégé des sciences médicalesChapitre 30 sur 101 · SCLÉROTIQUE · texte numérisé non relu

SCLÉROTIQUE

cellulaire n'est ni générale ni très- avancée ; car alors la mort survient en peu d'heures. Quand rien n'annonce une inflammation viscérale , on doit se borner aux frictions et h la chaleur.

SCLÉROTIQUE , s. f. , sclerotica, cornea opaca ; nom d'une des membranes de l'œil, qu'on appelle aussi cornée opaque ou blanc de VœU.

Cette membrane, la plus extérieure de celles du globe oculaire, dont elle détermine la forme, l'enveloppe tout entier, à l'exception de sa partie antérieure, où elle laisse un grand vide arrondi, rempli par la cornée transparente, et de la postérieure, où elle est beaucoup plus mince que partout ailleurs , et offre une multitude de petites ouvertures par lesquelles les faisceaux du nerf optique communiquent avec la rétine. Elle est opaque, blanche, brillante, d'une texture fibreuse, trèssolide et élastique. On parvient à la diviser en plusieurs couches, qui sont unies néanmoins par des filamens intermédiaires. Ses deux faces sont lisses ; une multitude de vaisseaux sanguins adhèrent intimement à l'externe, la percent, les uns en arrière, les autres plus en devant, vers Je milieu de son étendue, et parcourent tous, dans sa propre substance, un trajet dont la longueur est proportionnée à leur volume; d'autres ouvertures plus petites, qu'on remarque à sa partie postérieure, livrent passage aux nerfs ciliaires. Son épaisseur, qui n'est pas la même partout , et qui diminue eu général d'arrière en avant, est d'une ligne environ en arrière, et près de moitié moins considérable à la circonférence de la cornée transparente. Elle est plus mince dans les points correspondans à l'attache des tendons des muscles droits de l'œil, que dans les intervalles de ces insertions. Postérieurement elle s'unit d'une manière très-intime avec l'enveloppe que la dure-mère fournit au nerf optique, avec laquelle on doit le considérer comme ne faisant qu'un , malgré la différence d'épaisseur et de solidité, puisqu'elle n'en diffère pas essentiellement sous le rapport de la texture. Dans le nombre des feuillets superposés et entrelacés qui la constituent, il en est un qu'on parvient plus ou moins aisément h détacher des autres, surtout aux premières époques de la vie. Ce feuillet est un prolongement de la pie -mère selon Zinn , de l'arachnoïde suivant Meckel. Il forme un petit bourrelet saillant en dedans autour de la lame criblée par laquelle le nerf optique entre dans l'œil , et se réfléchit, a la circonférence de celte lame, sur la face interne de la sclérotique, avec laquelle il s'unit d'une manière intime, et qu'il accompagne jusqu'à . son bord antérieur. Sa face iuterne est assez intimement unie a la choroïde, par un tissu cellulaire lâche, ainsi que par les vaisseaux et nerfs qui percent la capsule de l'œil. On réussit cependant, avec un peu de soin, et surtout quelques jours

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après la mort, à fendre el enlever la sclérotique sans léser la choroïde.

SCOLOPENDRE, s. , f. , asplenium scolopendrium ; fougère dont les feuilles fraîches ont une saveur acerbe et styptique, et exhaleutune odeur un peu nauséeuse quand on les froisse entre les doigts. Elle figurait jadis parmi les cinq capillaires , et passait pour jouir d un grand nombre de propriétés différentes. On ne s'en sert presque plus aujourd'hui. Sa décoction, seule forme sous laquelle on l'administre, se prépare avec une poignée de feuilles par pinte d'eau.

SCORBUT, s. m., scorbutus , scorbutum , stomacace , scelotyrbe; maladie très-commune chez les marins , et qui se manifeste également à terre, lorsque les conditions qui la produisent se trouVent rassemblées et suffisamment intenses. Les signes qui la caractérisent sont les suivans, d'après Lind et Murray.

Le visage perd sa couleur naturelle , devient pâle , bouffi ; Je sujet a de la répugnance pour toute espèce d'exercice ; ses lèvres et ses caroncules lacrymales paraissent d'une couleur verdâtre; cependant il boit et mange de bon appétit, et semble jouir d'une parfaite santé. Le changement de couleur du visage ne précède pas toujours les autres symptômes, mais il les accompagne constamment dans la suite. La plupart des sujets sont d'abord d'une couleur pâle ou jaunâtre , et cette couleur devient ensuite pl&s obscure ou livide. Ils ont un air triste et chagrin. Tels sont les phénomènes précurseurs du scorbut.

La répugnance pour tout mouvement se change bientôt en une lassitude universelle , avec engourdissement et faiblesse des genoux, par le plus léger exercice, et difficulté de respirer. Bientôt après, des démangeaisons se font sentir aux gencives, qui se lu me fient et saignent pour peu qu'on les frotte. L'haleine est alors fétide; les gencives sont d'un rouge livide, molles, spongieuses, et deviennent ensuite fongueuses et putrides. La peau est alors sèche, ainsi que pendant tout le cours de la maladie, si ce n'est dans la dernière période, où souvent elle est couverte d'une moiteur froide et visqueuse, surtout si le sujet tombe en défaillance. La peau est chez quelques-uns extrêmement rude, surtout s'il y a de la fièvre, et présente chez quelques autres l'aspect d'une peau de serpent ; mais le plus souvent elle est luisante et douce au toucher. Elle est couverte de plusieurs taches d'abord jaunes sur les bords, puis rougeâtr*s, d'un pourpre foncé, bleuâtres noires ou livides, qui ne s'élèvent point au dessus de la surface de la peau , et ressemblent à une extravasalion sous 1'épiderme, comme dans les contusions. Elles sont de différentes grandeurs j il y en a

depuis la largeur d'une lentille jusqu'à celle de la main , et même davantage. Celles-ci sont plus rares au commencement de la maladie; elles sont alors, pour l'ordinaire, petites et irrégulièrement rondes. On les observe principalement sur les jambes et les cuisses, souvent sur les bras, la poitrine et tout Je tronc, plus rarement sur le visage et la tête. Plusieurs malades ont les jambes enflées ; le gonflement se manifeste d'abord aux malléoles vers le soir, et le lendemain malin il n'en reste aucune trace; peu a peu l'enflure devient permanente et gagne de pioche en proche; toute la jambe devient œdémateuse, avec celte différence seulement, chez quelques malades, que la tumeur ne cède pas si aisément à la pression du doigt, et qu'elle en conserve plus long-temps l'impression que dans l'œdème ordinaire. Tels sont les phénomène! principaux et les plus constans de la première période du scorbut.

L'ordre de leur apparition n'est pas toujours le même. Lorsqu'une personne a éprouvé une fièvre ou quelque autre maladie longue, les gencives sont presque toujours affectées les premières, et la lassitude se fait sentir dès le commencement de la maladie. Si au contraire le sujet est retenu au lit par une fracture, une plaie ou une contusion, une entorse, uu vieil ulcère, c'est dans la partie blessée que se manifeste le scorbut; elle devient enflée , douloureuse, œdémateuse; elle se couvre de taches livides. Au lieu d'un pus louable , la plaie, la contusion se convertit en un ulcère qui fournil une matière sanieuse, ténue, fétide, mêlée de sang. Cette matière ressemble dans la suile h du sang putréfié, coagulé et collé à la surface de la solution de continuité, d'où l'on ne peut la détacher sans difficulté. Les chairs qui sont sous cette couche sont molles, spongieuses et putrides. Après avoir enlevé cette couche avec beaucoup de peine, on en retrouve une le lendemain. Les bords de l'ulcère sont ordinairement livides, gonflés par des chairs baveuses, élevées au dessus du niveau de la peau. Si on exerce sur lui une forlc compression , l'ulcère prend une disposition gangreneuse, la partie devient œdémateuse, douloureuse, et se couvre de taches. A mesure que le mal s'accroît, il s'élève du fond de l'ulcère un fongus mollasse, sanguinolent, semblable à du foie de bœuf bouilli, qui souvent devient d'une grosseur monstrueuse dans l'espace d'une nuit; en vain on l'enlève en totalité ou en partie par un moyen quelconque, le lendemain il est aussi gros qu'auparavant. Si on le coupe, il survient ordinairement une hémorragie copieuse. L'ulcère reste un temps considérable dans cet état sans affecter l'os. Il diffère beaucoup, par les caractères qui viennent d'être indiqués, des ulcères invétérés et opiniâtres des jambes. •

Quelque maladie qu'on ait eue auparavant, ou dont on soit

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actuellement affecté, elle se renouvelle ou s'agravc; c'est ce qui a lieu surtout pour les douleurs rhumatismales et celles qui succèdent aux contusions, aux blessures. Les scorbutiques sont très-sujets à être attaqués de tontes les maladies épidémiques qui régnent en même temps que le scorbut,' et parfois' des maladies sporadiques prédominantes, même de celles qui offrent des caractères très opposes aux siens; alors le cas est favorable, autrement la complication est très-fâcheuse, comme on l'observe lorsque la variole, la rougeole, la dysenterie, surviennent chez les scorbutiques. Les scorbutiques sont rarement exempts de douleurs dans les progrès de la maladie quelques-uns les ressentent dans tous les os, surtout aux extrémités, aux lombes, aux articulations, aux jambes, quand ces parties sont gonflées. Leur siège le plus ordinaire est! la poitrine; le sujet éprouve dans cette partie un sentiment çle constriction, d'oppression, et des douleurs de côté, quand' il tousse.

La poitrinè est toujours plus ou moins affectée dans les progrès du scorbut, dit Lind , à moins que le ventre ne soit trèslibre. La douleur change de place, et gagne souvent le côté opposé; elle se fait d'abord sentir quand on tousse; mais, lorsque la maladie est plus avancée, elle se fixe ordinairement dans un endroit particulier, et le plus souvent dans un des côtés; elle devient alors extrêmement vive, empêche la respiration , et met le malade en danger. Les scorbutiques ne ressentent, jamais, ou du moins très-rarement, de douleurs à la tête, a moins qu'ils n'aient la fièvre, ce qui est très-rare chez eux, sauf le cas de suppuration du poumon. Quelquefois, néanmoins , elle se montre au commencement de la maladie: ses symptômes ne sont alors ni aussi violens ni aussi infïam- * matoires que chez les autres malades; Lind l'a vu intermittente et tout à«fait bénigne chez deux ou trois scorbutiques. Dans la dernière période du scorbut, toute fièvre est mortelle selon lui. Uné complication terrible est celle du scorbut avec la fièvre péléchiale.

Les douleurs des scorbutiques sont en général sujettes a changer de place; tout mouvement les augmente, il accroît surtout celle du dos, et la rend très-incommodé.

Parmi les scorbutiques, les uns vont régulièrement à la selle pendant tout le cours delà maladie , les autres sont sujets à être très-constipés; eu général, ilâ ont de temps en temps' la diarrhée, et ils rendent des matières très-fétides. L'urine! est ordinairement très-colorée, et elle se corrompt très-vite. . Le pouls est pour l'ordinaire plus lent et plus faible qùe dans l'état de santé, et, quand il y a fièvre, il est fréquent, mais serré, dur et petit. Dans les défaillances, il est le plus souvent

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obscur et petit ; quelquefois il s'élève tout d'un coup pendant quelques pulsations, mais il s'affaisse bientôt, et il est toujours intermittent.

Les taches scorbutiques se couvrent quelquefois de croûte» sèches semblables à des écailles, quand les jambes sont extrêmement enflées. 11 se fait d'autres fois, mais rarement, de petites éruptions miliaires sèches sur la peau.

Dans la seconde période, on observe une raideur dans les tendons des muscles fléchisseurs des jambes; ces tendons semblent se raccourcir; les genoux enflent, deviennent douloureux et faibles; les jambes se fléchissent sur les cuisses; le malade est sujet à de fréquentes langueurs, et lorsqu'il est resté long-temps sans faire aucun exercice, il a de la imposition à tomber eu syncope au moindre mouvement : tels sont les caractères les plus constans et particuliers à celte période.

L'enflure des jambes est quelquefois monstrueuse, et elles sont couvertes d'une ou de plusieurs taches livides semblables à des ecchymoses. Paifois, il y a des tumeurs dures et trèsdouloureuses en plusieurs endroits de la jambe. Lind a ru le gras de la jambe, et Saint-Yves les cuisses , entièrement endurcies , sans euflurc.

Les -malades courent le risque de mourir subitement dès qu'on les remue ou qu'on -les expose au grand air. Un scorbutique qui s'était transporté sans aucun aide a l'hôpital, avait le visage plombé; il ressentait des douleurs dans la poitrine, la respiration s'embarrassa, et en moius d'une demi-minute il expira. . - f«. i -i

Pendant tout le cours de leur maladie, mais surtout dans la seconde période, les scqrbutiques sont sujets a des hémorragies copieuses du ne2, des gencives, des intestins, du poumon. Leurs ulcères rendent ordinairement beaucoup de sang.

Plusieurs éprouvent de violentes dysenteries^ avec den'ives douleurs cl uuc extrême faiblesse. D'autres évacuent par les selles, une grande quaniile de saug pur, sans douleur. . •

Les gencives sont, pour l'ordinaire, extrêmement fongueuses, putrides, douloureuses, ci exhalent une <odcur infecte; elles son! quelquefois profondément ulcérées, cl parais- ■ sent'gangrenées; les dents branlent, se déchaussent et tombent souvent. La, région supérieure de la bouche et l'arrière-boucbe ne sont affectées que dans les cas de salivation. La mâchoire se'caiic rarement, et en général Ja carie n'a lieu qu'api ès la destruction de la table externe, soit de cet os, soit de ceux de la jambe, desiruclion qui se fait souvent attendre 1reslong-temps, à moins que la carie ne s'établisse de prime-abord dans la partie interne de l'os, ce qui n'a lieu qu'avec des douleurs, cruelles; alors les lames de l'os s'écartent les unes des

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autres, et semblent former une exostose. Il survient souvent en pareil cas un spina venlosa très-redoutable, qui produit des ulcères douloureux et dont les progrès sont rapides.

La plupart des malades ont bon appétit, et jouissent du libre exercice de leurs sens, quoiqu'ils soient fort abattus et souvent découragés. Il en est qui ne ressentent aucune douleur quand ils sont en repos dans leur lit, à moins qu'ils n'aient la dysenterie ou une salivation incommode. Lind pense que cette dernière se présenterait rarement si on ne donnait des mercuriaux. aux scorbutiques. La salivation est presque toujours accompagnée de dysenterie; ces deux affections alternent; la première cesse pendant un ou deux jours, durant lesquels le malade éprouve des douleurs daus le bas-ventre j et rend des selles sanguinolentes; les déjections cessent, et la salivation reparaît.

Dans la dernière période du scorbut, il n'est pas rare de voir les cicatrices des anciens ulcères se rouvrir, la peau des jambes se fendre, surtout dans les endroits où il avait paru d'abord des tumeurs mollasses, douloureuses et livides. Ces. crevasses dégénèrent en ulcères fongueux, sanguinolens. Quelquefois il survient, mats très-rarement, des fièvres putrides côlliquatives , avec pétéchies, sueurs fétides, ou bien les malades succombent à des évacuations copieuses de sang corrompu, soit par les urines et les selles , soit par les poumons, le nez, l'estomac, les veines hémorroïdales ou toute autre

Fartic. Plus souvent, on observe la jaunisse, l'hydropisie , hypocondrie, la mélancolie, un entier abattement d'esprit, la perte de tout courage, des raidissemens de nerfs, de violentes coliques, une constipation opiniâtre. Vers la fin de la maladie, les sujets ressentent pour l'ordinaire une constriction et une oppression violentes de poitrine, ils respirent très-difficilement y et se plaignent quelquefois de douleurs sous le sternum, et plus souvent dans un des côtés. D'autres fois, sans aucune douleur, la respiration devient courte et laborieuse, et le malade meurt subitement.

Après avoir rapporté les phénomènes précurseurs du scorbut et ceux des trois périodes de cette maladie, sans rien changer aux expressions un peu surannées., mais expressives, de Lind, nous allons indiquer les résultats de l'examen du sang et des ouvertures des cadavres.

Au déclin de la maladie, à bord du vaisseau de l'amiral Ânson, ou voyait dans le sang tiré des veines des stries obscures et d'autres vermeilles; plus tard, le sang paraissait dmdus et thés noir en sortant des vaisseaux; mais, après quelque temps, il s'épaississait et prenait une couleur obscure

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dans la palette ; ses deux parties ne se séparaient pa$ régulièrement, et sa surface était verdâtre dans plusieurs endroits. Au troisième degré, quoiqu'on l'eût gardé plusieurs heures en l'agitant, sa partie iibrincusc ressemblait h de la laine ou à des cheveux floitans dans une substance bourbeuse. Eu cou»

Î>ant un rameau veineux un peu gros, on pouvait vider toutes es branches voisines. Le sang extravasé était également liquide, noir et jaunâtre; enfin, ce liquide avait la même apparence dans les hémorragies de la dernière période, soit qu'il, vint delà bouche, du nçz, de l'estomac, des intestins ou de 4oute autre partie»

Le cadavre d'un matelot de l'équipage de Jacques, Cartier, ayant été ouvert, on trpuva le cœur blanc et pourri , ses cavités entièrement remplies d'un sang corrompu , les poumons noirâtres et putrides, plus d'une pinle d'eau rougeâtre dans la cavité de la poitrine, le foie en assez bon état, mais Uratc un peu corrompue et sa surface raboteuse.

Chez les scorbutiques ouverts à l'hôpital Saint-Louis, il y* avait une quantité plus ou moins grande de sérosité dans Ja. poitrine de tous ceux qui avaient eu de la peine à respirer, et selon qu'ils étaient plus ou moins oppressés» Le ventre et* plusieurs autres. parties étaient également remplies de. cet tc> sérosité, qui était de différentes couleurs, et, qui fit éprouver une inflammation de la peau et un soulèvement de l'épiderme à ceux qui y plongèrent les mains. Ou ne trouva pas de sérosité1 ni dans la'poitrine ni dans les poumons chez des sujets dont la poitrine était devenue si oppressée qu'ils étaient morts subitement, mais le péricarde était entièrement attaché aux poumons ; ceux-ci étaient collés à la plèvre et au diaphragme , et le tout était confondu ensemble. Les poumons étaient comprimés au milieu de cette masse. Tous ceux qui moururent subitement, sajrs cause visible, avaient les oreillettes du cœur aussi grosses que le poing, et remplies de sang coa-> gulé. Plusieurs étaient tombés tout à. coup sans vie, n'ayant éprouvé aucune douleur; ils ne paraissaient pas malades* seulement leurs gencives étaient ulcérées; on trouva leurs muscles gangrenés , gorgés de sang noir et corrompus ; ils ton*baient en pièr-ea àès qu'on les maniait. Un jcuue enfant, âgé de dix ans, avait les gencives fort enflées et profondément ulcérées; son haleine exhalait une fétidité insupportable; on» fut obligé de lui arracher toutes . les dents pour lui panse* la bouche ; il parut ensuite des ulcères sur la langue et les joues ; Penfant mourut subitement, et l'on trouva que toutes les parties intérieures de son corps étaient pourries. Quelques autres malades, sans autre symptôme qu'une légère ulcération dea

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-gencives, eurent ensuite des tumeurs dures et rouges sur les . •bains-, les pieds et autres parties du corps ; il se Tonna entoile des abcès dans les aines et aux aisselles, et leur corps» se couvrit de taches bleuâtres. On trouva les glandes de Taisselle très-gros6es et environnées de pus j il y en avait également dans les interstices des muscles des bras et des cuisses. Chez des malades dont les bras , les jambes et les cuisses étaient d'un rouge 'noirâtre , cette coloration provenait de la -présence d'un sang noir et coagulé sous la peau. Leurs muscles étaient enflés et durs, gorgés de sang au point que les jambes étaient pliées et ne pouvaient être étendues; les taches , bleues, rouges, jaunes et noires, provenaient du sang extravasc «ous la peau, et ces variétés de couleur dans les taches provenaient de semblables variétés dans le sang. On observa cer taines petites tumeurs qui , venant à se percer, formaient des ulcères scorbutiques. Quelques vieillards eurent des hémorragies si copieuses du nez et de la bouche qu'ils en moururent, lies tuuiques des vaisseaux étaient corrodées. Chea les malades qui avaient fait entendre un cliquetis des os, quand on les remuait, on trouva les épiphyscs séparées. Elles étaient en partie isolées chez tous les jeunes gens au dessous de dix-huit ans. Quant à ceux cfrez lesquels on avait entendu un petit bruit sourd quand ils respiraient, on trouva les cartilages du sternum sépares des côtes. Tous les cadavres dans lesquels on trouva du pus et de la sérosité dans la poitrine, avaient les côtes séparées de Jeurs cartilages, et elles étaient cariées de la longueur de quatredoigtsdu côté du sternum. Dans quclqucscadavres,si on prenait entre les doits l'extrémité des côtes qui commençaient à se séparer des cartilages , on en faisait sortir une grande quantité de matière corrompue qui n'était que la partie spongieuse de l'os, de sorte qu'après l'avoir exprimée, il ne restait plus que les deux lames osseuses. Les ligamens des articulations étaient corrodés et détachés ; au lieu de synovie, elles ne contenaient qu'une liqueur verdâtre; les glandes du mésentère étaient généralement tuméfiées et altérées; quelques-unes étaient en partie corrompues, abeédées ; quelques-autres, dans le foie, avaient du pus durci et, pour ainsi dire, putréfiée. La rate était trois fois plus grosse que dans l'état normal, et tombait par pièces quand on la maniait, comme si elle n'eût été composée que de sang coagulé ; quelquefois les reins et la poitrine étaient remplis d'abcès. Le cerveau était toujours sain, et les sujets avaient conservé leur appétit jusqu'à la mort.

Nous n'avons pas cru devoir rajeunir ce tableau par des expressions modernes qui auraient pu l'altérer. 11 y a beaucoup h rabattre sur toutes ces putridités, corruptions , putré* factions. On sait que les premiers anatomistes qui ont ouvert

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des cadavres dans l'intention d'y chercher la cause des symptômes de la maladie et de la mort, ne savaient pas faire la distinction des altérations cadavériques d'avec celles qui précèdent et accompagnent la mort.

Un homme, âgé de trente ans, étant mort avec les symptômes d'un scorbut rapidement développé, Pinel trouva les deux cavités thoraciques dans l'état naturel; le péricarde et l'abdomen remplis de sérosité jaunâtre; la peau et le tissu cellulaire gorges de sang au pli du bras, où était une légère ecchymose , sans que les muscles fussent altérés eu aucune manière. Après avoir enlevé la peau et le tissu cellulaire des deux genoux et de la partie antérieure et inférieure des cuisses, iesquels étaient sensiblement gonflés, on trouva, au dessus des genoux, une collection abondante de sang noir, tant liquide qu'en caillots; il n'y avait pas d'épanchement à la région poplitée. La partie inférieure des muscles droit antérieur et triceps fémoral était désorganisée dan» toute son épaisseur, dans l'étendue de quatre à cinq pouces , et formait une masse de caillots et d'un liquide très-rouge ; leur partie supérieure ne contenait ni sang épanché, ni sang infiltré , mais le tissu de ces muscles était dans cet endioit tendre , mollasse et facile à déchirer.

Examinons maintenantsous l'influence de quelles conditions le scorbut s'est développé aux regards des observateurs de tous les temps.

Le scorbut a été divisé par Th. Willis en sulfureo-salin et salino-siilfureujc ; par Gautier Charleton , en sulfureux, alcalin et acide; par Gédéon Harvey, en scorbut de la bouche, scorbut des jambes et scorbut des articulations, scorbut stomachique, hépatique, etc. ; par Etîenne Blancard, en froid, dû à une viscosité pi lui te use, et chaud, dû à une acidité du sang; par Boer • haave, eu acide et alcalin; par Nitzisch, en chaud ou donkyureux , et froid ou lent, divisé en trois espèces, dont une pe'téchiale ou lenticulaire. Lind voyait dans le scorbut « une faiblesse et un relâchement des solides avec une tendance du sang à la putréfaction spoulanéc qui vient du défaut d'un chyle propre à corriger l'acrimonie des sucs , et d'une suppression considérable de la transpiration ». C'est là ce qu'on avait appelé le scorbut putride. Wilson admettait un scorbut végétal causé par l'usage des végétaux pour toute nourriture. Le scorbut a aussi été appelé muriatique , parce qu'on l'attribuait à la présence de l'esprit de sel, ou d'une acrimonie saline, dans le sang. Milmau attribuait tous les phénomènes du scorbut à la diminution du pouvoir vital. Pinel Ta rangé d'abord parmi les maladies lymphatiques, puis parmi les hémorragies pas-, sives, et, en dernier lieu , parmi les lésions organiques géné-%

raies. Kéraudrcn a divise le scorbut en primitif et secondaire, division importante h laquelle on n'a pas assez fait attention , etsur laquelle nous reviendrons bienlôt. Ce médecin célèbre rapporte les symptômes de cette maladie à unealfeclion du système vasculaire. Le gonflement , le saignement des gencives , l'ouverture des anciennes plaies , les hémorragies de toute espèce les anxiétés, les palpitations , les syncopes, augmentant par le mouvement , sont autant de preuves de celte opinion. Le cœur participe, dit-il, du mauvais étatdes vaisseaux, ctsouvent il est le siège des lésions les plus graves ; il est possible néanmoins que le malade succombe avant que l'état pathologique du système circulatoire ail produit des lésions aussi sensibles dans Je cœur et les vaisseaux principaux que celles qu'on y a trouvées ; mais il est vrai en même temps que ces organes peuvent être assez promptement affectés, et que le trouble qu'ils éprouvent s'annonce m Line quelquefois par lessignes que produisent ordinairement les maladies qui attaquent leur organisation. Lorsque le scorbut est aigu et le sujet pléthorique, la face présente de bo..~te heure cette expression qu'on lui trouve sur les sujets affectés de maladies du coeur; le visage est injecté, le teint est plombé , l'œil est saillant et paraît plus grand que dans l'état naturel ; les lèvres sont tuméfiées et livides j si, à ces symptômes, on ajoute l'état du pouls, la difficulté de respirer, les palpitations, les douleurs dans les régions épigaslriquc et hypochondriaques, l'engorgement des viscères abdominaux , phénomènes qui accompagnent fréquemment le scorbut, ou aura presque tous les signes caractéristiques des lésions organiques du cœur et des principaux troncs vascnlaires. L'absence de la fièvre est un indice certain du défaut de réaction et de contractilité des vaisseaux. Ainsi , selon Kcraudren, le scorbut est un étal angioasthénique, opposé à' l'étàt angiothénique. Il ajoute qnc les muscles ne sont que secondairement aflecle's , et que le système lymphatique n'est pas exempt de lésions dans le scorbut, mais que les gonflemens œdémateux, les infiltrations séreuses, les hydropisies articulaires , les épanchemens séreux qui annoncent le défaut de Faction absorbante, ne sont qu'une suite de l'affection sanguine. 11 e'tait impossible d'aller plus loin à une époque où l'absorption par les veines n'était pas établie. Le rapprochement fait par Kéraudren entre le Fcorbut et l'état général dans la troisième période des maladies du cœur et des gros vaisseaux, est des plus importans, et jette un jour trèsvif sur la nature du scorbut et sur le siège de i'altéralion qui le constitue spécialement.

« Le scorbut, dit Broussais, est un état particulier des solides et des fluides produit par une assimilation imparfaite. Ses causes sont donc multipliées, mais lefroid , le défaut de lumière ,

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Ja tristesse et les mauvais al i mens, gont les principales. L'extra- Vasalion des fluides est un des principaux effets de l'état scorbutique, parce que cette maladie rend tous les tissus fragiles; mais les viscères, et surtout l'appareil encéphalique, résistent plus que les tissus dont le squelette est revêtu. Les phlegruasies s'associent facilement avec le scorbut, mais elles n'en dépendent pas; elles viennent des causes qui les produisent chez tous les hommes : telle est l'inflammation des gencives. Les violences extérieures , les grands mouvemens, les médicamens etlesphlcgmasies, produisent facilement la rupture et la désorganisation des parties modifiées par le scorbut , parce que la chimie vivante est languissante, et la vie dimiuuée chez les scorbutiques. »

Cette théorie, empruntée en partie à Lind et & Milmau , est bien inférieure à celle dc Kéraudren; elle est d'ailleurs entachée de l'ontologie la plus ténébreuse ; le scorbut y est représenté comme un être mystérieux, d'une nature inconnue. Si la chimie vivante n'est pas la vie, qu'est-ce que la vie et la chimie vivante?

Les phénomènes particuliers au scorbut sont la turgescence des gencives, les taches de la peau, les hémorragies des membranes muqueuses, la turgescence des ulcères cutanés et l'exhalation sanguine qui s'y fait incessamment. H y a donc véritablement affection du système vasculaire dans les cas désignés sous ce nom. Des symptômes uon moins conslans sont la gêne de la respiration et la lenteur du pouls, nouvelles preuves de l'affection de. ce système, et qui indiquent que le cœur agit avec lenteur et faiblement. Maintenant il s'agit de décider si cette faiblesse dans l'action du cœur, est le résultat d'une asthénie ou d'une irritation de ce viscère? Problème très-difficile a résoudre, et dans la solution duquel il faut faire entrer Jes nouvelles connaissances acquises sur le rôle que les veines jouent dans la production des hydropisics, sur la phlébite et sur le sang.

Outre les phénomènes particuliers au système vasculaire, on observe chez les scorbutiques des symptômes d'irritation , d'inflammation, d'hémorragie des membranes muqueuses et du poumon. L'affection de ces parties est-elle primitive ou secondaire? Problème non moins difficile à résoudre. Nous pensons qu'en raison des diverses causes auxquelles le scorbut doit de se manifester, et de l'ordre dans lequel elles agissent, elles sont tantôt primitives, tantôt secondaires, sejon que les conditions morbifiques , alimentaires ou atmosphériques, ont prédominé.

Le scorbut est donc une affection complexe manifestée par des symptômes d'asthénie de la peau , de ralentissement dans

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l'action vasculaire, d'itritation des membranes muqueuses , et dans laquelle .l'irritation du système vasculaire à sang uoir, et notamment du cœur droit, joue peut-cire le principal rôle. Les causes du scorbut sont, de l'aveu de tous les observateurs :

i°. L'humidité', froide surtout, la fatigue, l'inaction, la tristesse, la respiration d'un air non renouvelé, l'absence de la lumière;

a°. Les alimens insalubres, à la fois irritans et grossiers, et surtout à la lois sales et corrompus; le régime sec, la privation d'eau , l'usage d'eau corrompue, la privation de végétaux frais, l'usage des liqueurs spirilueuses pour toute boisson.

Le froid seul ne détermine pas le scorbut, mais il favorise l'action d'un régime insalubre. .Rarement une seule cause, si ce u'esl l'humidité prolongée, suffit pour produire le scorbut. Les viandes salées de boune qualité ne le déterminent pas, à moins d'une prédisposition ou d'une humidité concomitante de l'atmosphère. Le scorbut est plus commun sur mer que sur terre, parce que sur mer l'humidité, le mauvais régime et la privation de végétaux frais se trouvent plus sou- . vent réunis et à un degré plus élevé. On a souvent confondu avec le scorbut, sur terre, la dernière période des maladies du cœur et des gros vaisseaux. Le rapprochement entre le scorbut et la fièvre adynaïuique est forcé ; jamais il n'y a dans celle-ci la contracture des membres inférieurs qu'on observe si souvent dans celui-là. Iî viendra sans doute un temps où ce qu'il y a de spécial dans le scorbut, c'est-à-dire l'état du système cardio-veineux sera désigné sous un nom plus convenable, celui de cardio- phlébite par exemple, et où l'on fera l'histoire générale de cet état morbide, soit primitif, soit secondaire ; alors on reconnaîtra ce qu'il y a de vrai, et tout ce qu'il y a d'exagéré dans la théorie d'Eugalenus, qui voyait le scorbut partout, ainsi que le font plusieurs praticiens de nos jours, tandis que d'autres attribuent la plupart des maladies chroniques à la syphilis, cl d'autres à la gastro-entérite.

Rétablir l'action de la peau, accélérer doucement l'action circulatoire, calmer l'irritation des membranes muqueuses

Î[uand elle a lieu, et nourrir convenablement le malade, enfin aire cesser les causes du scorbut, sont autant d'indications qui rentrent les unes dans les autres, et auxquelles satisfont des moyens fort simples , mais que malheureusement on n'est pas toujours libre de se procurer, et que parfois on se procure trop tard. Comme toutes les maladies, mais peut-être plus que toutes les autres, le scorbut est d'autant plus facile ou plus difficile à guérir, qu'il est plus léger ou plus intense. A l'égard du scorbut de mer, il suffit souvcui de meure les scoibu-

tiques a terre, et de leur imposer un régime végétal pour voir se rétablir ceux qui paraissaient le plus affectés; mais aussi on a vu des scorbutiques dont la maladie paraissait peu grave, expirer peu après ou même pendant le débarquement.

Un air pur, chaud et sec, une nourriture facile à digérer, composée d'un mélange convenable de substances animales et végétales: les bouillons de viande fraîche et de végétaux récens ; un pain léger^bien fermenté, bien cuit; pour boisson aux repas, un verre de bonne bière , de cidre ou de vin; un exercice modéré; quelques distractions; des logemens secs et propres; des vêtemens secs et chauds; telles sont les précautions à prendre dans les villes pour prévenir le scorbut. Dachstrom a proposé de cultiver des végétaux sur les remparts des villes assiégées, moj'en qui n'est pas à dédaigner. Nous devons dire ici , que, dans les nombreux sièges des guerres d'Allemagne, le scorbut ne paraît pas s'être déclaré, même dans les places qui, comme Dautzick, ont été bloquées fort long-temps. Cela viendrait-il de ce que le régime des soldats serait mieux ordonné? pendant notre séjour a Dresde, en i8i3, nous n'avons observé aucun symptôme de scorbut, quoique les soldats n'eussent d'autres végétaux frais que des pommes de terre qu'ils arrachaient à l'ennemi. N'a t -on pas souvent mis la dysenterie au nombre des épidémies de scorbut?

Lind fait des remarques importantes sur la prophylaxie et le traitement du scorbut de mer. On a mis, dit-il, en pratique trop tard les méihodes préservatrices, c'est-à-dire lorsque la maladie était déjà formée. Ou a trop compté sur certains remèdes que des médecins avaient recommandés , plutôt par une conséquence de leurs hypothèses, que pour en avoir éprouve' les effets sur mer. Il pose en principe que le scorbut est toujours, soit sur terre, soit sur mer, une maladie accidentelle provenant de causes évidentes, que, par conséquent, en prévenant celles-ci on peut la prévenir. Les officiers n'en sont pas ou n'en sont que très-peu affectés, lorsque les matelots en présentent les plus affreux symptômes; de plusieurs bâlimens allant de conserve, les uns ont des scorbutiques en grau<J nombre, les autres n'en ont aucun. Voulant savoir jnsqu'à quel point on pouvait compter sur divers moyens curatifs, Lind prit douze malades affectés du scorbut, autant que possible au même degré, c'est-à-dire offrant la putridilé des gencives, les taches, la lassitude, la faiblesse des genoux. On leur donna la même nourriture à tous, savoir, souvent du bouillon de mouton frais, d'autres fois du pudding, du biscuit bouilli avec du sucre; à souper, de l'orge et des raisins secs, du riz et des groseilles rouges, du sagou et du vin. Deux de ces malades eurent chacun une piulc de cidre par jour?

deux autres vîngt-cinq gouttes d'élixir de vitriol trois fois le jour, la digestion faite, el un gargarisme fortement acidulé avec cet élixir; deux autres prirent deux cuillerées de vinaigre trois fois par jour , après leur digestion ; leur gruau et leurs autres alimens étaient acidulés avec le vinaigre, ainsi que leur gargarisme; deux autres, les plus affectés, et qui avaient les jarrets retirés, furent mis à 1 usage de l'eau de mer, dont ils Tenaient une demi-pinte par jour, quelquefois plus, selon action de ce moyen sur les selles. Deux autres prenaient deux oranges et un citron ; au bout de six jours ces fruits manquèrent. Les deux derniers prirent trois fois par jour gros comme une noix muscade d'élecluaire composé d'ail, de semence de moutarde, de racine de raifort, de baume du Pérou, et de myrrhe. Tous ces malades avaient pour boisson ordinaire de l'eau d'orge acidulée avec les tamarins; ils furent purgés trois ou quatre fois avec la crême de tartre dans une décoction de tamarins. Tous continuèrent ces divers modes de traitement pendant quinze jours, à l'exception de ceux qui étaient a l'usage des oranges et des citrons. Les malades qui éprouve-» rent le plus prompt soulagement furent ceux-ci; vinrent ensuite ceux qui faisaient usage du cidre, quoiqu'il tirât sur l'aigre. L'élixir de vitriol parut améliorer beaucoup l'état de la bouche, plus que ne le faisait le vinaigre; on remarqua peu d'amélioration pendant les quinze jours sur les malades qui ne faisaient usage ni des oranges ni du cidre. Lind croit que les oranges sont encore préférables au citron. Pour confirmer l'efficacité de ces fruits, il invoque le témoignage de Mead, de F. Russel, d'Anson, de Murray. Il s'élève contre l'idée d'attribuer l'utilité de ces fruits à leur acidité, puisque les acides, el même le vinaigre, sont si peu efficaces. Les oranges cl les citrons ont pour eux l'expérience de près de deux cents ans. Ronsscus, qui a écrit le premier sur le scorbut , en fait mention. La vue de ces fruits relève les esprits abattus des scorbutiques presque expirans, tandis qu'ils ont en horreur les drogues de la pharmacie. Malheureusement il n'est guère possible de les conserver long-temps a bord ; aussi Lind indique un mode de préparation à la faveur duquel on peut conserver le suc dépuré de ces fruits pendant plusieurs années. Prenez deux douzaines de bonnes oranges pesanJt cinq livres quatre onces, exprimez-en le suc, laissez-le reposer, décantez-le ou filtrez-le, mettez-le ensuite dans un vase, dans un bassin de terre vernissée ou de porcelaine, faites-le chauffer au bain-maric jusqu'à consistance de sirop réfroidi, mettez-le ensuite dans une bouteille , et gardez-le pour l'usage ; vous obtenez ainsi environ cinq onces de suc dont le volume n'égale pas celui de trois onces d eau >• de telle sorte que dans une

a63 SCORBUT

bouteille de pinte on peut conserver la partie acide et les vertus de douze douzaines de limons ou d'oranges pendant plusieurs annc'es.

S'il ne s'agissait que de conserver la partie acide de ces fruits, nous avons aujourd'hui l'acide citrique et l'acide tartarique qu'il est eucore plus facile de .conserver et de transporter. Mais Lind prétend que ce n'est pas à l'acide, ou du moins à l'acide seulement qu'ils recèlent que l'on doit attribuer leur efficacité', quoique d'ailleurs, dans toutes les maladies, les acides citrique et tarlarique soient très -préférables aux acides minéraux.

Pour ne pas conserver de préjugés erronés , dit Kéraudren T aur la spécificité de telle ou telle plante , ou de l'un ou de l'autre «les matériaux qu'elle renferme , il serait intéressant de savoir «n quoi réside la propriété des végétaux. Or, les plantes douces, acides, amères, acres, ont une égale efficacité, pourvu qu'elles soient fraîches; sèches ou soumises à l'action du feu, elles perdent leurs vertus. Kéraudren voit dans l'eau de végétation la partie véritablement active des végétaux employés avec succès contre le scorbut. Si on lui objecte que par conséquent tous les végétaux peuvent guérir cette maladie, il est très-disposé à convenir que c'est sûrement le nombre Je moins considérable à qui celle faculté manque absolument. Les navigateurs, en mettant pied à terre, ramassent avec empressement les plantes les plus connues, parmi celles que Je hasard leur offre; toutes justifient l'espérance qu'on en avait conçue. Pendant que Kéraudren était enargé du service de l'hôpital destiné aux canonniers de la côte du sud du goulet de Brest, il faisait chercher dans la campagne de la presqu'île de Roscanvel, les végétaux qui pouvaient entrer dans la confection des sucs aiAiscorbuiiques. Leur petit nombre le forçait à ne rejeter que ceux qu'il devait croire malfaisans, et ses malades s'en trouvèrent si bien qu'il cessa de regretter les herbes potagères qu'il devait recevoir de Brest. Les plantes naturellement sèches, celles qui sont éméliques, purgatives, narcotiques, et nous ajouterons celles qui ont une amertume trop prononcée, doivent être exceptées en pareil cas.

Les végétaux, dit Kéraudren, ne sont jamais plus utiles aux scorbutiques que lorsqu'on ne leur fait éprouver aucune altération , et qu'on les administre tels que la nature les donne ; tous les fruits doivent se manger cruds, et pour les herbes on préférera la préparation la plus simple, comme d'en faire des salades.

Mais les végétaux frais, en abondance, n'empêchent pas le scorbut de se développer à la mer quand l'air est très-humide, et Kéraudren ne croit pas qu'on soit jamais parvenu k

le guérir à la mer, tant que l'atmosphèie a continué d'élve humide. Les guérisons peu nombreuse» que Ton ciio n'eurent î'uu que parce que l'air devint plus sec. il suffit même de l'hu* midilé naturelle au vaisseau pour développer,' entretenir Je scorbut, et s'opposer a ce qu'où eu arrête les progrès. Km ai dren ai vu Je scorbut se développer chez des caoouuiers h terre, non par suite du voisinage de Ja mer, mais par la situation des casernes bâties dans des eufoucemens , cl dont les nuits étaient toujours humides. Nous avons vu le scoibut au- premier degré se manifester un grand nombre de fois, et pendant plusieurs années, sur de jeunes soldats casernes dans des bâtimens humides, et d'ailleurs bien nourris. Les acides augmentaient souvent l'irritation de leurs gencives, et il nous a paru que la bouillie et le laitage, ainsi que la cessation de l'influence exercée sur eux par l'humidité, contribuaient plus k< leur guérison que iesanliscorbutiques du Formulaire.

Desgenettes rapporte qu'en 1793, à la suite d'un hiver froid, nébuleux et humide, pendant lequel Jes troupes françaises, répandues dans lecomté de-Nice, avaient essuyé beaucoup de fatigues sur terre et sur nier , les maladies du printemps furent une sorte de prolongation de celles de l'hiver ; la transition subite du chaud au froid, et l'usage journalier de l'eau de neige fondue pour boisson, donnèrent lieu à une affection qui, chez plusieurs soldats, se porta particulière ment sur la membrane qui tapisse la bouche, l'ariière-bouchey les narines ; les gencives, s'enflaient, s'ulcéraient , et donnaient une suppuration souvent ichoreuse et toujours fétide; la portion des dents ordinairement recouverte par les gencives, les • alvéoles mêmes étaient en parties dénudés : souvent on voyait aussi des ulcères dans l'intérieur de la bouche, surtout aux environs de l'ouverture du conduit salivairc, et sur les bords de la langue même. Le traitement antiscorbutique , vulgaire^ ment employé, causa dans les parties ulcérées une inflammation vive. Le gargarisme antiscoibutique des hôpitaux militaires, dans lequel entre l'esprit aident de/cochléaria, suffisait' pour produire cet effet. On ne conserva donc rien du traitement dit antiscorbn tique, si ce n'est le régime végétal , et on sa1 contenta d'un gargarisme de décoction d'orge avec un pea do vinaigre et du suc de limon , comme détersif des ulcères <Jes ■ gencives et de l'intérieur de la bouche. D'abondantes saliva-tions, d'un caractère assez bénin, ont souvent annoncé la fin avantageuse de la maladif mais dans des cas , a la vérité fort ' rares, on a vu ces salivations devenir sanieuses et d'une fe* lidité insupportable, des pétéchies se manifester, et de fréquentes hémorragies séreuses, ichoreuses et putrides, airn^ nor ia mort.

a7o SCORBUT

Celte épidémie fournit un nouvel argument de fait en faveur de l'emploi des végétaux frais dans Je traitement du scorbut, dont elle offre un exemple remarquable.

La bière, préparée avec les jeunes pousses de sapin, a eto employée parfois utilement dans le cours de celle maladie; c'est une ressource qu'il ne faut pas dédaigner quand on ne trouve pas mieux. La simple décoction des sommités desfeiilles nous paraît préférable a cette bière, malgré l'autorité de Lind.

Les aiimens que Ton donne aux scorbutiques doivent être les meilleurs que l'on puisse se procurer; pour Je choix et la quantité , il faut se régler sur l'état de l'estomac , mieux appré ciable aujourd'hui qu'il ne l'était jadis.

Il faut eu même temps favoriser chez eux la transpiration par la chaleur du lil, dcs frictions doucés et sèches, peul-être par le moyen d'une éluve ; on a retiré quelque avantage des bains de sable chaud ; à l'égard des sudorifiques , on ne doit prescrire que lés boissons chaudes légèrement aromatisées et parfois alcoolisées, quand l'estomac est en état de 1rs recevoir impunément. L'ignorance où nous sommes de l'état réel de l'eslomac dans le scorbut, uous empêche de rien décider à l'égard du vin; mais il résulte de l'expérience la plus répétée que les toniques, les vomitifs, les purgatifs out été ou inutiles ou nuisibles.

L'emploi de la saignée et, en général , des émissions sanguines, est un problème encore insoluble dans l'état actuel de l'observai ion ; oh les a permis daus ie scorbut chaud, défendu dans le scorbut froid; mais ce ne sont la que des mots sans valeur fixe. On s'accorde .généralement à dire que la saiguée est nuisible aux scorbutiques ; ou en disait- autrefois aulani des fièvres putrides ou adynaniiques * avec lesquelles Milman et Pinel lui ont trouvé tant de ressemblance ; peul-êlrc les applications de sangsues sout elles quelquefois, indiquées; mais la théorie n'est pas favorable à ce moyen, car, d'une part, le pouls est petit, et, de l'autre, le sang est naturellement porté à la p au. Le cas de pleurésie ou de gastrite est peut-être le seul où l'on puisse y avoir recours , de même que la saignée n'est guère indiquée que lorsqu'il survient des signes de pueumouie. Attendons k cet égard de nouvelles observations.

La conslipaiiou doit être combattue par le petit-lait, leseaux minérales acidulés, les acidulés; la diarrhée, par la dlèic et les sacheis chauds sur le bas-ventre. i-

Ces mêmes sachets sont uiiles quand on les applique sur les membres, surtout les inférieurs; des bains de vapeur locaux sans doule seraient utiles quand les membres s'endurcissent et se rétractent; à l'égard des gencives , les gargarismes trèsle'gèrement acidulés sont seuls indiqués ; encore faut-il les remplacer par l'eau gommée toutes les fois qu'ils augmeu-

feront la chaleur des gencives? Le cautère objectif est peutêtre le meilleur moyen pour réprimer la végétation exorbitante des ulcères scorbutiques. La compression est souvent avantageuse. On est souvent obligé de recourir aux aslringens les plus puissans, fréquemment jufruclucux d'ailleurs. L'application de la glace est un assez bon moyen pour artêter les hémorragies scoibutiqucs, mais il faut avoir le soin de bien réchauficr les parties voisines. De tous les topiques toniques , le vin rouge chaud et miellé est celui qui nous a paru préférable. Chez tous les scorbutiques affliges par des ulcères, le$ voies digeslives sont malades, et parfois d'autant plus qu'on leur prodigue les médicamens stimulans , excilans, de toute espèce. On ne peut guère espérer la guérison de ces ulcères sans avoir remédié au malaise des voies digeslives, et rétabli les fonctions de la peau. N'oublionspas de répéter avec Réraudren que la chaleur sèche est h la fois un moyeu préservatif et curatif du scoibut. Parmi les remèdes topiques qu'il indique, nous pensons qu'où doit surtout faire des recherches à l'égard des pansemens des ulcères avec le jus de citron, et des fumigations acéleuses contre la tuméfaction des jambes. Relativement aux douleurs ressenties par les scoibutiques, elles nous paraissent ne devoir être soulagées que par la chaleur sèche à l'extérieur, et les rafraîchissans à l'intérieur» Guérir ces douleurs sans guérir le mal lui-même, est un problème insoluble.

SCORSONÈRE, s. f. , scorsonera ; genre de plantes de la syngénésie polygamie égale, L. , et de la famille des chicoracées, J. , qui a pour caractères : calice oblong, imbriqué, à écailles inégales, membraneuses sur les bords et pointues; réceptacle nu } semences à aigrettes scssiles et plumeuses.

Le salsifis noir, scorsonera hispanica , fournit , dans ses racines , un aliment sain, agréable et assez recherché. On attribuait autrefois à ces racines une foule de propriétés qu'on sait maintenant être chimériques, et dont la plus remarquable était celle de favoriser l'éruption de la petite vérole.

SCROFULAIRE, s.' f., scrofularia ; genre de plantes de la diJynamie angiospermie, L., et de la famille des scrofulariées, J., qui a pour caractères : calice court, à cinq lobesj corolle tubuleusc , bilabiée, renversée, à ventre globuleux » renfle, à lèvre supérieure droite et bilobée, à lèvre inférieure plus courte et trilobée; capsule arrondie, bilocuiaire , polysperme.

La scrofulaire noueuse , scrofularia nodosa , et la scrofulaire aquatique , scrofularia aqualicay étaient employées autrefois en médecine. La première, qui a une saveur a mère, avec une odeur nauséabonde, passait pour résolutive, tonique

a72 SCROFULES

et vermifuge; on en prescrivait aussi les racines h l'intérieur, elles feuilles à l'extérieur, contre les hémorroïdes et les scrofules. La seconde était très-célèbre comme vulnéraire ; toutes deux sont entièrement inusitées aujourd'hui.

SCROFULES, s. f. , stntrna, serofula. Ce mot, qui dans l'origine ne désignait crue les tumeurs glandulaires , et notamment celles du cou, a depuis long-temps une acception bien plus étendue, puisqu!on s'en sert pour designer des maladies qui se manifestent dans des parties où il n'existe point de glandes. Qn a voulu distinguer les scrofules, ou la tuméfaction des glandes lymphatiques, de la maladie scrofuleuse où scrqfulose, disposition particulière du système lymphatique aux scrofules. Les scrofules ont été divisées en vraies , fausses , sympatlùques, symplomatiqu.es et secondaires , ou deutéropaihiques.

Les scrofules, dit Celse, sont des tumeurs sous-cutanée» qui semblent formées d'un mélange de pus et de sang, et qui s'élèvent en manière de glandes. Elles lassent ordinairement beaucoup les médecins, parce qu'elles occasionent la fièvre, parce qu'elles ne suppurent pas facilement, et souvent après qu'elles ont guéri, soit par le fer, soit par les médicamens, elles reviennent a l'endroit même des cicatrices, ce qui arrive beaucoup plus fréquemment quand on ne les a traitées que . par les médicamensj ajoutez à cela qu'elles persistent longtemps. Elles viennent principalement au cou et aussi aux aisselles, aux aines et aux côtés ; Mégès assure en avoir vu aux mamelles. On emploie avec succès, contre les scrofules, l'ellébore blanc : il faut le réitérer souvent, jusqu'à ce qu'elles soient dissipées. On applique dessus des emplâtres suppuratifs ou résolutifs. Quelques-uns se servent de caustiques qui rongent ces tumeurs et qui forment une croûte sur le lieu affecté, et lorsque cette croûte est détachée, ils traitent le mal comme un autre ulcère. Quelque méthode que Ton suive, il faut, lorsque l'ulcère est bien délergé , faire exercer le malade et lui donner une bonne nourriture, jusqu'à ce que la cicatrice soit formée.

Sauvages -définit les scrofules, des tumeurs spliériqùes, dures, sans changement de couleur h la peau , indoléhlcs, qui viennent au cou, au mésentère, et entl'autres endroits.

Heberden définit les scrofules cet état du corps dans lequel les glandes lymphatiques st» tuméfient avec peu ou point de d«

au sont

lure situées à l'intérieur du corps.

Pincl ne voit dans k* scrofules que l'atonie du système lym-

phatique , et il a été suivi en cela par Richerand et tant d'autres copistes serviles.

Les scrofules ne sont, selon Hugon, que des phthisies simultanées de la plupart des tissus organiques, principalement de quelques parties du cutané et du niuqueux, des glandes lymphatiques, des os, des orgaues fibreux et cartilagineux; elles sont, dit-il, l'exaspération du tempérament lymphatique, et consistent dans une débilité lente de la tonicité, de l'exhalation , 4e l'absorption , et surtout de la nutrition de l'ensemble de nos tissus . avec une tendance imminente à l'ulcération.

« Les scrofules sont, dit Bioussais, des irritations des tissus extérieurs où prédomine l'albumine du sang; mais comme la

on peut les distinguer par une expression particulière. Celle de submjlammation convient-elle? L'inflammation s'associe à cette subinflammalion, soit comme cause, soit comme effet, et quelquefois l'accompagne dans toute sa durée. La subinflammation des tissus lymphatiques ne se développe primitivement à l'inflammation que dans les pièces qui composent le squelette, et dans les parties molles qui le recouvrent; elle y est déterminée par l'action du froid sur la peau, à la manière des rhumatismes , ou par des irritations accidentelles. Quant aux viscères, ils n'en sont affectés que consécutivement a leur inflammation. Quand l'irritation se communique do la peau subrenflammée aux viscères, elle ne pénètre point dans leurs ganglions lymphatiques sans l'inflammation préalable de leurs membranes. Les ganglions lymphatiques ne se tuméfient, ne s'endurcissent et ne se ramollissent jamais que par l'exaltation de leur irritabilité et de leur contractilité , c'est-à-dire par leur irritation, qui est une des subinflammations. Les tuméfactions d'apparence analogue à celle des ganglions sub-euflammés , mais qui surviennent dans les tissus ou l'on n'aperçoit pas dans l'état sain de glandes lymphatiques, doivent être jugées de même nature que les ganglions lymphatiques développés par l'irritation. Tout cela porte le nom de tubercules. Pendant que les faisceaux absorbans chrouiquement irrités dégénèrent en tubercules, quelques vaisseaux lymphatiques peuvent se dilater par un engorgement passif

Ïtroduil par uuc compression qui fait obstacle au cours de la ymphe. Cet état est aux absoebans ce que les varices sont aux veines. » Une tumeur écrouelleuse , dit-il, est un phlegmon chronique , et. comme telle, elle est susceptible de toutes les terminaisons des inflammations, parmi lesquelles la suppuration est la plus ordinaire.

Aucun de ces auteurs n'a décrit avec soin la maladie sur laquelle ils dissertaient avec complaisance. Pour en trouver

chale

a74 SCROFULES

une bonne description générale, il faut aller la chercher dans les écrits de Baumes et de sou copiste Hufelaud.

Un dit d'un sujet qu'il a la physionomie scrofuleuse quand il a le cou gros et court, les mâchoires plus larges et plus grosses qu'elles ne le sont chez la plupart des hommes, la lèle volumineuse, surtout en arrière, relativement au corps, les cheveux blonds, le visage comme tuméfié, les joues roses, les lèvres peu colorées, la peau blanche, les yeux bleus , la pupille dilatée , la lèvre supérieure épaisse, surtout périodiquement, le nez souvent gonflé, rouge, luisant, douloureux; de l'embonpoint, mais les chairs flasques, mollasses; le basventre saillant, tendu; la dentition tardive, l'esprit précoce, un goût prématuré pour les plaisirs des organes sexuels, un penchant à la masturbation , des relards daus )a menstruation, une menstruation irrégulière, des hémorragies nasales fréquentes, un enchifrenement fréquent, une toux muqueuse répétée, de l'oppression, une respiration bruyante, des excoriations spontanées a la face interne des membres abdominaux, aux aines, sous les aisselles, rebelles aux soins de propreté; de petits boutons croûteux habituels; de l'œdème aux bras, aux jambes, au visage, au scrotum; des sensations douloureuses le long du trajet des vaisseaux principaux des membres, prenant périodiquement, quelquefois avec gonflement sensible; un écoulement blanchâtre par le vagin , sans cause directement ou indirectement relative au coït; des aigreurs, des rapports acides, des selles variables, tantôt trop solides, taulôt trop liquides; tantôt de l'appétit, tantôt de l'anorexie; de l'appétence pour les farineux, pour le pain sec; des vers intestinaux, de îa tension a l'abdomen, des boiborygmes,des spasmes et des coliques, des accès irrégulièrenieut périodiques de frissons suivis d'une chaleur peu forte, avec augmentation ou apparition des aigreurs, de la toux dont nous venons de parler, ou du bruit de la respiration; enflure du ventre, soulagement passager par les purgatifs, et retour avec plus d'intensité.

. A la suite de ces préludes, qui varient K l'infini pour l'intensité, la combinaison et la durée, ou voit se développer les Symptômes des scrofules proprement dits. Ces symptômes sont : la tuméfaction des glandes lymphatiques; des éruptions cutanées de diverses formes, particulièrement à la tête ; des phlegmasies des organes qui conliennent beaucoup de glandes, telles sont l'ophthalmie, l'orgeolet et la fistule lacrymale; des flux muqueux des yeux, des oreilles, des bronches, des voies digestives, avec toux opiniâtre, mauvaise digestion; la tensiou et la dureté du ventre par la tuméfaction des glandes inésenteriques ; des ulcères d'un aspect sale, fournissant un

pus clair, aqueux, floconneux , se cicatrisant et se rouvrant tour à tour, peu douloureux, interminables; des tumeurs lymphatiques, élastiques, sans chaleur, sans douleur; le goitre.

Dans la troisième période, on observe: le carreau, les tumeurs blanches des articulations, la luxation spontanée de l'articulation coxo- fémorale, i'hydropisie, l'hydrocéphale, soit-aiguë, soit chronique ; la phthisie tuberculeuse, le spinaventosa, la carie, le cancer, la consomption abdominale, ou carreau des adultes; le rachitisme, des spasmes, des paralysies, l'hypocondrie, l'épilepsie, la constipation, la diarrhée, la suppression ou l'augmentation des diverses sécrétions , enfin le crétinisme.

Les causes prédisposantes et occasionclles auxquelles on attribue cette effroyable série de maux, sont l'hérédité, caractérisée chez certains enfans par des ophthalmies, des éruptions cutanées, des écouieraens puriformes derrière les oreilles, le pemphigus, des engorgemens glanduleux, le spina-bifida, le sclérème ; l'enfance, le sexe féminin , la faiblesse , la syphilis des parens, l'allaitement artificiel, tous les farineux ,1a bouillie^ les légumes, tels que la pomme de terre , les alimens trop aqueux, amers ; la gloutonnerie, le mauvais choix des nourritures ; un air froid et humide, la privation de la lumière, l'habitation dans les lieux enfermés, dans les vallées étroites; le séjour dans le nord , le long des rivières, les variations atmosphériques, un air chargé d'émanations animales, l'usage prématuré et immodéré du thé et du café ; l'abus des émétiques , des purgatifs et des stomachiques; les fièvres de longs cours dans lesquelles l'estomac et les intestins sont affectés; les coqueluches, toutes les toux violentes, les acides des première* voies , les vers intestinaux, l'abus des narcotiques , les crises incomplètes, contrariées, le défaut d'exercice, la malpropreté, l'abus de la chaleur, le coucher sur la plume, la contention précoce de l'esprit , l'exercice prématuré des parties sexuelles , la masturbation, les affections tristes, le froid excessif, les bains froids, l'époque de la croissance, un accroissement trop rapide, le printemps , les contusions, les plaies , toutes les maladies d'irritation, surtout la variole, la rougeole, la scarlatine, la vaccine, la syphilis.

Tel est le tableau des signes précurseurs et caractéristiques des causes des scrofules, ou plutôt de la maladie scrofuleuse, selon Hufeland qui a suivi Baumes pas à pas en le traçant. Ajoutons qu'on a prétendu que cette maladie était contagieuse, mais que cette idée est tombée en désuétude à la suite de diverses expériences, d'ailleurs assez peu concluantes, mais sans lesquelles on pouvait décider la question.

Lorsque l'on compare ce tableau avec celui de beaucoup d'autres maladies réputées générales , on se demande en quoi il en diffère , et Ton trouve que les seules différences caractéristiques sont d'abord les signes de la prédisposition scrofuleuse, puis les tumeurs glanduleuses, et les ulcères fournissant un pus tout à la fois aqueux et floconneux. Si tous les autres symptômes et toutes les maladies dont nous venons de présenter la série, ont été mis au nombre des phénomènes scrofuleux, c'est qu'on les a observés chez des sujets qui avaient offert ou qui offraient les signes de celte prédisposition ou les ulcères dont nous venons de parler. Nous allons décrire en détail les affections qui viennent d'être éoumérées, et, pour cela, Baumes sera notre guide ; nous examinerons ensuite si tous les signes de la constitution scrofuleuse sont bien caractéristiques ; nous rechercherons jusqu'à quel point on doit considérer comme scrofuleux , c'est-à-dire , comme lymphatiques, toutes les lésions confondues sous le nom de scrofules ; ensuite nous examinerons si le système lymphatique est réellement et toujours le siège des tumeurs et des ulcères scrofuleux, puis si les scrofules sont constituées par l'atonie , ou par l'atonie et l'irritation, ou enfin par l'irritation seulement. Nous énumérerons ensuite tous les moyens propres pôur guérir les scrofules; enfin, nous dirons quels moyens ont paru préférables dans le traitement de ces maladies jusqu'à ce jour.

Le symptôme le plus ordinaire et le moins intense des scrofules est la tuméfaction des ailes du nez, d'un seul ou des deux côtés, et de la lèvre supérieure, avec rougeur luisante, sentiment de tension excessivement incommode , et picotement insupportable ; des gerçures se forment dans ces parties, surtout dans les temps froids et humides.

Une ophthalmie chronique opiniâtre est encor;e un des signes les plus ordinaires des scrofules; la conjonctive est d'un rouge blafard ; il y a peu de douleur, une sécrétion abondante a Heu , des ulcères se forment fréquemment et sont très a redouter.

Le signe le plus caractéristique des scrofules, le seul auquel les anciens aient donné ce nom, est la tuméfaction des glandes lymphatiques péri-maxillaires, trachéiiennes et sousoccipitales. Ces glandes forment, dit Baumes, des tumeurs irrégulières plus ou moins dures, fixes, indolentes, sans changement de couleur à la peau; elles sont situées autour de la glande parotide, sous le muscle masseter, vers le menton, sur les attaches antérieures des muscles digastriques , 'vers les glandes maxillaires, le long du cou latéralement, sur le pharynx et sur l'extrémité supérieure de l'œsophage, sous la peau, au dessous et en arrière des apophyses mastoïdes , enfin à l'occiput , vers l'extrémité des muscles complexus. Le

SCROFULES a77

pouls e$t fréquent, la peau chaude; le sujet est constipe, l'urine est rare et claire, les yeux sont brillans; ces phénomènes d'excitation cessent, et d'autres glandes de même nature se tuméfient. Après un certain temps, il se forme autour de ces tumeurs d'autres tumeurs; les unes plus extérieures, plus apparentes, petites, sphériques ou ovales, molles, un peu élastiques, sous la peati; les autres plus intérieures, plus profondes, molles aussi et arrondies, mais un peu plates, entourées à leur bord d'uii cercle rénitent, et offrant à leur centre une fluctuation obscure.

Ces nouvelles tumeurs s'amoncèlent autour des tumeurs primitives, et les recouvrent en augmentant le volume et la difformité du cou. Elles suppurent plus tard, et déterminent, dans le tissu cellulaire, des délabremens qui rendent les cicatrices fort apparentes. Le pus qu'elles fournissent est sanieux et fétide, tantôt d'un blanc mat et ayant la consistance du pus, tantôt ichoreux. Si ces tumeurs sont nombreuses, le visage est bouffi, les yeux saillans et humides, la Salive abondante. Quand la maladie est très-avancée , les glandes salivaires s'affectent. Les tumeurs primitives se comportent autrement ; souvent elles subsistent dans l'état que nous avons décrit pendant un ou deux ans et même davantage; insensiblement elles grossissent sans cesser d'être fixes ; la couleur de la peau s'altère; ce tissu devient pourpre, bleu ou rose pâle; les glandes tuméfiées s'amollissent ordinairement sans devenir douloureuses, parfois avec douleur, et l'on y sent une fluctuation obscure. Ce ramollissement et cette suppuration sont ordinairement partiels , ce qui ajoute a la difficulté qu'on éprouve pour les reconnaître; peu a peu la peau, colorée comme il vient d'être dît, blanchit par petits placards. Ce tissu se perfore; il s'y forme de petits trous d'où s'écoule une matière plus délayée que le pus phlegraoneux , d'une odeur aigre , qui devient de plus en plus liquide, jusqu'à n'être plus qu'une sérosité visqueuse , entremêlée de petites parties d'une substances blanche qui ressemble a du blanc d'œuf cuit ou a du tait caillé. Pour l'ordinaire, à côté de ces petits trous, il se développe des mamelons fongueux rougeâtres, dont le rapprochement ferme exactement les ouvertures ; quelquefois ce sont des croûtes épaisses, d'un jaune doré et d'une odeur aigredouce, résultat de la concrétion d'une matière muqueuse qui se durcit à sa sortie, et qui bouche ces ouvertures. La matière purulente se ramasse sous ces croûtes , fuse dans le tissu cellulaire, occasione des démangeaisons, forme des clapiers ; lorsque ceux-ci sont étendus, la fièvre lente survient ainsi que la maigreur. Parfois les tumeurs scrofoleus la suppuration, quoique celle-ci ait été<

ulcères ne se ferment pas; ils s'étendent davantage, irrégulièrement; ils se circonscrivent bientôt et se creusent ; leur» bords, qui d'abord étaient plais, souples, évasés, sans végétations , quoique croûteux , se rapprochent, deviennent calleux , et se montrent quelquefois sous l'aspect d'une fistule. Si ces ulcères se cicatrisent en tout ou en partie, ce n'est

Sue passagèrement; tôt ou tard ils*se rouvrent, a moins que , ans le voisinage, il ne se forme une tumeur ou un ulcère. H n'est pas rare de voir les tumeurs , les ulcères et les cicatrisations alterner jusqu'à ce qu'enfin la tumeur primilive ayant disparu, la cicatrice soit définitive ; elle est indélébile, pâle , souple, ordinairement ridée, souvent multiple.

Les tumeurs scrofulcuses du cou, en comprimant les vaisseaux, déterminent, selon Baumes, des signes de pléthore de la tête. Ces signes ont en effet Heu; mais proviennent-ils réellement de celte compression? Cet auteur s'attache aussi a différencier ces tumeurs d'avec celles qui sont le résultat de l'inflammation des glandes salivaires ou du tissu cellulaire voisin , développée sous l'influence du froid , de la compression, de l'inflammation de la peau, d'une odontalgie, delà scarlatine, de la teigne muqueuse, qu'il appelle tumeurs scrofulifotmes.

Après ou sans avoir affecté les glandes lymphatiques péricervicales, cervicales et occipitales, l'inflammation scrofuleuse se manifeste quelquefois dans les glandes sous-clavières, susscapulaircs et surtout axillaires. Ces dernières se montrent alors sous forme de tumeurs plates, isolées, profondes, qui croissent peu à peu en tous sens, s'unissent et ne forment ensuite qu'une masse sans douleur, sans chaleur, sans coloration; le bras finit par se tuméfier, s'œdématier; de la chaleur cl de la douleur se font, sentir sourdement dans la tumeur; une suppuration opiniâtre s'établit, le tissu cellulaire se détruit, le pus fuse sous les muscles pectoraux, les glandes ne se détruisent pas; quand le tiraillement a disparu, elles forment de petites tumeurs isolées, plus dures, plus inégales qu'auparavant ; quel-

3uefois cependant elles s'ulcèrent elles-mêmes; quelquefois es douleurs se font sentir dans la partie latérale de la poitrine, par l'effet de l'inflammation du tissu cellulaire souspectoral ; quelquefois, à la suite de l'engorgement du bras, les os de l'articulation huméro-cubitale se carient.

Rarement les glandes et les vaisseaux lymphatiques mammaires s'affectent; cependant Bierchen a décrit, sous le nom de carcinome scrofuleux de la mamelle, une tuméfaction, une induration, une Ulcération de cet organe, ayant un aspect JucreUx ct-^e la ressemblance apparemment avec le cancerfxe> dèwjtçWs ont alors lieu daus l'appareil lymphatique

silué sous la face postérieure de la mamelle, à l'endroit où elle adhère au muscle grand pectoral. Ce carcinome est, diton, moins dur que le cancer véritable, peu douloureux alors même qu'il esta son plus grand développement; mais, a cette époque, il revêt un aspect tout particulier; la mamelle devient livide, se durcit, s'aplatit, ou bien se resserre vers les cotes en formant un sillou profond. Quelquefois ce carcinome fournit un pus trèj-louable, d'autres fois un ichor noir et fétide; plusieurs nodosités s'ouvrent , suppurent , se cicatrisent; ces ulcères sont biancs et comme du lard ; d'autres sont * rouges et fongueux ; ils résistent à la cicatrisation , ou conservent des croûtes dures et sèches ; quand on les extirpe , ils reparaissent.

Les glandes lymphatiques péri-bronchiques et intra-pulmonaires peuvent s'affecter chez les scrofuleux; ce sont ces dernières qui, selon Baumes, forment les tubercules du poumon. Toutefois cet auteur , en admettant que la phthisie peut être scrofuleuse, uie que la vraie phthisie soit par essence de cette nature. Dans l'état actuel des doctrines régnâmes, Broussais est le seul des dogmatiques qui considère l'a phthisie pulmonaire comme une affection lymphatique du poumon. La maladie scrofuleuse a donc paru, jusqu'à un certain point, un de ses plus importans attributs. Nous avons dit que Hugon «e voit dans ces scrofules que des phthisies.

Baumes admet que le corps thyroïde puisse être compris ou comme étouffé dans une tumeur scrofuleuse, mais non que Je goitre soit essentiellement scrofuleux. A l'égard du thymus, il répète , après Lieutaud , qu'on a trouvé cet organe squincux , pierreux, très-volumineux, et il dit que les affections, rarement primitives , du thymus , donnent lieu aux phénomènes de la phthisie pulmonaire.

Les glandes lymphatiques qui avoisinent l'œsophage venant à se tuméfier, il peut en résulter une dysphagie des plus cruelles dans le diagnostic, ce qui est impossible quand il n'existe * pas d'autres tumeurs scrofuleuses chez le sujet. On doit, à plus forte raison , reuoucer à reconnaître, pendant la vie, le gonflement des glandes lymphatiques qui existent dans le voisinage de l'estomac, près du pylore, a la concavité du foie et de la rate, sur le poumon, le long des vaisseaux lombaires. Dans le foie, l'affection des glandes qu'il récèle donne lieu , selon Bordeu et Baumes, aux diverses altérations organiques dout nous avons parlé à l'article concernant ce viscère. On ne sait rien sur les scrofules de la rate cl du pancréas. Nous avons trouvé ce dernier squirreux chez un sujet dont toutes les glandes lymphatiques abdominales était ut squirreuses, ou du moins volumineuses, blanches et fort dures. Dans les

ganglions mésentériques , l'affection scrofuleuse constitue le Carreau.

Les glandes lymphatiques de la région inguinale, crurale, poplitée, sont rarement affectées ; quand elles forment des tumeurs, elles offrent les mêmes phénomènes que celles des

S landes cervicales, et les ulcères qui les accompagneut olfrent es caractères semblables.

Baumes regarde l'induration hlanche des membranes séreuses comme un effet de l'affection scrofuleuse ; de là il déduit la nature scrofuleuse de l'hydrocéphale, opinion abandonnée.

On ne s'est pas borné à ranger parmi les scrofules les affections que nous venons de décrire, on y a encore placé la carie, avec ou sans gonflement, des os de la pommette, des phalanges, des doigts, du calcanéum> des autres os du métatarse et du métacarpe, des vertèbres et des os ou parties d'os qui forment les articulations, enfin I'arihrocace, le spinaventosa et l'inflammation des vertèbres; et pour cela on s'est fondé sur la nature du pus et l'aspect des ulcères qui résultent de ces maladies chroniques des os. On commence à moins s'occuper de la nature prétendue scrofuleuse de ces maladies, parce qu'on s'occupe davantage de leurs phénomènes. Faudra-l-il aussi examiner sérieusement s'il y a des scrofules du cerveau, des amygdales, des intestins, des organes génitaux, de la graisse, du tissu cellulaire, du sang? Faut-il examiner sérieusement si le rachitis, la goutte, sont de nature scrofuleuse?

Il se manifeste primitivement à la peau des ulcères semblables à ceux qui s'établissent à la suite de tumeurs supputées des glandes lymphatiques sous-cutanées. C'est surtout aux jambes qu'on les voit paraître.

Alibert distingue deux espèces de scrofules : la vulgaire èt Y endémique ; la première est subdivisée en glanduleuse^ articulaire, cutanée et vascnleuse ; la seconde en rhumatismale , racfûtique et crélinique. Il décrit de la manière suivante la variété cutanée: elle se montre, dit-il, le plus souvent au nez, elle corrode successivement tous les cartilages, elle envahit parfois tous les tégumens de la face; il se déclaré quelquefois une énorme quantité de pustules dont la configuration est moins prononcée que celle des pustules syphilitiques ; elles affectent communément une couleur d'amaranlhe ou de Rede-vin; rangées par traînées ou par séries les unes à la suite des autres, comme les grains d'un chapelet, tantôt elles s'àgl ornèrent par groupes inégaux et irréguliers, tantôt elles forment des segmens de cercle h bords proéminens et relevés , dont le centre va toujours en s'elargissant, comme cela s'observe dans la dartre fuifuracée. Les unes se recouvrent d'é-

SCROFULES *%i

cailles légères ; les autres sont surmontées par des croûtes épaisses, tuberculeuses et sillonnées a Irur surface. Presque toujours les parties où résident ces pustules sont sensiblement tuméfiées; la face surtout est atteinte d'un boursouflement rougeâtre et érysipclateux.

Baumes admet non-seulement un virus Scrofuleux station» naire, c'est-à-dire fixé primitivement sur la partie où se montrent ses ravages, mais encore un virus scrofuleux métastatiquc, c'est-h-dire comme porté par fluxion sur le lieu qui devient le nouveau théâtre de la maladie. Il résulterait de 1k que les scrofules no seraient pas une maladie générale, car si elle était générale dans son essence , et locale seulement en apparence, comment faire entrer la notion de métastase dans la théorie de cette affection?

11 résulte de tout ce tableau qu'on a donné le nom de scrofules aux irritations, aux inflammations rarement aiguës, toujours obscures* oïdinaircmcnt chroniques, des ganglions et des vaisseaux lymphatiques; que Ton a étendu cette dénomination anx inflammations toutes obscures de parties où Pexistencc de ces ganglions, de ces vaisseaux est douteuse, et même de parties où il n'en existe pas, soit par suite de ressemblance dans le pus ichoreux, soit à cause des bords minces et décollés de la peau, soit seulement en raison de la lenteur de ces inflammations. Ce qu'on appelle scrofules métastatiques n'est rien autre chose que les irritations qui sticcèdent à la disparition d'irritations lymphatiques ou réputées telles. Il faut sans doute, et dans tous les cas, tenir compte de l'affection qui a cessé, mais sans remplir par l'hypothèse d'un vice, et moins encore d'un virus, le vide que l'observation laisse entre cette maladie et celle qui a paru après elle. C'est là le nœud gordien de toutes les maladies réputées générales. Elles ne paraissent telles que lorsqu'elles ont duré long-temps, et encore même alors elles ne sont pas générales, dans le sens de Ce mot. C'est une étrange erreur de prétendre qu'il y a maladie générale chez un sujet dont les ganglions lymphatiques cervicaux sont seuls affectés, parce que la plupart des tissus se détériorent quand, en pareil cas, la maladie dure de longues années. Parce que la maladie a d'abord été lymphatique, on veut qu'elle le soit toujours et partout ; c'est comme si on voyait une cystite dans tdiis les organes d\m vieillard qui succombe sous l'influence d'un catarrhe chronique de la vessie. Vous nie* donc l'atonie générale et le mélange de faiblesse et d'irritation què, de tous lempsyon a Observé dans les scrofules? Je ne nre rien , mais quanti on voit un organe se tuméfier, faire éprouver une dôulrur sôrtrdc, mais réelle, puis s'enflammer évidemment , qui peut méconnaître h ces

s>8a SCROFULES

Iraits une irritation, puis une inflammation? La faiblesse de» muscles est une circonstance de la maladie : elle n'indique point que la faiblesse absolue ou générale en soit l'essence; et d'aill leurs on indique comme signes de la diathèse scrofuïeusc tous les signes de l'excitabilité prononcée du cerveau, et d'une circulation très-active à la peau.

En somme, jusqu'à ce qu'on puisse rayer le mot de scrofules du vocabulaire médical, il ne faut entendre par là que l'irritation, l'inflammation, ordinairement secondaire, parfois primitive, des vaisseaux et des ganglions 1 ympbatiques.

On a dit que le vice scrofuleux pouvait se compliquer avec le vice rachitique, le virus syphilitique, le virus scorbutique, l'acrimonie dartreuse, les fièvres putrides, les virus variolique , rubéolique, la coqueluche : que doit-on enteudre par la? que les inflammations lymphatiques peuvent venir compliquer ces maladies ou leur succéder, mais qu'il serait absurde de voir cette liaison autrement que dans les phénomènes qui caractérisent ces diverses affections, par exemple dans des états chimériques des humeurs, ou dans l'introduction d'êtres non moins chimériques.

La maladie glandulaire des Barbades et l'endurcissement du lissu cellulaire sont considérés, non sans raison , par Baumes, la première comme l'état aigu d'une affection dont les scrofules seraient l'état chronique, et la seconde comme l'elfe t d'une condensation des sucs albumineux sous-cutanés, ce qui est moins rationnel , sans qu'on puisse nier l'analogie de cet état morbide du tissu cellulaire avec celui de ce même tissu dans la maladie des Barbades. Voyez éléfhantiasis, lymphatique et sclérème.

On a prétendu que toutes les causes des scrofules étaient débilitantes. Broussais a solidemeut réfuté celte erreur. Baumes a du moins admis que le développement spontané des scrofules était rare. L'introduction du brownisme dans la théorie des scrofules a fait méconnaître l'influence évidente d'une grande partie des causes de ces affections, que les partisans de Tacidiié scrofuleuse avaient très-bien remarquée : c'est ainsi que les dogmes hypothétiques font reculer l'observation ou la défigurent. Une considération importante, c'est que les scrofules se développent plus souvent sous l'influence d'un froid humide sur la peau, combinée avec celle des excitans nutritifs et médicamenteux sur la membrane digeslive , que par l'action de toute autre cause. Les scrolules sont aussi du nombre des maladies qui peuvent se développer sous l'empire des inodificatçure habituels de l'organisme , sans aucune circonstance frappante dans* l'action de ceux-ci, pour peu qu'il y ait une forte prédisposition chez le sujet, et qui, par là,

semblent se développer sans causes. Faute d'avoir reconnu le coucours des prédispositions et des simples excitations normales, on a été conduit à supposer des vices inhérens au corps, des virus spontanés inhérens aux humeurs. Ce qu'on prend pour des vices n'est que la spécialité individuelle, qui ne saurait être regardée comme une maladie, aussi long-lemps qu'il n'en résulte aucun symptôme, aucune altération d'organes; autrement il faudrait dire que tous les hommes sont malades, alors même qu'ils se portent le mieux.

En jetant un coup d'oeil sur les phénomènes des scrofules, nous y voyons tous les symptômes de l'irritation dans toutes ses manifestations, mais surtout dans ses formes lentes, et moins que dans tant d'autres affections inflammatoires chro niques , des signes d'affaiblissement , si ce n'est dans la dernière période de la maladie, lorsqu'elle a déterminé de nombreuses ou profondes affections sympathiques des viscères.

Le pronostic des scrofules est souvent fâcheux , cl d'autant plus que l'on abuse des irritans à l'intérieur et localement. Les tumeurs formées par les ganglions lymphatiques restent 2 des mois, des années, dans l'indolence, ou du moins sans faire éprouver autre chose que de la gène et un fourmillement à peine sensibles. Assez souvent cependant , elles suppurent , et., dans le plus grand nombre des cas, elles se cica'trisent après plusieurs mois, un an ou davantage. On a dit trop généralement que la puberté n'exerçait point d'influence sur la marche des scrofules; c'est au contraire le plus petit nombre des jeunes gens qui s'en voit affecté au delà de cette époque; la mort par les scrofules externes n'est pas très-fréquente, et rien n'est plus commun que de voir des sujets d'un âge plus ou moins avancé porter des cicatrices d'ulcères lymphatiques. Passé l'âge de ia puberté, c'est la poitrine ou les articulations qui s'affectent; mais déjà on ne regarde plus la phthisie pulmonaire ou pleurétique comme scrofuleuse, et les maladies des articulations sont infiniment moins communes que les scrofules proprement dites. La mort n'a lieu , dans les scrofules en général, que lorsqu'un viscère s'affecte sympathiquement, ou lorsqu'une articulation fournit une suppuration abondante et permaneute.

On n'a pas d'ouvertures de cadavres nombreuses et bien faites de sujets morts dans ce qu'on appelle la cachexie scrofuleuse, ou par suite d'affections lymphatiques multiples. Salmade a fait le tableau suivant des altérations organiques trouvées chez les scrofuleux : « On remarque ordinairement, entre les méninges, les circonvolutions cl les anfracluosités du cerveau , une exsudation du fluide lymphatique. La substance de ce viscère paraît plus serrée et plus compacte; les veulri-

eu les sont communément dilates et abreuvés de cette séroFi'tr. Le pleius choroïde est gorgé et rempli d'h>datides, la memhraoe qui tapisse riutéHeur des ventiicules latéraux est presque toujours parsemée d'une matière glutineuse. Le médiaslin est plus difficile à déchirer; le tissu cellulaire y est plus dense , et plein d'une matière semblable h du suif épaissi. Le thymus est communément rempli de concrétions blanchâtics; on trouve un épa richement séreux dans Ja cavité du thorax. Les poumons souvent adhèrent à la plèvre, de manière qu'il n'est pas possible de les séparer sans les déchirer : on aperçoit dans celle-ci des concrétions membrani formes. Quelquefois les lobes sont tuberculeux , et les tubercules égalent la grosseur d'un marron ; d'autres fois ils sont en suppuration, et communément squirreux ou carnifiés; le pus qui s*en écoule est blanchâtre et granuleux. Les glandes placées dans la division des bronches, et qui se continuent dans l'intérieur du poumon , tantôt sont dures et squinheuscs, tantôt contiennent une matière terreuse et blanchâtre. Toutes les glandes thoiaciques, pericardincs et œsophagiennes, etc., sont engorgées et tuberculeuses. Le péricarde renferme plus de liqueur qu'a l'ordinaire, et d'un jaune foncé. Le sang ayant perdu beaucoup de sa couleur, le cœur est pâle, flasque, et n'a pas le volume ordinaire, comme tous les muscles en général. L'épiploon renferme ordinairement des concrétions graisseuses de la consistance de la cire, ou bien des hydatides remplies d'une matière lymphatique. L'œsophage est rétréci ; plusieurs fois l'estomac est maléficié, et ses membranes ont acquis l'épaisseur d'un doigt; parfois son volume n'égale pas la capacité de J'iulestiu duodénum, il offre au scalpel la même résistance qu'un corps calleux, et Je pylore est presque entièrement oblitéré; les glandes mésentériques, mésocoliques, gastro-épiploVques, hépatiques, pancréatiques et spléniques, lombaires, hypogastriques et iliaques externes, offrent des engorgememens ovoïdes dont la grosseur est plus ou moins considérable. Plusieurs de ces glandes sont dures, rangées en peloton , et prêtes a s'abeéder ; d'autres contiennent une matière plâtreuse; d'autres sont squirrheuscs , ou rougeâtres et comme carnifiées. Le foie est presque toujours plus volumineux, d'un gris plus blanc qu'à l'ordinaire et friable. La vésicule du fiel est gorgée de bile d'un vercl très-clair et très fluide. La rate n'éprouve pas beaucoup d'altération ; quelquefois elle contient des matières blanchâtres commue du lait caillé ; quelquefois des matières grisâtres. Le pancréas est squirrheux, et renferme de petites pierres calcaires. Le càua 1 thoraciqueest engorgé et contient une matière crétacée. Là matrice est quelquefois racornie au point que sa cavité n'cXeèdc pas celle d'un pois-

Il n'est pas rare que les ovaires soient squirrheux el augmenta considérablement de grosseur. La graisse qui environne les reins est comme lardacée ; les autres viscères ne présentent ordinairement rien de remarquable. Les glandes de la téie et celles des jugulaires, les glandes axillaires et celles du bras, les glandes inguinales et poplilées, sont de même iroubl^Qs dans leur structure organique. »

Une particularité digue de remarque, cYst que, si le régime animal de mauvaise nature et exclusif, et l'humidité donnent lieu au scorbut, l'humidité et le régime vegét,*! de mauvaise qualité et exclusif dispose aux scrofules.

Ce tableau qui rappelle les temps bai Lares de banal omie pathologique, n'est d'aucun secours pour l'apprécia lion de la nature des scrofules. Il est à désirer qu'un habile analomisle décrive avec soin l'état des ganglions lymphatiques daus toutes leurs altérations morbides apiès la mort; il faudra faire des expériences sur les animaux vivans , examiner avec soin les ganglions lymphatiques que l'on extirpe avec les tumeurs squirr lieuses et cancéreuses.

S'il y a peu de maladies qui résistent plus opiniâtrement , dit Baumes, que la maladie scrofuleuse aux efforts de la médecine, il y en a peu néanmoins pour lesquelles on ait vanté un plus grand nombre de remèdes; toutes les drogues les plus activas, tous les médicamens chimiques reconnus pour avoir le plus de prise sur Je système animal ont été passés en revue , et une grande partie ont été célébrés pour leurs propriétés auiiscrofuieuses ; un bien petit nombre cependant ont conservé quelque réputation , que des médecins très-cclairés regardent même comme peu méritée. Malgré ces réflexions fou sages, voici la méthode qu'il propose : pour combattre, détruire le vice scrofuleux, et prévenir ses effets, il recommande la limaille de fer, l'oxide jaune de fer, le larlrate de fer, le nui* riale d'ammoniaque martial, l'élher martial, Ja garance* lesabsorbans et les alcali i, le carbonate de potasse, l'eau de chaux et le savon. Afin d'écarter les conditions nécessaires au développement du vice scrofuleux, il conseille les bains , les lavages, l'immersion dans l'eau froide, un doux émétique réitéré de temps eu temps ; l'extrait des plantes amères combiné avec celui des plantes antiscorbutiques, ceux d'absinthe , de gentiane, de lumeierrc, de cresson , de cochléaria, et surtout les extraits secs et mous de quinquina. Dans l'intention d'éviter ou de corriger les causes qui influent sur le développement et les progrès du vice scrofuleux, il recommande de changer d'air, on du moins de se déplacer assez pour en respirer uu plus pur et un plus sec ; employer les moyens convenables pour le rendre chaud et moins humide; dégager des vapeurs aromatiques; assainir

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et rendre propres les habitations , leur ouvrir des fenêtres pour y faire pénétrer la lumière, et y renouveler l'air quand on ne peut en changer; promener le sujet au soleil , pratiquerdes frictions sèches sur le corps, porter des vêlemens de laine, remplacer le lait d'une mère scrofuleuse par celui d'une nourrice douée d'une bonne constitution sanguine, s'il se peut, ou par celui d'un animal, ou du moins soumettre la mère à un régime et un traitement convenables, afin de rendre son lai t médicamenteux ; ne pas borner l'enfant pendant trop long-temps à l'allaitement; donner de bonne heure des panades aromatisées et même vineuses; insister sur l'usage de la carotte, des uavels , de la scorsonère, du salsifis, du chervis, des choux, des oignons, des poireaux , du cerfeuil , de la roquette, de la moutarde, du mouton, du bœuf, des êcrevisscs, des fruits rouçes d'été, des châtaignes, du chocolat, du café; combiner les iarineux avec les œufs, la viande et les herbes appropriées; donner ces alimens avec sobriété et mesure; boire de l'eau très-pure, du bon vin, et, par intervalle , une infusion aqueuse de graines de genièvre ou une décoction de racines de persil , de fenouil , d'asperge , de céleri ; prendre de l'exercice, exercer les muscles selon l'âge , faire des frictions, voyager, naviguer, ne pas dormir trop long-temps , coucher sur la dure; favoriser les excrétions par des évacuans relatifs; user de linge blanc, le parfumer avec les baies de genièvre ; se marier de bonne heure, l'observation ayant appris que les enfans des scrofuleux, au premier degré, sont plus sains que ceux des scrofuleux au second ou au troisième; se livrer a la gaieté, éviter le chagrin. À ces moyens, Hufeland ajoute les bains lièdes, les antispasmodiques, les narcotiques, afin de calmer l'irritation des organes affectés, et de résoudre le spasme qui empêche le libre exercice des fonctions. 11 faut , dit Baumes, que le praticien sache que les débilitans et les vrais caïmans, maniés avec prudence et habileté, peuvent quelquefois préparer et même hâter la guérison des scrofules ; venant ensuite à la méthode curalive , il recommande pour liquéfier et adoucir la lymphe et résoudre l'engorgement des glandes, les préparations d'or, celles du mercure, par exemple , les frictions faites dans la bouche avec le muriate de mercure doux quand les glandes du cou sont affectées, et dans l'ophthalmie scrofuleuse ; les frictions avec l'onguent mercuriel sur les bras quand les glandes axillaires inférieures sont affectées; les sels mcrcuriels à l'intérieur et les laveraens mercurieis quand les glandes mésentériques sont affectées ; les frictions avec l'onguent mercuriel sur les extrémités inférieures, ou d'onguent de muriate oxigéné de mercure sous la plante des pieds quand les glandes inguinales sont malades; les fumigations mercurielles ou les bains anlisyphilitiques deBaurcè

quanti les glandes éparses dans le lissu cutané paraîtront l'exiger ; les préparations insolubles de mercure quand les glandes sont dures et indolentes , et, par exemple, les pilules de Belloste, le muriate doux de mercure, et le carbonate de mercure ; les frictions mercurielles quand on a déterminé une soi te de travail dans les parties malades, surtout en y joignant les bains de mer, les bains et les boissons d'eaux minérales chaudes et sulfureuses; le muiiatc oxigéué de mercure quand les tumeurs sont ulcérées ou sur le point de l'être , surtout quand l'affection scrofuleuse est la suite de la variole ; le mercure quand l'affection scrofuleuse est compliquée de syphilis, pourvu que les scrofules soient a leur première période, qu'il n'y ait pas d'inflammation, et que le siège ne soit pas doué d'une irritabilité générale que le mercure augmente cruellement, dit Baumes. Le mercure 113 doit être donné, dans la seconde période, qu'en y joignant l'usage des toniques, àj# fortifians; il convient mieux aux montagnards qu'aux citadins. Le sirop de Bellel tant vanté ne paraît être actif que parce qu'il contient du nitrate de mercure alcoolisé ou combiné avec l'éther nitrique. Aux préparations qui viennent d'être indiquées, Baumes ajoute le mercure gommeux de Pîenk, le remède altérant de Plummer, et l'eau de mercure de Theden. Il loue l'union du mercure, du fer, de l'opium, de la ciguë, de la jusquiame. Au reste, on n'oubliera pas , dit-il , que le mercure fait cesser les accidens scrofulcux sans guérir la maladie.

Outre l'or et le mercure, il indique, comme fondans de la lymphe, le sulfure d'antimoine, le tartrate antimonié de potasse seul, a petite dose, ou mêlé avec les yeux d'écrevisses , l'oxide d'antimoine hydro sulfuré rouge, le muriate de mercure doux trituré avec l'oxide d'antimoine hydro-sulfuré rouge et le camphre , le sulfure antimonié de mercure noir ; l'oxide d'antimoine sulfuré orangé , l'élhiops antimonié, l'acétate de potasse antimouial; ce qu'il y a de curieux, c'est que, selon Hufeland, l'antimoine en substance a ses avantages, surtout quand l'estomac est irrité, quand les préparations ordinaires occasionent des nausées et des vomissemens, quand l'estomac est très-relâché. Le fer est moins favorable pendant qu'avant les scrofules, à moins que Ton n'administre les eaux minérales ferrugineuses. Le soufre u'est pas dénué de vertus, administré par une main prudente; il est préférable dans les eaux minérales. On a employé avec succès la magnésie pure, l'eau de chaux, les alcalis fixes, l'ammoniaque, les sulfates de potasse cl de soude, le muriate de soude, l'acide boracique, les carbonates de potasse et de soude , le muriate et le carbouale d'ammoniaque, le nitrate et le. muriate de chaux , le sulfate , le nitrate et le muriate de magnésie, l'éponge, le fucus et le

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\arec calcinés, le muriaie de baryte", les acétates de potasse, de soude et d'ammoniaque, le tartrate de soude potasse'.

Dans le règne végétal, Baumes indique comme antiscrofuleux : la filipendulc, la cynoglossc , la petite chélidoine, le dompte- veum , le boucage , le graleron, la valériane, le polypodc, la saponaire, l'arrête - bœuf, la fougère mâle, 1& squine, le ruéchoacan, les capillaires, la petite saxifrage, le pissculit, la rue, le cresson, l'herbe aux cuillers, le cerfeuil, ]e tussilage, la petite marguerite, la germandr^e, la grande scrofulaire, le xantiuni, le glaïeul, le soi go, le souci, le le chardon à bonnetier, la grande ortie puante, le pêcher, le prunus padus, le noyer, l'arnica, la globulaire cordi forme , la digitale, la clématite , la douce-amère, la camomille, la graine de coriandre, la uoix de ben, les glands du chêne, l'écorce d'orme pyramidal , le quinquina , le sassafras , l'toclvella acaulis, le ruarrube, la velvote, la coquelourde, la ciguë, l'opium, l'aconit, la scammonée, la gomme ammoniaque , la résine de gaïac, la myrrhe , la digitale.

Dans la seconde période des scrofules , il ne s'agit plus de fondre la lymphe; il faut, dit Baumes, nourrir les malades avec les carottes , les concombres, les végétaux frais des jardins en un mot , en y entremêlant de temps en temps 1» viande de boucherie, la volaille et le gibier; le laitage est alors utile. A l'égard des remèdes , il faut préférer le quinquina , l'eau de goudron, la garance, les ferrugineux, les lézaids, lu tisane de Felz, la tisane depuratoire de Vigarons; on peut se bien trouver, ajoute-t-il, d'un mélange de soufre sublimé, de tari rate acidulé de potasse et de thériaque, ou de quinquina.

Si le lecteur n'est pas las de lire , je me lasse d'écrire un pareil farrago , monument hideux de l'empirisme le plus rebutant. Ce n'est pas qu'on doive blâmer Baumes d'avoir présenté en détail ce dédale de la pharmucomatiie aiitiscrofulcuse , mais il aurait dû y porter le flambeau de la critique. Mais ce n'est pas tout; ce qu'on vient de lire n'est que le traitement général; reste à exposer celui des tumeurs «crolulcuses. Ici reparaissent toutes les substances que uous avons nommées ; plus, un grand nombre d'autres, et notamment 1rs purgatifs et les sudorinques. A l'égard des topiques, il indique, par ordre chronologique, la chaux vive mêlée avec le miel, la, cendre de l'écorce de saule, l'ongnent d'essence de mastic et de poivre, celui de benjoin, de térébenthine el de cire , le savon dissous dans l'eau de chaux, l'emplâtre dégomme ammoniaque el épipastique, l'acide muiiatique térébenthiné, le baume de vie externe de Plenk, l'emplâtre de savon, l'emplâtre de gomme ammoniaque, de sagopénum , de vinaigre et d'antimoine ci u , l'ammoniaque liquide , l'asa-fcetida , l'acétate d'am-

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moniaque, le romarin pilé, l'infusion de tabac, la mumie minérale de Poterius, le suc caustique de l'anacarde, le suc de concombre sauvage , de la racine de flambe de rivière , des vésicules du chêne marin, la racine fraîche pilée du pain de pourceau , ou celle de bry one , l'écorce de la racine de mandragore, les feuilles vertes de noyer , d'aulne , la fiente de pigeon, les emplâtres de ciguë, de belladone, le sulfate calcaire chaud, la peicussion répétée avec un linge mouillé, le cautère objectif.

t,)ui a pu conduire à prodiguer ainsi les excitaos internes cl externes les plus vioîens dans le traitemeut d'une maladie qui, le plus ordinairement, cesse d'elle-même, à la vérité après une très-longue durée? L'impatience des malades d'une pari, et de l'autre l'idée de rendre la maladie aiguë et douloureuse dans l'espoir de la guérir en peu de temps. Baumes ne dissimule pas que le traitement antiscrofuleux doit être mitigé dans plusieurs cas; plus, dit- il, les tumeurs scrofuleuses sont anciennes, et plus il est permis d'insister longtemps sur les fondans actifs; au contraire, plus les tumeurs sont promptes a s'enflammer et à s'ulcérer, et plus il faut être modéré sur l'administration des fondans, ou ne donner que les moins incendiaires. C'est dans cette dernière circonstance, ajoute-t-il, que l'application, même réitérée, des sangsues sur les glandes tuméfiées et irritées, devient nu puissaut secours , surtout quand le sujet est un peu sanguin , et lorsque l'inflammation locale eXerce une action marquée sur tout le système vital. Pujol conseille d'abandonner les moyens excitaus lorsque les engorgemens scrofulèux internes ou externes se chargent de phlogose et d'inflammation, lorsqu'ils se trouvent dans un état de fonte et de suppuration , lorsqu'ils affectent une dégénération cancéreuse, lorsqu'ils sont convertis en ulcères rebelles. 11 recommande, dans le premier cas, la diète légère, douce et rafraîchissante, les boissons adoucissantes, tempérantes et mucilagineuses, le petit-lait surtout, les bains et demi-bains modérément chauds, la saignée, qu'il faut ménager sans doute, dit-il , mais qu'il ne faut pas omettre facilement, et qu'on doit même savoir prodiguer, puis les ventouses scarihées dans le voisinage du mal.

L'inflammation scrofuleuse des paupières et des yeux, disait Heberdeu, réclame quelquefois une émission sanguine qu'il est très-convenable d'obtenir a l'aide de quatre sangsues ou davantage , appliquées aux tempes de quatre en quatre ou sept jours, durant un mois; le meilleur des topiques, pour diminuer la douleur et miliger l'inflammation, est, selon lui, le cataplasme de mie de pain ou de graine de lin entre deux linges appliqué sur l'œil ; il est en outre avantageux d'oindre

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le bord des paupières avec du sain doux, pour prévenir leur agglutination.

Les scrofules commençantes, à l'extérieur du corps, sous quelque formes quelles soient, peuveul être, selon Broussais, enlevées par les sangsues appliquées avec hardiesse : alors, dit-il, la diathèse, qui n'est que la répétition de l'irritation par similitude de tissa, ne s'établit pas. La disposition scrofuleuse qui se déclare tout à coup à l'exléiieur , non invétérée, est détruite par l'air sec, chaud et lumineux ; elle cède aussi h l'exercice-, mais seulement en plein air. Les ingetta slimulans ne guérissent la disposition scrofuleusc que par l'excitation des dépurations, c'est-a-dire par la révulsiou, et s'ils ne la produisent pas, ils exaspèrent l'irritation scrofuleusc comme toute autre. Ils développent la gastro-entérite, et l'ajoutent aux irritations scrofuieuses de l'extérieur, c'est le carreau des auteurs j et si le poumon contracte l'irritation, c'est la phtlusie dite scrofuleuse. La diathèse scrofuleuse invétérée à l'extérieur du corps se détruit, avec le temps, par l'exercice en plein air, la sobriété et les alimeus sains, pourvu que les irritans soient ménagés de manière à ne pas développer de phlegmasie dans les viscères. Les exuloires sont utiles pourvu qu'une gymnastique convenable seconde leurs effets, et qu'on n'appelle pas l'irritation vers l'intérieur par l'abus des slimulans, L'ostéomalacie est une irritation du système osseux qui dépend des mêmes causes que les scrofules, et qui se guérit de la même manière. Les phénomènes chroniques ou phthisies, sont plus rares que les gastro-entérites chroniques ou carreaux, chcî les scrofuleux et les rachitiques encore enfans , ■ parce que le poumon est alors moins disposé à l'inflammation que les voies gastriques; il importe doue beaucoup de ne pas ajouter à celte disposition. '

Si, comme on n'en peut douter, les affections dites scrofuieuses ne différent des autres maladies que par la constitution des malades , on ne doit pas les distinguer aussi sévèrement qu'on l'a fait jusqu'ici, ou bien il faut admettre autant d'espèces d'inflammations, d'abcès, d'ulcères, etc., qu'il y a de constitutions possibles : or, pour peu qu'où voulût en faire le dénombrement, on verrait qu'elles pourraient devenir le texte d'un travail de classification bien compliqué. Certes, il viendra une époque où l'on s'étonnera que des hommes doués d'un jugement sain aient pu admettre des inflammations bilieuses, lymphatiques, scrofuieuses, scorbutiques, etc.

11 résuite, si je ne me trompe, de ce qui précède, que, dans le traitement des affections scrofuieuses, il y a deux indications à remplir : i° employer les moyens propres a faire cesser la lésion locale que l'on veut guérir; a0 et ceux qui sont

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susceptibles de modifier la constitution du sujet, constitution qui n'est jamais une maladie générale, comme on se l'imagine, tuais seulement une coudiliou peu favorable à la guérison da 2a maladie locale. Ainsi, les affections scrofuleuses ne sont pas plus dues h un étal morbide généial, parce que tes sujets qui en sont affliges y étaient prédisposes par leur constitution lymphatique, que les inflammations dites exquises ne sont générales, parce que ceux qui en sont affectes y ont été préparés par leur constitution sanguiue. Seulement, dans les premières, la constitution prédispose aux maladies chroniques, tandis que, dans les dernières, elle ne prédispose qu'aux maladies aiguës.

Si maintenant noos jeton9 un coup d'oeil sur les maladies Scrofuleuses, en faisaut momentanément abstraction de l'état général des sujets, nous trouvons que, dans les unes, il y a inflammation bien prononcée, douleur et rougeur, ou au inoins douleur; que, dans les autres, il n'y a ni douleur, ni lougeur, ni chaleur. Ainsi , dans les premières, l'inflammation existe encore; dans les secondes, elle n'existe pas, mais presque constamment elle a existé. Quoi qu'il en soit, l'indication, dans les premières, est d'employer des moyens antiphlogisliques doul l'action soit peu intense, de manière à faire cesser la douleur, sans que l'activité vitales'éteigne dans la partie lésée; dans les secondes, si l'organe est important, on ne fera rien qui puisse réveiller l'inflammation, surtout si elle n'a cessé que depuis peu de temps, et bien plus encore si l'on craint qu'elle n'ajoute un nouveau développement à l'altération que l'on veut guérir. Dans les unes et dans les autres, on doit prescrire au malade des alimens de la meilleure qualité, mai* en petite quantité si le sujet a été nourri d'à limens grossiers, insalubres; on ordonnera, au contraiie, un régime sévère et purement adoucissant, s'il a été gorgé d'alimens substantiels et toniques. Pour employer à proposées deux genres de régime, il faut avoir surtout égard à l'état des voies digestives.

La peau, dont les fonctions doivent être intactes pour que la nutrition s'opère convenablement, mérite une sérieuse attention. Si ce n'est pas elle qui est enflammée ou ulcérée, et qu'aucun viscère ne soit irrité, il conviendra de prescrire les bains très -chauds, chargés de substances minérales, alcalines, salines ou sulfureuses. Si un membre seul est affecté, ces mêmes bains pourront être prescrits lorsque l'ulcère ne sera point irrité; si ce membre est le siège d'une inflammation, celle ci ne sera pas toujours une contre-indication si elle n'est point accompagnée de douleur vive, mais seulement de prurit. Dans ce dernier cas, les lotions, les cataplasmes préparés

avec les substances narcotiques, sout miles. Enfin, on doit encore prescrire ces bains lorsque Ja parlie malade, dans laquelle ils pourraient susciter une vive inflammation , est située de mauière h être placée hors de l'eau.

Quand les viscères digestifs sont dans un état parfait d'intégrité, on peut y introduire des médicamens propres à solliciter successivement la sécrétion de l'uriue et la transpiration insensible; on travaille ainsi efficacement à la modification profonde que l'on désire provoquer dans l'organisme.

Les purgatifs sont rarement utiles; ils occasionent, trop souvent en pure perte, des évacuations abondantes, qui affaiblissent le sujet sans diriger favorablement l'action nutritive.

Un plan de traitement si simple, et qui ressemble si fort h la méthode générale qu'on doit suivre dans toutes les maladies chroniques, ne sera pas du goût de tous les médecins. Plusieurs demanderont par quels moyens je propose d'attaquer directement et spécifiquement la cause interne spécifique des affections scrofuleuses. Pujol leur a répondu d'avance : o Aujourd'hui, que la médecine d'observation a fait tant de progrès, il est temps que les méthodes empiriques soil à jamais bannies. »

Ce grand praticien a fait beaucoup en recommandant de traiter les maladies scrofuleuses par la méthode générale; mais il n'a pas tout fait. Il admettait la nécessité des toniques pour remédier a la faiblesse qui, suivant lui et tant d'autres, forme l'attribut le plus caractéristique des scrofuleux; quelque nombreuses que soient les exceptions qu'il joignit a cette lègle, elle a dû faire beaucoup de mal, parce que le vulgaire des praticiens a bien assez de retenir les règles, sans chercher à se pénétrer de l'importance des exceptions.

Quels sont les effets des toniques prodigue's h l'intérieur chez les scrofuleux? ils ^développent souvent celle fièvre que Pujol croyait salutaire , parce qu'il avait une aveugle con- . fiance dans quelques erreurs d'Hipptocrate et de Sydenham ; mais, en même temps qu'elle se manifeste, on voit les tumeurs se ramollir, les ulcères s'aviver ; si les os deviennent douloureux, et si la suppuration augmente, il est bien rare que cette exacerbation du mal soit suivie de la guérison, et lorsque celle-ci a lieu, elle est toujours assez lente pour que l'utilité de cet incendie passager soit contestable. Les toniques ne doivent être prescrits à l'intérieur qu'autant qu'ils favorisent la digestion.

Quels sont les effets des toniques prodigués a l'extérieur? Employés sous forme de rubéfians, de vésicans, et loin de la paitie malade, quand on les applique sur la peau, sur la partie de ce tissu qui recouvre l'organe lésé, quaud celui-ci est

SCROFULES #9* sous-cutané ei nullement douloureux, ils tout assez souvent avantageux pour qu'on ne doive pas négliger d'y avoir retours. En est-il qui soient plus efficaces les uns que les aunes? c'est ce qui oe peut être décidé à priori, et c'est ce que l'expérience n'a pas encore démontré ; car le moyen efficace chez un scrofuleux est inerte ou même nuisible chez un autre.

Enfin , quel est ie résultat le plus ordinaire des topiques stitnulans, il ri tans, de toute espèce, qu'on met en contact di rect avec les inflammations et les ulcères scrofuleux? dans la presque totalité des cas, l'exaspération du mal : les eaux minérales font seules exception; mais encore dans combien de cas ne sont-elles pas inutiles ou même nuisibles !

Pujol avait une trop haute idée de l'inutilité des irrita us locaux dans les maladies scrofulcuses , et il a trop limité le nombre des cas où l'instrument tranchant peut être utile. C'est encore là un des résultats de la théorie qui met ces maladies au nombre des affections générales. Lorsqu'on prépare Je malade affecté d'une tumeur blanche du genou, par excm- , pie, en le soumettant au régime que j'ai indiqué, avant d'en venir à l'amputation, et lorsqu'on n'attend point, pour la pratiquer, que la constitution du sujet soit enlièremeut détériorée par la douleur et la suppuration, par l'inaction et le chagrin, cette opération est souvent salutaire. Les chirurgiens habiles de notre pays ont au reste établi des règles que l'ignorance et l'impcritic peuvent seules enfreindre; qu'une fausse pitié , excuse honteuse de la maladresse, n'arrête point l'instrument de l'homme de l'art pénétré de ses devoirs et sûr de &on talent.

11 faut avoir été témoin, comme je l'ai été pendant plusieui s années, de l'inutilité des toniques internes et externes, des progrès qu'ils laissent c*u font faire aux maladies scrofuleuses, et du ravage qu'un mal de cette ualure détermine chez un malheureux doublement à plaindre d'être en proie a un tel fléau, et abandonné à l'ineptie d'un chirurgieu peu digne de ce nom, pour être pénétré autant que je le suis de l'importance <kt régime , de l'utilité des antiphlogistiques modérés, et de la nécessité d'opérer quelquefois pour guérir les maladies scrofuleuses.

Si l'on veut un exemple frappant de l'influence sans bornes qu'une idée préconçue , admise d'après l'autorité de noms respectables, peut exercer sur l'opinion d'un praticien habile . il sufiit de voir Pujol revenir à ses idées favorites sur l'utilité de la fièvre dans les maladies chroniques, lorsqu'il s'agit des scrofules, et réduire la thérapeutique générale de ces dernières affections a l'art d'exciter la fièvre chez ceux qui en sont atteints. Par quelle étrange fatalité faut-il que le plus

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